Numérique, l’adjectif s’applique aujourd’hui à la quasi totalité des domaines, de l’éducation à la citoyenneté (rappelons que le 25 octobre dernier, l’humanoïde Sophia est devenu le premier robot à obtenir la citoyenneté d’un pays, l’Arabie saoudite en l’occurrence), mais aussi à nombre de loisirs nouvelle génération. Un phénomène qui attire l’attention des artistes dès son origine. Ceux réunis à la Fondation EDF pour l’exposition La Belle Vie Numérique interrogent le rapport complexe entre les nouvelles technologies et notre mode de vie, ainsi que leur impact toujours plus important sur le monde. L’exposition est à découvrir gratuitement jusqu’au 18 mars.

La Belle Vie Numérique n’est pas une exposition d’art numérique, comme l’explique son commissaire Fabrice Bousteau. « Elle a pour objectif de s’intéresser à la transformation, aux bouleversements profonds de la société qu’entraîne l’apparition de l’ordinateur dans nos vies. Une de ses hypothèses est que nous ne sommes plus aujourd’hui dans un temps numérique, mais dans un temps quantique. » Ce temps quantique sert d’explication aux conséquences liées à l’utilisation des technologies, qui rendent possible une forme d’ubiquité : « Quand vous êtes à une réunion dans un bureau et en même temps sur Facebook, vous êtes dans deux temps simultanément. » Qualité essentielle du numérique, son système de codage binaire, composé exclusivement de 0 et de 1, est un langage parlé par tous nos appareils technologiques. C’est donc très logiquement que cette dualité revient comme un leitmotiv tout au long de l’exposition, et ce dès l’entrée dans l’espace de la Fondation EDF, où le visiteur doit choisir entre deux parcours : le 0 et le 1, abordant alternativement le caractère utopique et dystopique de cette belle vie numérique. Le premier plonge au cœur du programme pour observer les progrès permis par ces technologies et terminer sur les aspects négatifs engendrés ; quant au second, il le parcourt à rebours.

Les 28 artistes invités ont donc tous eu recours aux nouvelles technologies pour réaliser leurs œuvres. Parmi eux, certains ont utilisé directement Internet, que ce soit comme support ou comme fournisseur de contenu, matière première des œuvres. Ainsi, au rez-de-chaussée de la Fondation, impossible de manquer l’installation de Marie-Julie Bourgeois. Projetés sur un véritable mur d’écrans, des ciels du monde entier, filmés en direct, et synchronisés en fonction de l’avancement de la journée : soleil au zénith au centre, aurores sur la gauche et crépuscules à droite. Pour observer TEMPO II, nous sommes conviés à nous asseoir dans une autre installation en écho, réalisée par Udo Noll et mettant à disposition des tablettes sur lesquelles est installé un programme permettant d’entendre des enregistrements audio en temps réel à différents endroits du monde (radio aporee). Le contenu provenant d’Internet est également au centre du travail de Julien Levesque, qui collecte des prises de vue de paysages extraites de Google Street Views et les assemble sans cohérence autre qu’esthétique ; un ciel d’Asie peut ainsi se retrouver au-dessus de montagnes sud-américaines, qui surplombent elles-mêmes la savane subsaharienne. Un studio de création de ces paysages irréels est mis à disposition des visiteurs pour imprimer leurs propres Street Views Patchwork. Avec sa série Select All Squares, Aram Bartholl dénonce, quant à lui, la pratique des captchas, ces sortes de petites épreuves auxquelles nous sommes soumis lorsque nous surfons pour prouver que nous sommes bien humains, et qui se servent subrepticement de nos réponses pour classer certaines images par mots-clés que nous leur fournissons en coopérant, faisant de celui qui se promène sur Internet un esclave des temps modernes sans même qu’il en soit informé, travaillant dans l’ombre pour les géants du GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon). (…)

Dans le cadre d’un partenariat avec Arts Hebdo Medias, un site français d’information dédié à l’art contemporain, nous vous proposons de lire la suite de cet article sur www.artshebdomedias.com

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Véronique Béland, As we are blind, courtesy l’artiste, photo G. Car

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Du Zhenjun, Ran, photo G. Caron

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Udo Noll , Radio aporee, courtesy l’artiste

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Scenocosme, Matières Sensibles, photo G. Caron

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Mwood, Fifteen Seconds of Fame, photo G. Caron

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