Première grande exposition pour Kanal, le futur centre d’art et de culture qui se réapproprie l’emblématique bâtiment Citroën. Les 300 œuvres prêtées par Centre Pompidou, le partenaire français, se fondent dans les espaces industriels bruts vidés de leurs occupants.

L’ouverture de Kanal est une événement culturel majeur pour Bruxelles, qui comble un manque criant et suscite des attentes parfois démesurées. Beaucoup attendent un effet Guggenheim Bilbao, la revitalisation de tout un quartier par la culture et le tourisme et même l’accession de Bruxelles au statut de capitale mondiale de l’art. En attendant, pour installer le plus vite possible la marque Kanal dans la ville et pour sécuriser son avenir, les initiateurs du projet ont voulu déjà occuper les lieux bruts avant le début des travaux de rénovation/transformation qui devraient prendre au moins trois ans. Et on ne peut que se réjouir devant cette ambition et le forcing qui ont pu faire aboutir le projet en un temps record, ce qui nous change des interminables non-décisions auxquelles on était plutôt habitué.

La patine des usages

Si l’arrimage pour dix ans au Centre Pompidou a fait froncer quelques sourcils, c’était pourtant la seule solution pour démarrer le projet dans les délais impartis. Très logiquement, puisque Kanal n’a pas encore désigné d’équipe artistique, ce sont celles du centre parisien qui ont monté l’essentiel de ce qui est montré en puisant dans leurs immenses réserves. « Perdez-vous », suggère le plan distribué à l’entrée. C’est vrai que, par ses volumes démesurés autant que par la patine des usages, le bâtiment impressionne. Deux zones concentrent cependant une bonne partie de ces expositions inaugurales. L’ancien atelier de carrosserie accueille Tôles, une exposition qui rassemble des pièces en métal, les seules à même de supporter les précaires conditions de conservation. Le miracle, c’est qu’elles semblent presque avoir été créées pour un jour intégrer ces lieux.

Qualité muséale

Comment rêver d’une meilleure mise en contexte qu’une cabine de peinture pour une compression de César ou pour la mariée de John Chamberlain avec sa robe de tôle froissée et soudée. Toutes les pièces de cette section sont d’une qualité muséale, qu’il s’agisse d’un Donald Judd, du mobile de Calder, du mur magnétique de Takis ou des sculptures de Robert Rauschenberg dégageant une poésie inattendue. Toujours au premier niveau, les anciens locaux administratifs s’intéressent aux œuvres qui évoquent le milieu du travail. Elles sont disséminées dans les différentes pièces séparées par des cloisons. Là où l’on entendait le cliquetis des machines de bureau, défilent désormais les slogans silencieux de Jenny Holzer. On pousse une porte et on découvre les troublantes armoires et poufs en élastomère noir de Peter Fischli et David Weiss comme échappés d’une pièce parallèle de 2001 L’odyssée de l’espace. Certaines bureaux sont fermés et il faut se contenter de regarder par la fenêtre.

Jeu de piste

Au même étage, sont présentées les dix œuvres d’artistes bruxellois commandées par Kanal. Les trouver relève souvent du jeu de piste. Quand on voit l’installation vidéo d’Emmanuel Van der Auwera au fond d’une pièce comme un autel, on hésite à entrer. C’est pourtant en s’approchant qu’on découvre que l’image n’est pas celle qui apparaît sur l’écran blanc, mais celle qui est captée par son noir reflet. L’exposition se poursuit sur le second niveau et sous les verrières, avec des œuvres plus espacées. La maison de Jean Prouvé y côtoie l’installation flottante de Toyo Ito et le pavillon de Ross Lovegrove qui abrite des objets design en impression 3D.

Etrange symbiose

Plus haut, il y a encore les trois showrooms qui se suivent sur une rampe ascendante. Longs espaces industriels bétonnés qui s’illuminent ici d’un Dan Flavin, là d’un mur vidéo de David Haxton et enfin des installations sonores et lumineuses d’Anthony McCall. Kanal Brut est une exposition hors norme, par les lieux et par l’étrange symbiose qu’ils nouent avec les œuvres exposées et enfin par tous ces fantômes industriels dont on sent la présence dans les moindres recoins. Kanal existe maintenant. Un tel projet suscite bien des questions, mais il ne faut pas en attendre les réponses pour apprécier l’éclat de la tôle et du béton bruts.

Kanal Brut
Kanal – Centre Pompidou
Quai des Péniches
1000 Bruxelles
Jusqu’au 10 juin 2019
Du lundi au samedi de 10h à 22h (24h le jeudi, 20h le dimanche)
www.kanal.brussels

 

Kanal Brut

Robert Rauschenberg,Oracle, 1962 – 1965, (c) Robert Rauschenberg (c) Centre Pompidou, MNAM-CCI/Service de la documentation photographique du MNAM/Dist. RMN-GP (c) ADAGP Paris (c) SABAM

Kanal Brut

Marcel Broodthaers Le corbeau et le renard, 1968, (c) Centre Pompidou, MNAMCCI/Service de la documentation photographique du MNAM/Dist.RMN-GP (c) The Estate of Marcel Broodthaers

Kanal Brut

Jean Tinguely, L’Enfer, un petit début, 1984, (c) Centre Pompidou, photo Gilles Bechet

Kanal Brut

Dan Flavin Untitled (to Donna) 5a, 1971, (c) Dan Flavin
(c) Centre Pompidou, MNAMCCI/Bertrand Prévost/Dist. RMNGP, (c) Adagp, Paris

Kanal Brut

John Chamberlain, The Bride, 1988, (c) Centre Pompidou, photo Gilles Bechet

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