Voir à Paris Le Baigneur de Cézanne. Voir à Paris L’Écho nº25 de Pollock. Voir à Paris deux cents pièces maîtresses du MoMA : c’est à La Fondation Vuitton qui a le chic pour attirer le public. Après l’exposition triomphale sur la collection Chtchoukine, c’est l’un des musées les plus mythiques du monde qu’elle met en lumière à Paris.

« Il faut être absolument moderne », disait Rimbaud. Personne n’a jamais vraiment compris ce que le poète voulait dire par là. Le MoMA et la Fondation Vuitton se sont emparés de ce credo comme étendard de leur engagement pour l’art : Être moderne est la première exposition d’envergure en France des collections prestigieuses du musée new-yorkais. Se déployant sur quatre niveaux, c’est un véritable cours d’histoire de l’art des XXe et XXIe siècles. Et parce que l’histoire même du MoMA se confond avec celle de l’Art moderne, l’expo appuie également sur le rôle de l’institution qui, depuis sa création en 1929, se renouvelle, innove. C’est un musée qui carbure à la volonté d’offrir au public l’art le plus avancé de
 son époque. À noter que des travaux sont actuellement menés à New York par l’agence Diller Scofidio + Renfro dans le but d’un agrandissement du MoMA pour 2019. Il faut avancer. Il faut être moderne. Avancer sur base d’un héritage à conserver. Comme un manifeste, l’exposition Être moderne invite à grandir et se veut un modèle d’éducation et d’enrichissement artistique.

L’entame du parcours est sensationnelle parce qu’elle remonte aux racines de l’Art moderne et révèle des chefs-d’œuvre qui nous sont familiers tels que Le Baigneur de Paul Cézanne, le Jeune garçon au cheval de Picasso (réalisé lors de sa période rose), les Poissons rouges de Matisse et autres Mondrian, Malevitch, Klimt, Dali, Magritte, Chirico, Signac, Hopper, Brancusi, Kirchner, etc. Bref, une belle brochette de trésors même si les pépites telles que Les demoiselles d’Avignon ou La Nuit étoilée sont restées à New York ! Car l’exposition ne se veut pas l’étalage d’œuvres incontournables du MoMA mais d’abord une leçon d’histoire de l’art. Outre ces coups d’éclat, l’événement s’ouvre aussi sur des œuvres industrielles (avec notamment une hélice). Ainsi, dès le début du voyage, on comprend que le MoMA a toujours voulu ouvrir l’art à toutes les disciplines. On voit d’ailleurs, dès la deuxième ou troisième pièce, des extraits et des affiches de films ainsi que des photographies. Ce qui renvoie à la pluridisciplinarité qui caractérise le musée : peinture, sculpture, photographie, cinéma, arts graphiques, architecture et design industriel.

Il est indispensable de noter que le musée tâche de se faire l’écho du monde et de ses agitations. En 1942, par exemple, Alfred H. Barr Jr, le célèbre fondateur du musée, avait acquis le triptyque de Max Beckmann : Le Départ. C’était tout juste un an après l’entrée en guerre des Etats-Unis contre l’Allemagne nazie. L’œuvre avait été montrée lors d’une exposition intitulée Free German Art. C’était, ni plus ni moins, un geste politique. Plus récemment, en février 2017, le musée a exposé des artistes originaires de pays dont les ressortissants sont interdits d’entrée aux États-Unis, en réponse au texte de loi de Donald Trump.

Le parcours continue avec, bien sûr, Pollock, De Kooning, Rothko… Après ce passage par l’âge d’or de l’art américain, arrive le pop art avec Warhol, Lichtenstein et deux œuvres en particulier qui ont attiré notre attention : une gigantesque carte des USA de Jasper Johns et une photographie de Jeff Wall : After « Invisible Man » by Ralph Ellison, the Prologue. Sur cette photo, Jeff Wall donne vie au personnage du roman de 1952 de Ralph Ellison, L’Homme invisible. On y voit un homme noir, assis au milieu d’un appartement bordélique et éclairé de 1 369 ampoules. Un tableau lumineux à tous les égards qui attire le regard dès l’entrée dans la pièce.

La suite est moins sensationnelle, dans le sens où c’est moins familier pour le grand public. On découvre – avec plaisir – des œuvres issues de zones géographiques encore peu présentes dans les collections. Notamment celles d’Iman Issa (Égypte) et Aslı Çavuşoğlu (Turquie). Et parmi les acquisitions les plus récentes du MoMA, on aime particulièrement le tableau Let’s Walk to the Middle of the Ocean ( 2015) de Mark Bradford. Certaines œuvres – c’est là un point majeur de cette exposition – se partagent plus que n’importe quelles autres avec le public. L’une est inoubliable et c’est même le bouquet final de cette exposition blockbuster. Il s’agit d’une installation sonore de Janett Cardiff. On entre dans une pièce remplie de 40 haut-parleurs installés en cercle. Un baffle pour chacune des 40 voix du chœur de Salisbury interprétant un motet du XVIe siècle. Les spectateurs s’observent du coin de l’œil. C’est une expérience à la fois intime et collective. Un moment agréable, amusant et troublant. Unique de toute façon.

Être moderne, le MoMa à Paris
Fondation Vuitton
Paris
Jusqu’au 5 mars
http://www.fondationlouisvuitton.fr/

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Jackson Pollock, Echo: Number 25, 1951, (c) 2018 Pollock-Krasner Foundation / Artists Rights Society (ARS), New York

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Kerry James Marshall, Untitled (Club Scene), 2013, (c) Gift of Mr. and Mrs. Martin Segal in honor of Agnes Gund

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Pablo Picasso, Boy Leading a Horse, Paris, 1905-06, courtesy of The William S. Paley Collection, (c) 2018 Estate of Pablo Picasso, Artists Rights Society (ARS), New York

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Ellsworth Kelly, Colors for a Large Wall, 1951, (c) 2018 Ellsworth Kelly

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