A l’occasion de l’année européenne du patrimoine culturel, 14 fondations ont sélectionné dans leurs collections des œuvres qui racontent le dialogue et les échanges entre artistes comme autant d’échos à la grande et à la petite histoire de tous les Européens. De Tiepolo à Richter, à voir au Musée du Cinquantenaire, récemment rebaptisé Musée Art et Histoire.

Bien plus que les politiques, ce sont les artistes qui ont fait l’Europe, du moins celle de la culture. Très tôt, les artistes et les œuvres ont circulé, passant les frontières pour dialoguer et s’influencer les uns les autres. A l’initiative de la Fondation Roi Baudouin, 14 fondations européennes, actives dans la protection du patrimoine, ont rassemblé quelques-unes de leurs plus belles pièces pour illustrer ces échanges et souligner le rôle sociétal de l’art et de la culture.

Pas de frontière

Chacune des œuvres exposées a une histoire à raconter où le trajet européen de l’œuvre ou de son créateur est une réminiscence ou l’amorce d’échanges qui concerneront toute la société. Le parcours s’amorce d’abord sur un fil chronologique tendu entre le 15e et le 19e siècle. Il faut lever les yeux pour admirer le splendide bois polychrome gothique porté lors de la procession annuelle du Saint-Sang à Bruges. Une tradition venue d’Orient qui s’est répandue en Europe avec les Croisades. Les livres d’heures, objets d’art et supports de dévotion, ont aussi énormément voyagé parce qu’ils étaient souvent offerts en cadeaux de mariage. C’est aussi le cas lors de leur conception comme pour le somptueux ouvrage enluminé qu’on suppose avoir été réalisé pour partie à Bruges et pour partie à Dresde.

Surtout en matière religieuse, les iconographies voyagent et se diffusent. On peut le voir dans la très belle petite Montée au Calvaire de Jérôme Bosch, qui a peint sa procession de pèlerins comme un cortège de fête. Les deux grandes toiles du peintre rococo italien Tiepolo traduisent avec fougue et lumière un imaginaire fantastique qui préfigure le style d’Alfons Mucha ou même de couvertures de comic books, l’Europe n’a décidément pas de frontières.

Le Grand Tour

C’est aussi lors de voyages au-delà des mers et des déserts et dans les colonies que les artisans portugais ont enrichi leur savoir-faire de pratiques et de matériaux venus d’Orient. Au XVIe siècle, portraits et paysages ont été influencés par la tradition du Grand Tour qui a laissé des traces des styles italiens et vénitiens dans tout le nord du continent. Dans la deuxième salle, les œuvres modernes et contemporaines sont rassemblées en trois thèmes. L’abstraction laisse une large part à l’art nordique et finlandais et à CoBrA. La silhouette permet de découvrir une aquarelle de Beuys, un corps de jeune femme entouré de son halo de chaleur évolutive, l’étonnante fille-lapin en bois sculpté de la Finlandaise Mia Hamari et un magnétique Spilliaert avec cette jeune femme qui fait vriller son regard depuis le fond d’un verre d’absinthe.

Collaborations futures

La modernité s’incarne dans les Trois cœurs mutants de Baselitz. Pour sa Psychanalyse de groupe, le Belge Roger-Edgard Gillet a peint ce qui tient plus d’une sarabande animiste que d’une séance plus policée où l’inconscient ne surgit que du verbe. Musa, l’œuvre de Richter qui clôt le titre, est une curiosité, puisqu’il s’agit de l’une des quatre tapisseries réalisées par l’artiste allemand. Une composition abstraite dont le carton a été réalisé sur ordinateur à partir d’une de ses peintures antérieures. Soixante-neuf œuvres, c’est peu pour raconter près de six siècles d’échanges et d’explorations artistiques sur tout un continent, mais si cette exposition peut être l’amorce de collaborations futures entre des fondations qui partagent un même objectif aux quatre coins du continent, l’art pourra contribuer à faire de l’Europe une réalité en formes et en couleurs.

De Tiepolo à Richter, l’Europe en dialogue
Musée Art & Histoire
10 Parc du Cinquantenaire
1000 Bruxelles
Jusqu’au 30 septembre
Du mardi au dimanche de 10 à 17h
www.kbs-frb.be

 

De Tiepolo à Richter

Giovanni Battista Tiepolo, Chasseur à cheval, 1718-1730 (c) Collection Fondazione Cariplo, Milan

 

 

De Tiepolo à Richter

Willem Vrelant ou un disciple, Livre d’Heures vers 1475, (c) Calouste Gulbenkian Foundation, Lisbon, Catarina Gomes Ferreira

 

De Tiepolo à Richter

Léon Spilliaert, La buveuse d’Absinthe, 1907,
Fondation Roi Baudouin / Fine Arts Museum, Ghent, (c) Studio Philippe de Formanoir

 

De Tiepolo à Richter

Mia Hamari, fille-lapin, 2016, Jenny and Antti Wihuri Foundation, Helsinki (c) Arto Liiti

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