Ostende accueille une nouvelle édition de Het Vlot, sa triennale d’art contemporain : 73 artistes, belges et internationaux, disséminés dans 22 lieux de la reine des plages embarquent sur un radeau artistique pour livrer un portrait souvent inquiet de notre temps.

On ne regarde plus aujourd’hui le Radeau de la Méduse comme les contemporains de Géricault. A l’époque, certains ont vu dans ces hommes et femmes en perdition sur leur embarcation de fortune une charge contre la famille royale et une condamnation implicite de l’esclavage. Quand en 1986 Jan Fabre réalisait un radeau utopique, L’art est (pas) solitaire, il se jouait du statut de l’artiste sur des terrains de sport miniature. Het Vlot explore les thématiques sous-jacentes à ces deux œuvres, les tensions et l’écume qui les lient. Le radeau est synonyme d’une catastrophe et d’un espoir aussi, de l’impuissance dans le chaos, comme de la solidarité. Toutes ces visions, les 73 artistes qui participent à l’événement avec des œuvres souvent créées pour l’occasion, s’en sont emparés, littéralement pour certains, de manière plus allusive ou métaphorique pour d’autres.

Trombes d’eau

C’est au Mu.zee que tout commence. Une esquisse et des croquis de Géricault, le radeau de Fabre. Sur un étage, une première grosse sélection d’œuvres. Parmi lesquelles les quatorze grands autoportraits du photographe portugais Jorge Molder qui reprend des attitudes ou des expressions des 14 passagers du radeau. Dans son extraordinaire vidéo, The Raft, Bill Viola a filmé un groupe de personnes submergé par des trombes d’eau venues de nulle part. Les images d’une extrême lenteur les montrent dans leur tentative désespérée de résister ensemble aux flots déchainés qui s’achèvent aussi abruptement qu’ils ont surgi. Dans une salle voutée, Chiharu Shiota a tissé son écheveau de fils rouges autour de deux barques et des clés empruntées au blason de la ville d’Ostende. Dans sa belle installation brodée d’or, Romeo Castellucci évoque la liberté d’expression et ce qu’il en reste au bout du voyage.

D’après-déluge

Il faut gagner la digue jusqu’aux Galeries vénitiennes, à côté de l’Hôtel des Thermes, pour poursuivre la dérive et les belles surprises dont le fascinant Stasis de Ruben Bellinkx, qui a imaginé des groupes d’hommes qui retiennent avec leurs dents une table sur laquelle d’autres hommes retiennent avec leurs dents une table sur laquelle etc. Dans son installation Mémoire du merveilleux, Jean-Jacques Parant accumule des vestiges d’animaux, de végétaux et d’étranges sacs goudronnés pour en faire un dernier radeau ou le point de départ d’une civilisation d’après le déluge. Les facéties de Messieurs Delmotte improvisées de-ci de-là dans la ville rappellent que l’art, quand il le veut bien, peut aussi redonner le sourire. La suite de cette manifestation est à découvrir en divers lieux de la reine des plages. On comprend très vite pourquoi Het Vlot est encadré par l’office du tourisme ostendais. Au gré des ces balades, on peut encore croiser le gigantesque personnage encapuchonné de Michaël Borremans, le nez dans le bassin face au casino, l’installation de Berlinde de Bruyckere et Mirjam Devriendt dans le clocher de l’ancienne église Saint-Pierre, ou encore l’église Saint-Joseph, près du musée, riche en vidéos et de la belle installation de Ria Pacquée. Jusqu’en avril, des artistes débarquent régulièrement du radeau pour une performance quelque part dans la ville. Le radeau tangue mais il vit jusqu’à atteindre bon port.

Het Vlot.
Kunst is (niet) eenzaam
Mu.zee
11 Romestraat
8400 Oostende
Jusqu’au 15avril
Du mardi au dimanche de 10 à 18h
www.hetvlot-oostende.be

Het Vlot

Theodore Géricault, Etude pour le Radeau de la Méduse, (c) Palais des Beaux-Arts de Lille, photo Jean-Marie Dautel

Het Vlot

Fabien Mérelle, Radeau de Fortune, 2016, courtesy Art Bärtschi & Cie Gallery, Geneva

Het Vlot

Jan Fabre, Kunst is niet eenzaam / Art is not Lonely / L’art n’est pas solitaire, 1986, photo Lieven Herreman (c) Angelos

Het Vlot

Enrique Marty, Fake Monuments, 2017, photo Steven Decroos

het vlot

Jean-Luc Parant, mémoire du merveilleux, L’arche de Noé, 2012, photo Gilles Hutchinson (Musée Paul Valéry, Sète, France, 2015)

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