Foujita aimait la France, les femmes et les félins. Fantasque et fascinant, le plus japonais des peintres français a laissé une œuvre impressionnante mais mal connue. L’exposition organisée par le musée Maillol à Paris jusqu’au 15 juillet remet dans la lumière ce contemporain de Modigliani et de Soutine, de Picasso et de Chagall, membre de l’Ecole de Paris et figure du Paris des Années folles.

Né en 1886, fils d’un médecin militaire, Tsuguharu Foujita arrive à Paris en 1913 pour un voyage d’étude de trois ans. Déjà peintre, il est fasciné par la technique picturale occidentale apprise à l’Ecole des Beaux-arts de Tokyo. Il décide de s’installer en Europe, mais sans renier le Japon et sa culture. Son œuvre est une synthèse entre les traditions de son pays natal et l’Art moderne européen.

Le musée Maillol, créé par Dina Verny, muse du sculpteur Aristide Maillol, dans un petit hôtel particulier au 61 rue de Grenelle, à deux pas du musée d’Orsay et du Bon Marché, présente plus d’une centaine de tableaux et plusieurs diptyques monumentaux de toute beauté, comme le décor du cercle de l’Union interalliée dont la facture rappelle celle des grands maîtres japonais.

L’exposition s’articule autour de ses thèmes de prédilection : les femmes, les félins, les portraits. Peintre, mais aussi photographe et cinéaste, Foujita s’est immortalisé à maintes reprises et a tourné de nombreux moments de sa vie quotidienne, autant de témoignages d’une époque marquée par deux conflits mondiaux. D’immenses tirages ouvrent les salles. Coupe au bol, lunettes rondes, petite moustache et anneaux aux oreilles, Foujita est en scène, dans son atelier, en soirée ou avec ses amis.

Fernande, Lucie, surnommée Youki (neige, en japonais), Kiki de Montparnasse, Madeleine : ses compagnes sont omniprésentes et leur sensualité irradie des nus nacrés. Sa compatriote Kimiyo Horiuchi, épousée en 1938, l’accompagnera jusqu’à sa fin en 1968. Tous deux obtiennent la nationalité française en 1958, et se convertissent. Foujita se lance dans sa dernière aventure : la construction de la chapelle Notre Dame de la Paix à Reims, inaugurée le 18 octobre 1966. Mais le sacré a toujours habité Foujita et une partie de l’exposition est consacrée à cette facette de l’artiste plus connu pour son dandysme, son goût pour la fête et ses excentricités. Là est sans doute le drame de Foujita. L’artiste qui aimait se présenter comme le plus japonais des Parisiens et le plus parisien des Japonais reste incernable, touche-à-tout brillant dont l’œuvre s’est noyée dans l’immensité des salles des musées. Cinquante ans après sa disparition, la rétrospective que lui consacre le musée Maillol devrait ranimer la flamme de l’intérêt pour le peintre au chat, l’un de ses plus beaux autoportraits. Un conseil : choisissez l’heure du déjeuner pour lui rendre visite. Les salles sont petites dans le musée Maillol et les groupes nombreux. L’attente dans la rue peut être pénible et gâcher votre plaisir.

Foujita
Peindre dans les Années folles
Musée Maillol
Paris
Jusqu’au 15 juillet
http://museemaillol.com/

Foujita

Foujita, Nu allongé, 1922

Foujita

Foujita, Autoportrait, 1921, (c) Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles

Foujita

Vue de l’exposition « Foujita, Peindre dans les Années folles », Musée Maillol, 2018

foujita

Vue de l’exposition « Foujita, Peindre dans les Années folles », Musée Maillol, 2018

Foujita

Foujita, Autoportrait au chat

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