Inauguré en 2012, le Garage Cosmos est un espace d’art hybride à l’initiative d’Eric Fabre, ancien galeriste et collectionneur. Jusqu’à présent, le lieu n’ouvrait ses portes que durant un bref instant, le temps d’Art Brussels. Récemment repris par Ferdinand Fabre, le fils d’Eric, une nouvelle impulsion est donnée à cet espace qui accueillera désormais trois à quatre expositions par an. 

Calligraphy as process présente une partie de la collection d’Eric Fabre. Propriétaire d’une galerie parisienne entre 1974 et 1997, il a débuté sa collection personnelle avec des œuvres issues de Supports/Surfaces. Il enrichit peu à peu celle-ci de pièces d’artistes actifs dans les années 1950 à 1970 et porte un intérêt tout particulier aux artistes lettristes. Pour lui, la collection est une histoire. Et l’exposition un morceau de cette histoire, un prélèvement, un carottage.

Ici, ce sont les artistes lettristes qui sont mis à l’honneur. L’exposition est une histoire familiale, puisque c’est Rosalie Fabre, la fille d’Eric, qui est curatrice de l’exposition. Diplômée d’un master en histoire de l’art chinois, formée en Chine pendant trois ans à la calligraphie, Rosalie Fabre dessine une exposition qui interroge l’utilisation de l’art calligraphique contemporain dans diverses traditions. En détournant la calligraphie du champ de la communication, les artistes explorent son potentiel artistique et proposent des réinterprétations singulières au moyen de langages picturaux. En résulte des œuvres protéiformes qui partagent toutes un même geste créatif et une vision commune, celle de permettre l’émergence d’un langage universel.

L’exposition est construite en deux chapitres. La première salle rassemble des artistes ayant travaillé le monosigne. On y retrouve l’artiste chinois Gu Wenda, qui réinvestit la calligraphie sigillaire. Cette forme d’écriture très ancienne s’attache à déformer le signe afin qu’il ne soit lisible que par son destinataire. À ses côtés, le triptyque de Jean-Pierre Gillard fait honneur à la lettre grecque psi, qui disparaît ou apparaît au fur et à mesure de sa série. Plus loin, la pièce en néon de Keith Sonnier, se présente sous un nouveau jour : les fils électriques, à la manière d’un pinceau qu’on laisse traîner sur la toile, permettent la composition du caractère.

Dans le deuxième espace, ce sont les signes dans leur ensemble qui sont mis à l’honneur. Cet espace s’articule en trois temps : le geste répétitif, la poésie et la dimension sociopolitique. À l’entrée, ce sont les deux œuvres de Lee Ufan, très minimalistes, qui exploitent le caractère répétitif du pinceau apposé sur la toile. Lee Ufan est un artiste coréen qui a contribué au développement de l’art contemporain au Japon en fondant le mouvement Mono-ha à Tokyo en 1968. Les œuvres de Nasrollah Afjei font écho à ce travail de répétition. Dans ses toiles, ce sont les caractères arabes qui sont superposés et répétés de façon très minutieuse de manière à former un motif abstrait qui amène une dimension très picturale à l’ensemble.

Plus loin, les œuvres de Christian Dotremont nous transportent vers une approche poétique de la calligraphie. Fondateur du groupe CoBrA, ce poète belge utilise le logogramme, qui est ce poème calligraphié dans l’instant. L’écriture est transformée en une forme, en une image où l’élégance de la poésie est mise en exergue par la beauté du geste.

L’exposition s’achève avec les œuvres de Qiu Zhidje. Il émane une certaine grâce de ses grandes compositions. Chacune d’entre elles est couverte de caractères chinois. Tous disposent du même radical qui traduit la lumière, pour la première œuvre. De cette racine commune naissent des caractères comme le soleil, l’aube ou d’autres mots liés à la lumière. Répétant de multiples fois ces différents caractères, il produit une image riche de toutes les significations et qui pourtant devient abstraite. Calligraphy as process est une invitation au voyage. Cultures, tradition et poésie s’entremêlent et produisent ensemble un langage universel. C’est aussi une invitation à redécouvrir cette belle discipline qu’est la calligraphie. Une première très réussie. La prochaine exposition s’ouvrira en avril.

Calligraphy as process
Garage Cosmos
43 avenue des Sept Bonniers
1180 Uccle
Jusqu’au 31 mars
Du vendredi au dimanche de 11h à 17h
http://www.garagecosmos.be

 

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Rachid Koraïchi, Rabia Al Adawiyya (détail), 2009, courtesy l’artiste et Garage Cosmos

 

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Jacques Spacagna, Sonnet Sikasso, 1964, courtesy l’artiste et Garage Cosmos

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Vue de l’exposition, courtesy les artistes et Garage Cosmos

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Charles Hossein Zenderoudi, ESE + FASE, 1970, courtesy l’artiste et Garage Cosmos

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Keith Sonnier, Sel Paris 1, 1978, courtesy l’artiste et Garage Cosmos

 

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