Etienne Van Vyve, restaurateur de tableaux modernes et contemporains auprès des MRBAB depuis 1989 vient d’achever la restauration d’un important portrait peint par Gauguin. Rencontre avec ce spécialiste du sauvetage des œuvres.

Le portrait de Suzanne Bambridge a été peint par Paul Gauguin en 1891 lors de son premier voyage à Tahiti. Ce premier tableau réalisé sur place est une commande pour l’artiste qui a besoin d’argent. Cette œuvre peinte sur toile de jute reste à Tahiti jusqu’à la mort de sa propriétaire, dans de mauvaises conditions de conservation (climat chaud et humide). En 1912, il est envoyé, enroulé dans un tube de zinc, dans les cales d’un navire, jusqu’en France. A son arrivée et pendant une dizaine d’années, l’oeuvre fait l’objet de plusieurs restaurations. En 1923, les Musées Royaux des Beaux Arts de Belgique acquièrent le tableau.

« Nous surveillons cette toile depuis plus de 20 ans car elle est fragile et dans un état inquiétant de conservation, » raconte Etienne Van Vyve. Les premiers examens, ont
permis de relever 4 niveaux de restaurations successives, qui auraient eu lieu  entre 1912 et 1923. En novembre 2016, les Musées ont entrepris un important traitement de conservation et de restauration. Tout d’abord en sécurisant les couches de matière et en éliminant les vernis, très oxydés, qui obscurcissaient la surface. Il faut savoir que Gauguin refusait de vernir ses œuvres. Il désirait conserver l’aspect mat et brut de la surface picturale. En éliminant les vernis et les restaurations, on a remis à jour les nombreuses lacunes sur le pourtour de la composition et le long des plis provoquées par l’enroulement de la toile et qui avaient certainement justifié une grande partie des
restaurations.

Ces restaurations du début du siècle débordaient largement sur les matières originales notamment au niveau du fond, du visage et des drapés, soit, pratiquement 50 % de la surface. En éliminant progressivement les différentes couches de restauration, le restaurateur s’est rendu compte que le premier niveau de restauration se confondait avec les couches originales. Ce qui semblait incompréhensible étant donné qu’aucune source historique n’indiquait que Gauguin ait pu revoir le portrait lors de ses différents voyages entre la France et les mers du sud. Les responsables des Musées ont décidé alors de soumettre l’œuvre à une méthode d’examen innovante (XRF,
Fluorescence en Rx). La technique permet de révéler très précisément la nature des pigments en présence et leur superposition dans la stratigraphie de l’oeuvre. Cet examen a permis de cartographier les éléments suivant leur densité propre : Plomb, Cobalt, Cuivre, Mercure…). C’est l’Université de Liège qui s’est chargée de cette analyse. Cet examen a donné une imagerie précise et inattendue des composants. C’est ainsi qu’on a découvert de grands changements de composition de la main de Paul Gauguin dans le vêtement de Suzanne camouflant des dégâts liés à des altérations précoces des matières et invisibles lors les premiers examens effectués à l’origine du projet. A l’évidence, Gauguin a certainement restauré et repris l’œuvre. Il a, par exemple, déplacé des fleurs, en a supprimé d’autres pour camoufler efficacement les dégradations précoces. « Certaines des retouches, que nous pensions être des restaurations, étaient en fait des reprises de l’artiste lui-même, » conclut Etienne Van Vyve.

 

suzanne bambridge

Paul Gauguin, Portrait de Suzanne Bambridge, 1891, (c) Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique

suzanne bambridge

Vue de la restauration du portrait de Suzanne Bambridge de Paul Gauguin, (c) Musées Royaux des Beaux Arts de Belgique

suzanne bambridge

Vue de la restauration du portrait de Suzanne Bambridge de Paul Gauguin, (c) Musées Royaux des Beaux Arts de Belgique

suzanne bambridge

Vue de la restauration du portrait de Suzanne Bambridge de Paul Gauguin, (c) Musées Royaux des Beaux Arts de Belgique

suzanne bambridge

Paul Gauguin, Portrait de Suzanne Bambridge (détail 1), 1891, (c) Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publié.