Valentina Peri signe pour la galerie Charlot, à Paris, une des plus intéressantes expositions du moment dans la capitale. Data Dating explore l’univers des relations amoureuses à l’heure d’Internet et des réseaux sociaux. Tout le monde a entendu parler des sites et des applications de rencontres, mais combien ont eu la curiosité, le temps, l’envie de se pencher sur leurs modes de fonctionnement et/ou leurs codes ? Il faut être concerné pour vraiment s’y intéresser, assure la commissaire dans un sourire. Annonçant ainsi les œuvres d’Adam Basanta, Olga Fedorova, Zach Gage, Moises Sanabria et Antoine Schmitt, entre autres, qui nous guident, avec humour et sagacité, dans des contrées parfois roses, mais souvent glauques.

Le sujet de l’exposition est étonnant, sa mise en œuvre(s) impeccable. Comme à son habitude, Valentina Peri a méticuleusement sélectionné les pièces présentes à la galerie Charlot, à Paris. « Data Dating a pour thème l’amour, les rapports intimes à l’ère d’internet. Data fait référence à la collecte des données et aux côtés dark du Web. Dating, aux rencontres. » En entrant, le regard bat immédiatement pour un cœur en plexiglas transparent habité par 87 autres formes identiques, mais rouges, affichant chacune d’adorables minois, portraits utilisés par dix jeunes filles pour le profil de leur compte Twitter, entrecoupés de tweets écrits par elles. Quelle surprise de découvrir que derrière de si charmants visages se cachent de si méchantes pensées. Ces demoiselles écrivent des horreurs ! Et surtout, ne les croyez pas inventées par Jeroen Van Loon. Non, non. L’artiste a collecté tant les photos que les propos sur le Web sans les transformer ou les réattribuer selon ses fins. Chacun des tweets brise l’image idéale que les intéressées veulent donner d’elles. « Kill Your Darlings montre les cercles sociaux soi-disant privés des adolescentes. Ici, nous pouvons tout voir, regarder au-delà de leurs jolis profils et prendre connaissances des tweets souvent choquants qu’elles écrivent pour insulter, offenser et tromper. »
Posées sur un socle blanc, deux perches à selfies agrémentées de smartphones sont ancrées au centre du parallélépipède et se font face. Il est évident que le dispositif doit dialoguer, mais il faut poser quelques questions si l’on veut entrer dans la danse ! Adam Basanta n’est pas loin et explique que chaque visiteur peut initier une relation romantique avec un autre, connu ou pas, présent ou non dans la galerie. En effet, si l’activation de l’œuvre oblige à être deux, elle peut se faire à distance. Dans les faits, les visages des deux protagonistes s’affichent chacun sur un écran et les bras mécaniques se mettent à tourner comme pour valser. « Les technologies nous ont offert de nouvelles opportunités de communication. Nous pouvons désormais échanger avec un interlocuteur qui se trouve à l’autre bout du monde tout en le visualisant. Mais si je parle avec ma petite amie ainsi en face-à-face, ce n’est pas aussi intime que de l’entendre à travers un appareil que je tiens dans ma main et contre mon oreille. L’utilisation de Skype ou de Facetime, par exemple, crée des ponts, mais aussi installe une nouvelle forme de distance, de tension. » Tout à la joie de retrouver le visage de l’ami(e) ou de l’amant(e) tant espéré(e), peut-être n’avions-nous jamais pensé aux sensations que procurent les ondes qui s’immiscent dans notre conduit auditif sans se perdre d’abord dans l’espace qui nous sépare de la source émettrice. Et puis, la sensation de cette main qui relie, touche. N’est-ce pas un peu de la chaleur de l’autre que l’appareil nous transmet ? Sur fond de musique, chaque duo s’engage dans plusieurs tours de piste de plus en plus rapides. A mesure que leurs yeux se fixent, le décor s’estompe et les traits de l’autre se font de plus en plus précis. Le reste du monde disparaît. A Truly Magical Moment n’est évidemment pas une œuvre romantique, mais elle utilise l’humour pour mettre en exergue l’absurdité de toute distance séparant des gens qui s’aiment, les mirages des technologies de la communication ou plutôt les conséquences non évidentes de leurs utilisations. Ce pourquoi elle est une véritable expérience. (…)

Dans le cadre d’un partenariat avec Arts Hebdo Medias, un site français d’information dédié à l’art contemporain, nous vous proposons de lire la suite de cet article sur www.artshebdomedias.com

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Adam Basanta, A Truly Magical Moment, 2016

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Thomas Israel, Peeping Tom (porn version), 2006, courtesy galerie Charlot

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Addie Wagenknecht et Pablo Garcia, Webcam Venus, 2013, courtesy Bitforms Gallery

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Olga Fedorova, Green Room, 2017, courtesy Annka Kultys Gallery

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!Mediengruppe Bitnik, Ashley Madison Angels at Work in Paris, 2017, courtesy Annka Kultys Gallery

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Jeroen Van Loon, Kill your darlings, 2012

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Antoine Schmitt, Deep Love, 2017, courtesy Galerie Charlot

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