C’est en fait la troisième exposition Fernand Léger au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles. C’est l’artiste lui-même qui organise la première en 1938 avec la galerie Paul Rozenberg. Une autre en 1956. Le beau est partout a été montré à Pompidou Metz il y a quelques mois dans le cadre des 40 ans du Centre Pompidou.

Fernand Léger (1881-1955) est un modèle absolu. Un peintre anticonformiste qui ouvre la peinture au monde moderne. Il fait le constat de la puissance esthétique de la vie moderne, trépidante et colorée. Si l’art doit survivre à la publicité qui commence à émerger dans les rues de Paris, alors il faut utiliser les mêmes couleurs vives, faire de la peinture comme du cinéma. Léger déambulera constamment entre différents champs de création : peinture, cinéma, architecture, ballet, cirque. Il va proposer un cubisme revisité et absolument personnel. Il terminera sa carrière en s’engageant politiquement comme communiste. « Il n’y a pas le beau, catalogué, hiérarchisé. Le beau est partout, dans l’ordre d’une batterie de casseroles, sur le mur blanc d’une cuisine, aussi bien que dans un musée« , formulait-il.

La toile qui ouvre l’exposition est spectaculaire. Le transport des forces est une peinture monumentale de 8 x 5 m qu’il peint pour l’Exposition universelle de 1937. On y voit les formes courbes de la nature. On y voit aussi les lignes droites d’éléments géométriques qui représentent pour Léger le monde moderne, l’industrie, la mécanique. Léger collaborera avec des centaines d’artistes sans jamais adhérer à aucun mouvement. Imaginez-vous que Louise Bourgeois, Sam Francis, Hans Harting, Serge Gainsbourg ou Nicolas de Stael sont passés dans son atelier. Il collabore avec Le Corbusier, Charlotte Perriand, Robert Mallet-Stevens.

Entrons dans la première salle. Voici le seul autoportrait de l’artiste. Plus tard, il bannira le portrait, la psychologie, les sentiments. Contemporain de Picasso et Braque, il va représenter le volume par la couleur. Léger est aussi un grand théoricien. Il écrit Fonction de la peinture. Il veut être dynamique. Avec l’apparition du train, de la voiture, du métro, la vision du paysage est devenue fragmentée. Il veut montrer cela, cette fragmentation.

L’artiste est brancardier durant la guerre 1914-18. Comme beaucoup de ses camarades, dont Blaise Cendrars, il en revient blessé. « Il n’y a pas plus cubiste qu’une guerre comme celle-là qui te divise plus ou moins proprement un bonhomme en plusieurs morceaux et qui l’envoie aux quatre points cardinaux, » écrira-t-il. Voici Le mécanicien. C’est un ancien poilu qui revient dans sa vie quotidienne d’ouvrier. Léger le représente comme un robot, fait de morceau de mécanique. Il est fasciné par le nouveau métro qui se construit à Kremlin-Bicêtre. Avec ses couleurs flamboyantes, Léger veut concurrencer la publicité. Il veut concurrencer la vie moderne. Fin observateur, il cueille aussi, dans l’espace urbain, la typographie des publicités. Il utilise les lettres dans ses œuvres. Il en joue.

Au fil du temps, son style se précise : larges aplats, cernes noirs, couleurs vives, confrontation des droites et des courbes. Les danseuses aux clés forme presque un diptyque tant la peinture est divisée en deux : à gauche, deux corps voluptueux, une femme et un homme tout en courbes. A droite, un réseau de formes géométriques. Si Léger revendique de ne pas s’aventurer dans le champ des émotions, ses compositions révèlent de nombreux sentiments – joie profonde, mélancolie…

Comme Calder, il est fasciné par le cirque. « Allez au cirque, encourage-t-il. Rien n’est aussi rond que le cirque, c’est une énorme cuvette dans laquelle se développent des formes circulaires. Ça n’arrête pas. Tout s’enchaîne. La piste domine, commande, absorbe. Le public est le décor mobile, il bouge avec l’action de la piste. (…) Vous quittez vos rectangles, vos fenêtres, vos géométriques, et vous allez au pays des cercles en action. » Passionné de spectacles, Léger participera tout au long de sa vie à une dizaine de créations, conçoit des décors et des costumes pour des ballets et opéras. Pointons aussi son film, Ballet mécanique (1924), dans lequel il expérimente la succession d’images en gros plans pour traduire la frénésie de la vie moderne.

L’exposition est une réjouissance. On s’y promène le cœur en éventail. Puissance des couleurs, du graphisme. Chaque œuvre nous happe, nous fait faire des pirouettes. La joie moderne, quel régal ! A ne pas manquer !

Fernand Léger
Bozar
23 rue Ravenstein
1000 Bruxelles
Jusqu’au 3 juin
Du mardi au samedi de 10h à 18h
www.bozar.be

Fernand Léger

Fernand Léger, Les deux femmes debout, 1922, don de M. Jacques Zoubaloff, collection Centre Pompidou, Paris, Musée national d’art moderne, Centre de création industrielle (c) Centre Pompidou, MNAM-CCI/Christian Bahier et Philippe Migeat/Dist. RMN-GP, (c) SABAM Belgium 2018

Fernand Léger

Fernand Léger, Liberté, 1953, donation Louise et Michel Leiris, collection Centre Pompidou, Paris Musée national d’art moderne, Centre de création industrielle (c) Centre Pompidou, MNAM-CCI/Service de la documentation photographique du MNAM/Dist. RMN-GP, (c) SABAM Belgium 2018

Fernand Léger

Fernand Léger, Le Cirque Médrano, 1918, Legs de la Baronne Eva Gourgaud, Collection Centre Pompidou, Paris Musée national d’art moderne, Centre de création industrielle (c) Centre Pompidou, MNAM-CCI/Jacques Faujour/Dist. RMN-GP, (c) SABAM Belgium 2018

Fernand Léger

Fernand Léger, Les Loisirs, Hommage à Louis David, 1948-1949, collection Centre Pompidou, Paris – Musée national d’art moderne – Centre de création industrielle (c) Centre Pompidou, MNAM-CCI/Jean-François Tomasian/Dist. RMN-GP, (c) SABAM Belgium 2018

Fernand Léger

Fernand Léger, Les grands plongeurs noirs, 1944, (c) Centre Pompidou musée national d’art moderne, Paris

Fernand Léger

Fernand Léger, Le mécanicien, 1918, (c) Centre Pompidou musée national d’art moderne, Paris

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