Amis bruxellois, vous qui il y a près de 15 ans admiriez les stickers de petits personnages à la drôle de tête en forme de chou-fleur, qui essaimaient sur les murs de la ville, vous qui avez suivi le déploiement de ce collectif, Hell’O, trois artistes et aujourd’hui deux, vous devez filez au BAM à Mons découvrir leur première exposition monographique !

Jérôme Meynen et Antoine Detaille, depuis 10 ans, créent des dessins, toiles, fresques murales, installations et autres céramiques, avec un vocabulaire de formes très personnel et reconnaissable. Plusieurs tribus de petits personnages, parfois cagoulés, parfois portant chapeau pointu, parfois juste deux yeux en amande sur un visage rond comme une lune pleine. Des oiseaux, quelques plantes, des vases. Des murs, des branches, quelques animaux. Du graffiti, au départ, puis du dessin sur papier et de grandes fresques murales et, depuis quelques années, de la peinture sur toile.

Au fil de leurs expositions en galerie – à Bruxelles chez Alice Gallery – et de leurs fresques murales partout dans le monde – à suivre sur leur Instagram hello_collective ou sur leur page Facebook Hellocollective -, on a pu observer une évolution lente des techniques, des couleurs, des motifs. Ainsi, au début, Hell’O présente une vaste famille de petits personnages en noir et blanc, qui ne reniait pas une consanguinité avec ceux de Bosch ou d’Ensor. Vanités, symboles qui sont aujourd’hui toujours présents mais comme fondus dans un propos plus large. La palette de couleurs s’est affinée, les couleurs vives du début sont aujourd’hui assourdies, avec des associations très réussies de couleurs complémentaires. Des textures délicates à l’aérographe sont apparues.

Dès la première stalle, quelques sculptures, totems réalisés pour l’exposition, fièrement dressés comme des gardiens du temple, avec au fond, un mur moutarde et l’autre d’un rose fané du meilleur effet. A droite, on retrouve une grande fresque sur panneaux de bois qui fut commandée par la Ville de Mons en 2009 à l’occasion de l’exposition Keith Haring au BAM. En face, deux immenses œuvres sur papier. « Nous avons développé une manière très particulière d’avancer ensemble, disons en zigzag. Il est important que chacun puisse travailler dans des directions différentes, en cherchant ses propres références, ses propres techniques et influences, » expliquent les deux artistes en conversation avec Xavier Roland, directeur du BAM. « Au départ, lorsqu’on a commencé à faire des dessins ensemble, on voyait toujours qui avait fait quoi. Puis notre volonté a été de faire disparaître complètement l’identité, l’ego. Bref, je pense que c’était ça la base : des styles assez proches mais néanmoins différents, avec une volonté de parvenir à une œuvre d’une seule entité. »

De très nombreux collectionneurs

Plus loin, comme un cabinet de curiosités, des dizaines d’œuvres sur papier, rassemblées chez de nombreux collectionneurs privés, jouent à touche-touche sur les murs. Les grands formats sur toile sont présentés ensuite. La gamme de tons s’est modifiée. Subtile, précieuse même, elle ajoute une dimension importante à l’œuvre. Elle la fait apparaître du côté de la peinture, laissant derrière le fort aspect graphique des débuts. Des dégradés, des mouchetés, et d’autres matières mais toujours avec ce soin extrême dans le rendu, le trait précis, les aplats impeccables. Les visages sont devenus des vases. Certains vases sont pleins d’yeux, des formes abstraites envahissent la toile, la structurent comme des pièces d’un puzzle en train de se compléter. L’aspect ludique, toujours présent, laisse la place à une certaine douceur. Bosch est parti se coucher, les cauchemars sont devenus des rêves, les transes nocturnes, des danses sous le soleil. C’est sûr, les deux artistes sont sortis de l’adolescence, leur art a pris de la maturité. Leur exposition est une réussite.

Dans la dernière salle, ne manquez pas la vidéo qui rend compte de la production des grandes fresques murales réalisées partout dans le monde, ainsi que des multiples influences que le collectif revendique, de l’art ancien à la culture urbaine, en passant par le graphisme et les gravures du 17e. Que du miam ! A déguster sans tarder.

Hell’O
Enjoy the Show
BAM
8 rue Neuve
7000 Mons
Jusqu’au 29 juillet
Du mardi au dimanche de 10h à 18h
www.bam.mons.be

Hell'O

Vue de l’exposition « Hell’O, Enjoy the Show », BAM, Mons, 201

Hell'O

Hell’O, Segment 7, 2018, Courtesy Alice Gallery

Hell'O

Antoine Detaille et Jérôme Meynen travaillant sur Structure, 2016

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Hell’O, Structure 9, 2009, Collection Philippe Fatien

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Hell’O, Segment 1, 2018, Courtesy Alice Gallery

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Hell’O, Garden of Relics, 2017, Collection Gracie/Hagen

Hell'O

Hell’O, Sans titre, 2013

 

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