Des matières brutes et des traits incisifs, des couleurs qui flirtent l’une avec l’autre, des lignes sages qui cherchent à ne plus l’être, les peintures récentes de Lucien Stassen exposées à l’Association du Patrimoine artistique naviguent entre reliefs et aplats, telles les vagues d’un océan habité de quiétudes rebelles. 

Les tableaux de Lucien Stassen procèdent d’un mouvement qui est une évaluation critique permanente. Avec lui, nous examinons l’effet de telle couleur à côté de telle autre, sur telle étendue. Et si je fais cela ? Leur aspect est ouvert, comme non définitif. Ces peintures expriment un processus qui pourrait ne jamais s’arrêter. Le plaisir de voir les tons qu’on juxtapose, et cette mince bande qui les sépare, qui les fait chanter… Ou ces griffures qui leur donnent un aspect volontairement hasardeux… De grandes plages un peu vibrantes et la matière rugueuse où joue la lumière. Nous pensons au son dirty de Jimi Hendrix, à ses accords brouillés, à tout ce qu’il y avait de frais et d’inédit dans la musique des années 1970. Même côté expérimental. Le support est un champ d’expérience, limité à lui-même, mais qui met en jeu le sens plastique, le goût et la recherche de sensations inédites.

Après un début de carrière solitaire dans les années 1970 et 80, Luc Stassen s’est consacré à l’enseignement à Sint-Lukas à Bruxelles. S’il a certes enseigné, de par cette mission à laquelle il s’est pleinement voué, il s’est aussi et surtout enseigné à lui-même. Modèle vivant, art du dessin, approche de la couleur. Il dessinait à côté de ses étudiants, participait à leurs exercices. Son œuvre actuelle est dans le prolongement de cet élan et nous sommes à ses côtés pour les apprécier et entrer dans ce plaisir d’évaluer… sans qu’il soit nécessaire d’en demander plus à l’art.

C’est dans un gros cahier de comptes, où seules sont tracées quelques lignes verticales, que Lucien Stassen travaille avec bonheur. Parti de l’idée de faire disparaître les lignes, il charge peu à peu les pages d’aplats noirs, gris qui estompent peu à peu les lignes comptables. Des couleurs viennent se superposer ou se côtoyer. Les horizontalités et les verticalités dominent, des formes courbes apparaissent à leur tour, mais plus rarement, et parfois même, encore plus exceptionnellement, une silhouette humaine, un visage. Les formes dominantes restent volontairement carrées ou rectangulaires à l’instar de la superbe maison que l’architecte Georges Baines a construite pour Lucien et sa famille, suite à l’incendie qui avait rendu inhabitable leur ancienne habitation, complètement brûlée de la cave au grenier où se trouvait son atelier. Tout était noir, couvert d’une suie grasse, rien n’avait pu être récupéré dans la maison. Ni toiles, ni carnets d’études, livres, archives… Rien n’en réchappa, tant la suie était tenace. Aujourd’hui, le cahier de Lucien vient rappeler cet épisode tragique mais qui donna naissance à cette magnifique demeure faite de parallélépipèdes rectangles ajustés de main de maître. L’escalier menant à l’étage est subtilement planté au centre du bâtiment dans un cube de bois des plus inattendus et en même temps des plus harmonieux. C’est comme si Lucien, habité par les volumes qu’il occupe, ne pouvait plus s’en détacher et, lorsqu’il peint sur ces épais panneaux de bois, c’est avec la même rhétorique, ne s’intéressant qu’à la première et à la deuxième dimension, laissant à l’architecte la troisième, et se tournant vers le choix des couleurs dont la fraîcheur vient attiser notre curiosité lorsqu’elles se côtoient ou se marient.

Lucien Stassen
Peintures récentes
Association du Patrimoine artistique
7 rue Charles Hanssens
1000 Bruxelles
Jusqu’au 4 février
Du jeudi au dimanche de 14h à 18h
associationdupatrimoineartistique.be

lucien stassen

Lucien Stassen, Krant 4, courtesy l’artiste

lucien stassen

Lucien Stassen, Krant 5, courtesy l’artiste

lucien stassen

Lucien Stassen, Krant 3, courtesy l’artiste

 

 

 

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