Le Guggenheim Bilbao, situé dans la ville espagnole éponyme, propose actuellement une exposition originale sur le thème de l’espace. Inspiré par la collaboration entre le sculpteur basque Eduardo Chillida et le philosophe allemand Martin Heidegger, l’événement offre au regard plus d’une centaine d’œuvres d’artistes internationaux comme Olafur Eliasson, Isa Genzken, Pierre Huyghe, Richard Long, Bruce Nauman, Ernesto Neto ou Lee Ufan. Tant réflexion sur le dialogue établi par chaque œuvre avec son environnement que célébration de l’architecture hôte imaginée par Frank Gehry, ce voyage mène le visiteur de pièces au caractère muséal à des créations très contemporaines, de concepts pointus à l’évocation d’une vie extraterrestre. Son commissaire Manuel Cirauqui nous aide à maintenir le cap dans ce parcours à la fois savant et désarçonnant.

« L’espace est espace pour autant qu’il espace (essarte), libère le champ pour des alentours, des lieux et des chemins. Mais l’espace espace en tant qu’espace pour autant seulement que l’homme concède-et-aménage l’espace, accorde ce qui donne le champ libre et s’y admet, s’y aménage et y aménage les choses, prenant ainsi en garde l’espace en tant qu’espace », énonce Martin Heidegger le 3 octobre 1964. Ce jour-là, le philosophe allemand cite Aristote et Kant mais aussi Galilée et Newton. L’espace est envisagé tantôt comme « ce à quoi le sculpteur se confronte », tantôt comme « pure forme de l’intuition » ou comme « extension tridimensionnelle uniforme pour le mouvement de point de masse ». Pour tenter un raccourci incertain. Ce n’est que quelques années plus tard qu’Heidegger et le sculpteur Eduardo Chillida (1924-2002) entreprendront ensemble une réflexion sur le thème et noueront un dialogue qui les fera explorer les notions de lieu et de présence, ainsi que la relation entre l’art et la science. Un livre en sera témoin : L’art et l’espace. Titre qui s’offre aujourd’hui comme nom à l’exposition pensée par Manuel Cirauqui pour le Guggenheim de Bilbao. « L’idée est née quand nous avons réfléchi au programme du 20e anniversaire du musée. J’ai imaginé une proposition qui interrogerait les espaces eux-mêmes et la spatialité de l’art en lien avec l’architecture. Qu’est-ce que le bâtiment dicte aux œuvres ? Comment traduire sa dynamique spatiale dans un dialogue avec elles ? Et comment faire pour que ces dernières se parlent entre elles ? En étudiant les implications du discours sur l’espace dans l’histoire de la sculpture, et particulièrement la sculpture basque, le dialogue entre Heidegger et Chillida a retenu mon attention. Non seulement parce qu’il émane de deux personnalités importantes mais aussi parce qu’Heidegger a été invité à faire un geste plastique. » Dans les vitrines de la première salle, des pierres lithographiques témoignent du discours et de l’écriture du philosophe. Chacune d’elles ne transmet que peu de lignes. Installé au centre, le texte agit comme un écrit ancien. Pensées philosophiques ou formules magiques ? Les germanophones se prennent pour Champollion. Les autres rêvent. L’exposition démarre ainsi entre réflexion appuyée et imagination. Un fil qu’elle tend de salle en salle faisant de chaque visiteur un funambule.

« C’est à partir de cette référence que l’exposition se construit, par thème et par geste. Avec toujours l’idée qu’il n’y a pas d’œuvre montrée de façon individuelle. Toutes entretiennent diverses relations les unes avec les autres. Leur sélection s’est faite non seulement en s’intéressant aux œuvres historiques qui témoignent de la question de l’espace, mais aussi en proposant des réflexions très contemporaines comme celles d’Agnieszka Kurant, qui ont à voir avec la vitalité, le fantomatique, la spéculation », précise le commissaire. Pour Manuel Cirauqui, l’espace peut se concevoir comme un déploiement du réel, mais aussi comme la conséquence de faits virtuels ayant des répercussions sur l’environnement. Et d’évoquer à suivre le Wi-Fi, les transmissions satellitaires et aussi la physique quantique. Il explique que son exposition évoque les réflexions les plus élémentaires sur l’espace comme les plus complexes. Ce qui offre par endroit des représentations absconses et par d’autres des formes de vulgarisation scientifique, voire des approches plus populaires comme celles relevant de la science-fiction. Certaines œuvres majeures dissertent sur le plein et le vide, tandis que d’autres évoquent les trous noirs ou les objets interstellaires. (…)

Dans le cadre d’un partenariat avec Arts Hebdo Medias, un site français d’information dédié à l’art contemporain, nous vous proposons de lire la suite de cet article sur www.artshebdomedias.com

 

l'art et l'espace

Pierre Huyghe, Gardien du temps (Timekeeper), 2002

l'art et l'espace

Prudencio Irazaba, Untitled #767, 1996 et Isa Genzken, det Blick, 1987

l'art et l'espace

Maria Elena Gonzalez, Untitled, 2005

l'art et l'espace

Agnieszka Kurant, Air Rights 2, 5, 6, 2015-2017

l'art et l'espace

Bruce Nauman, Green Light Corridor, 1970

l'art et l'espace

Damián Ortega, Cosmic Thing, 2002

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publié.