Le portrait est une des constantes de l’histoire de l’art. Des Primitifs flamands aux artistes contemporains, il a suivi l’évolution du rapport au sujet et à la forme. Osant des rapprochements et des confrontations entre des époques distinctes, pour « Promesses d’un visage », les Musées royaux des Beaux-Arts ont rassemblé des portraits, connus ou méconnus, issus de leurs collections en les complétant de quelques invités.

Une des premières missions d’un musée est de montrer et de faire vivre ses collections. En cette époque de disette financière pour les musées fédéraux, c’est même devenu une inévitable alternative aux grands projets menés avec l’extérieur. Mais il faut aussi pour attirer le public, proposer un nouvel angle de vue sur ce qu’on croit connaître, oser des associations et des confrontations inédites qui aiguiseront le regard. Et c’est de regard dont il est question dans cette nouvelle exposition des MRBAB consacrée au portrait, de l’art ancien à l’art contemporain. Le portrait a traversé avec constance l’histoire de l’art. Le musée en a recensé plus de 4000 dans ses collections. Parmi lesquels Michel Draguet, curateur de l’exposition, en a choisi 150.

La première salle donne le ton et l’esprit de ce qui va suivre. Des portraits de Jean Brusselmans, de Delvaux côtoient des paysages anthropomorphiques du 16 ème, les bustes en bronze et en cire de Jan Fabre ou un miroir de Pistoletto, prêt à offrir au visiteur son portrait par reflet interposé. Pour la suite, le parcours rejette la logique chronologique en faveur d’apparentements thématiques, sur les sujets, portraits officiels, le couple, les enfants ou sur la forme avec des positions des mains. On commence ainsi le parcours avec le plus ancien portrait du musée, une peinture d’un noble du XVème siècle, présentée à côté d’un SDF photographié par Andres Serrano, tous deux se détachent sur un fond doré. Plus tard, on retrouvera un Cranach, un peu perdu encadré par les bustes surréalisants de Vic Gentils et de Roel d’Haese. Dans ce grand rébus de portraits à travers styles et époques, toutes les œuvres ne présentent pas le même genre d’intérêt. Pour certaines, il relève de l’intérêt artistique et plastique, pour d’autres, il est à chercher dans le contexte et tout ce que la pièce peut nous dire sur son époque, car surtout avant l’apparition de la photographie, le portrait était avant tout la mise en scène d’une fonction ou d’un statut social. A l’époque moderne et contemporaine, la vision de l’artiste prenant le pas sur le soucis de réalisme.

En redistribuant les cartes de ses pièces majeures, le musée ne pouvait fait l’impasse sur ses Memling, Bruegel ou Teniers. On y voit aussi des peintures récemment sorties d’une restauration comme le très intense Portrait de Nicolaes van Bambeeck de Rembrandt ou Le Portrait de Suzanne Bambridge de Gauguin, restauré grâce à une opération de crowdfunding. L’intérêt de ce genre d’exposition est aussi de faire remonter des réserves des œuvres peu vues comme le premier portrait de Nel que Rik Wouters a peint avec une touche symboliste ou un Frans Hals, en avance sur son temps. Il y a aussi ces peintres un peu oubliés du 19 ème comme Jacques-Emile Blanche et sa chatoyante Dame à l’écharpe qui semble échappée des pages de Proust ou cet étonnant portait de Madame Sainctelette signé Emile-Auguste Carolus Duran, œuvre hyperréaliste avant l’heure où le visage féminin impassible surmonte une montagne de tissus en taffetas bleuté.

La section contemporaine qui conclut le parcours juxtapose deux Michael Borremans et un Van Dijck. Et comme un avant goût de son exposition dans la salle Bernheim, Michel Mouffe a laissé deux beaux portraits fantomatiques. Le portrait est il donc voué à s’effacer ? Certainement pas, si ce n’est pas en peinture, ce sera en photo comme dans le troublant autoportrait au sablier de Jan Vercruysse et l’extraordinaire portrait noir et blanc de Rinus Van de Velde par Stefan Vanfleteren. Les mèches de cheveux s’y enroulent dans les volutes de fumée. En sortant, il ne reste plus qu’à faire son selfie !

Promesses d’un visage
L’art du portrait des primitifs flamands au selfie
Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique
3 rue de la Régence
1000 Bruxelles
Jusqu’au 15 juillet
Du mardi au vendredi de 10 à 17h, le week-end de 11 à 18h
www.fine-arts-museum.be

Promesses

Rembrandt Harmensz van Rijn, Portrait de Nicolaes van Bambeeck, 1641, Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, (c) MRBAB, Bruxelle, photo J. Geleyns – Art Photography

Promesses

Alfred Stevens, Remember, 1863, Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique,(c) MRBAB, Bruxelles, photo J. Geleyns – Art Photography

Promesses

Stefan Vanfleteren, Rinus Van de Velde, courtesy of Stefan Vanfleteren

Promesses

Michaël Borremans, Amy, 2017, courtesy Zeno, X Gallery, Anvers, photo peter Cox

Promesses

Marc Chagall, Moi et le village, 1912, Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique, (c)
MRBAB, Bruxelles, (c) Chagall, (c) SABAM Belgium, photo J. Geleyns – Art Photography

 

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