L’art de hier nous permet-il de mieux comprendre l’art d’aujourd’hui ? Avec son exposition analytique sur l’art réalisé autour de 1989, le Wiels et les collectionneurs privés qui ont prêté leurs œuvres nous rapprochent de ce qui se fait aujourd’hui.

Devenue au fil des ans le centre d’un réseau artistique bouillonnant où se croisent artistes, galeries et collectionneurs, Bruxelles attend comme le messie l’avènement d’un vrai musée d’art contemporain. A l’heure de la préouverture de Kanal, Dirk Snauwaert et le Wiels poursuivent leur réflexion entamée avec Le musée absent en 2017, sur ce que pourrait être un tel musée. Sans collection, mais avec des collectionneurs.

L’originalité et la valeur

Avec Unexchangeable, on prend pied dans une machine à remonter le temps, le curseur bloqué sur 1989 et ses environs. C’est une date charnière dans l’histoire de l’art contemporain, explique le curateur, celle où la fin de la guerre froide marque le début de la mondialisation et de la financiarisation du marché de l’art dans les nuages de la digitalisation. L’exposition se veut didactique et relativement exhaustive. 73 œuvres pour une quarantaine d’artistes internationaux tracent le portrait d’un moment qu’on a appelé le postmodernisme, celui où les courants semblent être aussi volatils que démultipliés presque à l’infini.

Les différentes salles qui rassemblent les œuvres par affinités posent une série de questions, à commencer par ce qui fait l’originalité et la valeur d’une œuvre. Les cow-boys que Richard Prince a empruntés à un cigarettier se teintent de rose plutôt que de nicotine, alors que Jef Geys reproduit à l’identique en 1990 des bas-reliefs pop créés dans les années 1960 et dont l’acheteur peut choisir la teinte chez le carrossier chargé de les laquer. L’objet trouvé ou la copie de produits de consommation banals sont les plumes avec lesquelles l’artiste chatouille l’originalité et le regard artistique. Une salle rassemble un ensemble exceptionnel d’œuvres de l’Afro-Américain David Hammons. Des sculptures ironiques et poétiques réalisées avec des objets trouvés pour questionner la place des minorités.

L’art globalisé

La peinture occupe une place somme toute modeste, mais magnifiée par un superbe Basquiat anatomique. L’approche gestuelle et hérissée du New-Yorkais est en bel accord avec les sculptures picturales de Franz West qui assemble de manière brute des matériaux qui se seraient sinon ignorés. La peinture, il en est encore question avec l’accrochage de Jim Shaw, mais il s’agit de celles des non-artistes, des croûtes achetées dans des magasins de seconde main pour moins de cinq dollars et un vertigineux défi à l’art et à la notion de beau. L’année 1989 est censée marquer l’avènement de l’art globalisé, les artistes qui ont éclos en dehors du cercle des artistes blancs /occidentaux sont aussi discrètement présents avec un Chéri Samba qui s’interroge judicieusement sur la Peau blanche, les maquettes de Bodys Isek Kingelez qui dressent des gratte-ciel dans un Kinshasa dystopique ou la boule de caoutchouc fatiguée du Mexicain Gabriel Orozco. L’expression d’un art féminin, aussi, avec de belles pièces de Nan Goldin, Cindy Sherman et Lili Dujourie. Les Belges ne manquent pas à l’appel avec des œuvres de jeunesse de Thierry De Cordier, Ann Veronica Janssens et Francis Alÿs. D’entrée de jeu, avec la photo ironique de Louise Lawler, le curateur relevait que le goût/choix d’un collectionneur privé ne recoupe pas nécessairement celui d’une institution muséale. Ce que ce copieux parcours nous laisse voir, c’est qu’en multipliant les points de vue de plusieurs collectionneurs, on n’adopte pas celui d’un musée mais c’est ce qui s’en approche le plus.

Unexchangeable
Wiels
354 avenue Van Volxem
1190 Bruxelles
Jusqu’au 12 août
Du mardi au dimanche de 11 à 18h
www.wiels.org

 

Unexchangeable

David Hammons, Installation view, Unexchangeable WIELS 2018, photo Philippe De Gobert

 

Unexchangeable

Jim Shaw, Installation view, Unexchangeable WIELS 2018, photo Philippe De Gobert

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Jean-Michel Basquiat, Installation view Unexchangeable WIELS 2018, photo Philippe De Gobert

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Cindy Sherman, Installation view, Unexchangeable WIELS 2018, photo Philippe De Gobert

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Thierry De Cordier, Installation view, Unexchangeable WIELS 2018, photo Philippe De Gobert

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