On dit que Vincent Van Gogh était passionné d’estampes japonaises. Alors qu’il vivait dans la misère permanente, il en aurait possédé plus de six cents, épinglées à ses murs ! Qu’est-ce qui, dans l’art des ukyio-e, parle tellement à la génération impressionniste, sachant que Monet, Degas ou Lautrec sont aussi collectionneurs ? Le musée Van Gogh à Amsterdam fait le point.

Il faut se souvenir que ce groupe informel se fédère d’abord autour du refus des normes fatiguées de l’académie, plus qu’il prône une doctrine esthétique. C’est précisément à ce moment que les estampes en provenance du Japon débarquent en Occident. Dans sa marche des brumes du Nord vers la lumière du Sud, le Hollandais indécis et tourmenté découvre ces bizarreries, à Anvers puis à Paris, notamment chez le Père Tanguy, marchand de couleurs mais aussi membre de la Commune et sympathisant anarchiste. C’est la révélation, que le peintre angoissé attendait sans trop le savoir ni l’espérer, le coup de foudre pour un art bien vivant, venant du bout du monde et différent de tout ce l’on connaît. En un mot, le hasard faisant bien les choses, le timing des événements est parfait.

Van Gogh est séduit par l’impact visuel de ces bouts de papier imprimés de couleurs vives, de petits formats, aux moyens techniques pauvres (pense-t-il) donc aisément accessibles. Il en recopie sans vergogne. Les reproduisant, il apprend la couleur, car les estampes régissent ce qu’il n’osait jusque-là, l’audace des rouges et des verts, des jaunes et des bleus intenses, les contrastes violents parfois entre teintes claires et foncées, la franchise des éléments graphiques, les tons vifs en grandes surfaces colorées, un monde plat et sans ombres (c’est-à-dire surface et lumière, ce qui fait sens pour l’apprenti prédicateur révoqué des profondeurs noires du Borinage), toutes choses que l’on retrouve bientôt dans ses peintures à l’huile. Son admiration est si grande qu’il n’hésite pas à peindre ces images d’estampes dans ses propres tableaux, le mur bariolé dans le fond du portrait du Père Tanguy en 1887, par exemple. Que les délicates nuances des originaux japonais soient perdues dans l’aventure, peu importe, car ce n’est pas tant la copie qui intéresse Van Gogh que la découverte de sa propre hardiesse, sans nuances, brutale. Il garde les pieds dans la boue, et jusqu’au bout affecte sa toile de coups de brosse comme autant de coups de sabots qui évoquent la bouillasse sombre des premiers tableaux, mais grâce aux estampes japonaises il la transmue en limons colorés, lumineux, d’azur et de soleil.

Van Gogh et le Japon
Musée Van Gogh 
Amsterdam
Jusqu’au 24 juin
Vangoghmuseum.nl

Van Gogh

Vincent Van Gogh, Flowering Plum Orchard (after Hiroshige), 1887

Van Gogh

Vincent Van Gogh, Potrait du du père Tanguy, 1887, (c) Musée Rodin

Van Gogh

Vincent Van Gogh, L’Arlésienne, 1888-1889, (c) The Metropolitan Museum of Art

Van gogh

Keisai Eisen, Estampe

 

 

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