A une petite heure de Naples, Caserta est une ville méconnue, qui prit son essor au 18ème siècle lorsque Charles II de Bourbon y fit construire son nouveau palais, Reggia di Caserta, un ensemble baroque monumental de plus de 50 000 M2. C’est la plus grande résidence royale du monde. Fichée au milieu d’un parc de 120 hectares rempli de fontaines, allées, bosquets et folies, elle fait la fierté des Italiens du sud. Elle est aujourd’hui classée au Patrimoine de l’Unesco. L’exposition Painting After Post Modernism en est l’hôte jusqu’au 12 juin.

Painting After Post Modernism a ouvert ses portes dans le Building Vanderborght à Bruxelles en septembre 2016 à l’initiative du galeriste et marchand d’art Roberto Polo. Il avait invité l’historienne de l’art et commissaire d’exposition américaine Barbara Rose à sélectionner 16 peintres, huit Américains et huit Belges, qui osent encore la peinture après le tsunami du post modernisme. « La peinture reste une expérience esthétique pour de nombreux artistes de par le monde » répétait Barbara Rose à l’ouverture de l’exposition italienne. Ils ont pour point commun, tous, de travailler de manière isolée, dans leur atelier, dans un processus proche de la méditation. Ces peintres sont ensemble dans un combat contre l’art actuel, une guerre contre la vulgarité, » appuyait-elle

Après un immense et majestueux escalier de marbre et un long parcours dans un dédale de salles aux plafonds peints au baroque éblouissant, nous entrons dans l’exposition. Faisant suite aux expositions à Bruxelles puis Malaga, Rose, qui a vécu une vingtaine d’années en Italie, a sélectionné plusieurs artistes italiens. Pour accompagner les Américains comme Ed Moses, Lois Lane, ou Larry Poons – dont l’expo à la galerie Polo était une merveille – et les Belges comme Jan Vanriet, Xavier Noiret-Thomé, Werner Mannaers ou Mil Ceulemans, voici Bruno Ceccobelli, dont une longue toile sans châssis vous accueille dans une première salle ; les concrétions à l’or de Rossella Vasta ou encore Nino Longobardi, Roberto Caracciolo, …

Pour mettre en valeur ces toiles de grand format, les organisateurs ont cru bon de plonger dans le noir les salles richement décorées de fresques sur les murs et les plafonds. Les œuvres sont chacune éclairée d’un spot à la lumière trop violente, qui écrase toutes les subtilités des textures et des rendus mats ou brillants. Quel dommage. L’accrochage et l’éclairage sont des éléments complexes qui ne s’improvisent pas. Et on aurait beaucoup aimé voir ces peintures entamer un chant choral avec les fresques du 18ème.

« Il ne faut pas être spécialiste pour comprendre leur travail, juste avoir les yeux ouverts, » poursuit Barbara Rose, grande défenderesse de la peinture. Au delà des clivages entre art post moderne, art conceptuel, art intellectuel et peinture, on peut le dire, la peinture n’a jamais disparu. Et elle fait depuis quelques années son retour sous les spotlights. Dans les foires comme Art Brussels, on la retrouve de plus en plus. L’artiste qui se débat seul avec ses peurs, ses démons, ses joies et élans devant la toile vierge reste peut-être la quintessence du métier d’artiste qui serait vu comme une quête. C’est le propos de l’exposition.

Le Musée de la soie

A Caserta, ne manquez pas le Belvedere di San Leucio, un complexe monumental réalisé par Charles III de Bourbon toujours lui, roi de Naples et de Sicile. Utilisé comme pavillon de chasse, il surplombe la ville. Ce palais fut une fabrique de soie réputée. Charles de Bourbon prit l’initiative d’envoyer en formation en France des jeunes pour apprendre l’art du tissage. Une communauté connue sous le nom de la Colonie royale de San Leucio, sur la base d’une loi spéciale de 1789 et des règles établies uniquement pour cette communauté fut installée au belvédère. Traitement, filage et tissage de la soie se font dans une des ailes de l’édifice, à deux chambres de celles occupées par le roi. Les travailleurs se voient attribuer une maison dans la colonie, bénéficient de la formation gratuite pour les membres de la famille, les heures de travail par jour sont de 11, pour 14 dans le reste de l’Europe. Ce modèle de communauté est étonnamment moderne pour l’époque. On y verra un partenalisme passé de mode ou une tentative de travail en collectivité, au choix. Ne manquez pourtant pas la visite des édifices et du Musée de la soie qui s’y trouve. On y voit de remarquables machines à filer et à tisser et, des fenêtres, on aperçoit l’immense parc de la Reggia di Caserta, comme une langue verte qui traverse la ville.

Vers Naples

A Naples, une balade au gré des rues, des monuments qui s’effritent et du linge qui sèche aux fenêtres s’impose. N’y manquez pas les Catacombes de San Gennaro, réhabilitées depuis une dizaine d’années par des habitants du quartier réunis en collectif, elles sont passées du statut de lieu infréquentable et dangereux à spot touristique incontournable. Vous ferez la visite avec un membre du collectif, qui vous montrera les merveilleuses mosaïques romaines encore visibles, les chapelles et autres cryptes. Un spectaculaire Carravaggio fraîchement restauré se cache dans l’église du Pio Monte della Misericordia. Le Museo d’art contemporanea Donnaregina mérite lui aussi une visite. L’entrée se fait par une porte cochère repeinte en jaune soleil par … Daniel Buren, qui a revisité tout le hall d’entrée en une immense sculpture incluant les murs et les plafonds de l’édifice séculaire, une audace stylistique que peut-être seuls les Italiens osent se permettre.

Painting After Post Modernism
Reggia di Castera
Castera
Jusqu’au 16 juin
http://pap-reggia.it/

Martin Kline, Gone ’Fishin’ , 2015 et The Battleship Blues, 2015 (à droite)

Martin Kline, Gone ’Fishin’ , 2015 et The Battleship Blues, 2015 (à droite)

reggia di caserta

Joris Ghekiere, Untitled 2016, (à gauche) et Roberto Caraciolo, Sei Meditationi I, 2007, et Sei Meditationi II, 2007 (à droite)

Arturo Casanova, Mystic, 2005

Arturo Casanova, Mystic, 2005

reggia di caserta

Werner Mannaers, The Lolita Series (Chapter 7) à gauche, et (Chapter 9) à droite

Reggia di Caserta

Werner Mannaers, The Lolita Series, Painting After Post Modernism, Reggia di Caserta

Reggia di Caserta

Paule Manes, The Fifth Seal, Painting After Post Modernism, Reggia di Caserta

Reggia di Caserta

Mil Ceulemans, Painting After Post Modernism,
Reggia di Caserta

Reggia di Caserta

Ed Moses, Ranken, Painting After Post Modernism, Reggia di Caserta

Reggia di Caserta

Reggia di Caserta, façade

Reggia di Caserta

Reggia di Caserta, grand escalier central

Reggia di Caserta

Reggia di Caserta, plafond peint

Reggia di Caserta

Belvedere di San Leucio, Caserta

Reggia di Caserta

Métier à filer la soie, Belvedere di San Leucio, Caserta

Reggia di Caserta

Catacombes de San Gennaro, Naples

Reggia di Caserta

Catacombes de San Gennaro, Naples

Reggia di Caserta

Caravaggio, Pio Monte della Misericordia, Naples

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