Le baroque flamand ne se limite pas à Rubens, Van Dijck et Jordaens et à leurs touches. Gaspar de Crayer, un autre maître, un peu oublié aujourd’hui, suscitait l’admiration de ses contemporains. « Voyez comme à Bruxelles son esprit est porté aux nues. Et les plus hauts hommages lui sont rendus », écrivait Cornelis de Bie en 1661. Une belle exposition lui rend hommage au Musée de Flandre à Cassel.

Entre les années 1610 et 1661, le peintre Gaspar de Crayer avait établi son atelier à Bruxelles. Nommé peintre de la cour au palais du Coudenberg pour le cardinal infant Ferdinand, l’Anversois jouissait d’une flatteuse réputation et n’arrivait pas à répondre à toutes les sollicitations pour des portraits ou des sujets religieux, malgré ses nombreux apprentis. Avec le temps, son étoile a pâli et il est devenu un quasi inconnu alors que, dans sa période faste, sa renommée n’avait rien à envier à celle de ses contemporains Rubens, Van Dijck et Jordaens.

Carrière prolifique

Le musée de Flandre à Cassel (à 48 km de Lille) répare cette injustice avec une copieuse rétrospective à laquelle ont contribué de grands musées français et internationaux ainsi que des collectionneurs privés. Le bâtiment qui abrite le musée, un ancien Hôtel du XVIIe siècle, est totalement en accord avec les œuvres du peintre flamand. Pendant toute sa carrière prolifique, de Crayer est resté perméable aux influences de ses contemporains, ce qui empêche de l’enfermer dans un style précis. Ses premières toiles témoignent de l’influence de Rubens, comme dans Le martyre de sainte Catherine. La composition compense une fougue plus maîtrisée avec une intériorité rayonnante qui converge sur le visage et l’attitude de la Princesse dont la douce tête, promise à la hache, est sur le point de rejoindre le collier de perles égrené sur les marches de l’escalier.

Constante évolution

Gaspar de Crayer puisait une partie de sa notoriété, ainsi qu’une source de revenus non négligeable, dans les portraits qu’il réalisait pour la cour des archiducs Albert et Isabelle, et ensuite pour le cardinal infant Ferdinand. Partagés entre l’influence de Van Dijck et de Rubens, les portraits présentés témoignent d’une touche picturale en constante évolution. Particulièrement remarquable, le portrait d’une inconnue au doux visage pensif flottant sur une fraise de dentelles. Et puis, comment ne pas admirer les deux extraordinaires portraits de Philippe IV dans son armure de parade en acier trempé, gravé, repoussé et doré. Le contraste est troublant entre le visage poupin du jeune roi et les arabesques ornementales de sa parure. L’atelier du peintre, qui tournait comme une petite entreprise, travaillait essentiellement sur commande et de Crayer n’hésitait pas à reprendre certains de ses motifs d’une peinture à l’autre. Une intéressante section de l’exposition montre des dessins, esquisses et modelli qui préfiguraient les grandes toiles. On peut voir le style et la touche du pinceau s’adapter en fonction de la destination future de l’esquisse.

Ferveur intérieure

A partir de 1639, le peintre s’est consacré exclusivement aux sujets religieux pour transmettre sa ferveur intérieure aux fidèles. On voit dans la dernière section comment il reprend certains passages des Écritures en variant la composition. Ainsi la Vierge paraîtra plus effacée à un moment et intensément présente sur une autre toile où son attitude physique, centrale et plein d’aplomb, contraste avec l’indifférence défiante de son regard.

Après Bruxelles, de Crayer s’installe à Gand où il décède en 1669. Il y laisse de nombreux retables dans les églises de la ville. Gand a eu la bonne idée de profiter de l’exposition de Cassel pour célébrer aussi Gaspar de Crayer en mettant en valeur peintures et dessins au musée, ainsi que les retables trop grands pour supporter les risques du transport.

Gaspar de Crayer
Entre Rubens et Van Dijk
Musée de Flandre
Cassel (France)
jusqu’au 3 novembre
www.museedeflandre.lenord.fr

Gaspar de Crayer et Gand. Un lien indisociable
MSK
1 Fernand Scribedreef
Citadelpark
9000 Gand
Du mardi au vendredi de 9h30 à 17h30,samedi et dimanche de 10h à 18h
www.mskgent.be

de Crayer

La Sainte Famille avec Saint Jean-Baptiste, Gaspar de Crayer (c) The Phoebus Foundation, Antwerp

 

de Crayer

Sainte Marie-Madeleine renonçant aux vanités du monde, Gaspar de Crayer (c) The Phoebus Foundation, Antwerp

 

de Crayer

Le Martyre de Sainte-Catherine, Gaspar de Crayer, (c) Ville de Grenoble / Musée de Grenoble – J-L. Lacroix

 

de Crayer

Portrait de Philippe IV d’Espagne en armure de parade, (c) New York, The Metropolitan museum of Art

 

de Crayer

La pêche miraculeuse, Gaspar de Crayer, (c) Recklinghausen, Kunsthalle

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