Pour sa nouvelle exposition, Melancholia, sur le thème de la mélancolie, la Fondation Boghossian invite 70 œuvres d’artistes belges et internationaux. Un parcours riche et éclectique avec quelques pièces qui prennent une belle ampleur dans le cadre Art Déco de la Villa Empain.

Dès l’entrée une grande installation, Senza Totolo, de Claudio Parmiggiani, faite d’un groupe de têtes antiques tombées sur le sol en un effondrement qui semble dire la chute d’une civilisation. Dans la première petite salle, l’idée d’une grotte, celle où l’on peut se cacher pour ruminer ses pensées, The unreachable part of us, un grand dessin couvrant tous les murs, par Abdelkader Benchamma. Vers la baie vitrée qui donne sur la lumineuse piscine, deux œuvres magistrales de Pascal Convert sur le thème de la disparition, Bibliothèque : 500 livres de verre réalisés en moulant puis brûlant par le verre en fusion des livres anciens. Le verre, légèrement marqué par la cendre du papier, reste translucide. L’histoire que contenait le livre a complètement disparu. Ainsi que Falaise de Bâmiyân, des photographies en noir et blanc montrant les vastes creux dans la falaise afghane laissés par la destruction des Bouddhas sculptés par les talibans. Tant sont impressionnantes ces œuvres et de nombreuses autres dans l’exposition, tant on cherche le fil rouge proposé – la mélancolie – entre celles-ci.

La cabane construite dans les arbres du jardin par Tatiana Wolska, qu’on avait pu voir chez Irène Laub, nous parle de la nostalgie de l’enfance. Deux toiles de Chirico et Homme à mi-corps de Giacometti, toutes trois somptueuses, nous parlent de la solitude et du sentiment de perte.

Deux autres choses complètement somptueuses, une grande photographie, Liepaja, de Geert Goiris, présentant une ruine partiellement immergée dans l’eau et Wastepaper Bag de El Anatsui, une immense poubelle faite de fines feuilles de métal imprimés de pages de journaux nous évoquent la perte, la peur de l’avenir.

Des dizaines de galets peints sur le dessous d’une teinte violette, parquant tous une même ligne, sont posés par Lionel Estève sur le parquet d’une des chambres du premier étage. La Beauté des Cicatrices évoque le fil de l’eau, les crues, le temps qui passe. Même chose avec l’installation sonore One Million Years (Past and Future) de On Kawara.

Ainsi, nous dirions que les œuvres exposées ont été choisies non pas pour évoquer directement la mélancolie mais pour provoquer chez le visiteur ce sentiment à la fois triste et doux, ouaté et collant, que chacun peut ressentir. La mélancholie, ou le spleen pour les Anglais, est évoquée par les artistes et les poètes depuis l’Antiquité. Plus un tempérament qu’une attitude, plus un sentiment qu’une pensée, la mélancholie est un état flottant, une sorte d’échappée douloureuse du réel.

Allez donc voir Melancholia, et choisissez vous même quelle œuvre provoquera chez vous cet état un peu endolori, car elle aura touché chez vous, le manque, l’absence, la nostalgie de l’enfance, la solitude, … Pour cela ne manquez pas l’autoportrait datant de 1970 de Giuseppe Penone, Rovesciare i propri Occhi, pour lequel l’artiste porte des lentilles réfléchissantes. Croisant son regard de métal, le visiteur y verra son propre reflet mais aucune trace de l’âme de Penone, rendue invisible. Alors peut-être qu’il y a là une piste : la mélancolie serait peut-être causée par une incapacité à entrer en relation avec l’autre. A méditer ?

Melancholia
Fondation Boghossian – Villa Empain
67 avenue Fr. Roosevelt
1050 Bruxelles
Jusqu’au 19 août
Du mardi au dimanche de 11h à 18h
www.fondationboghossian.com

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Claudio Parmiggiani, Senza Titolo, 2013-2015, courtesy Fondation Boghossian, photo Lola Pertsowsky

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Pascal Convert, Falaise de Bâmiyân, 2017, courtesy Fondation Boghossian, photo Lola Pertsowsky

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Pascal Convert, Bibliothèque, 2016, courtesy Fondation Boghossian, photo Lola Pertsowsky

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Giorgio De Chirico, Pomeriggio d’Estate, 1972, Piazza d’Italia, ca. 1970 et Homme à mi-corps, 1965, courtesy Fondation Boghossian, photo Lola Pertsowsky

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El Anatsui, Wastepaper Bag, 2003 et Geert Goiris, Liepaja, 2004, courtesy Fondation Boghossian, photo Lola Pertsowsky

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Lionel Estève, La Beauté d’une Cicatrice, 2012 et Melik Ohanian, Selected recordings n°99, 2003, courtesy Fondation Boghossian, photo Lola Pertsowsky

 

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