Plus que quelques jours pour voir l’exposition Gerhard Richter au S.M.A.K. à Gand. Qu’il soit un artiste majeur n’est pas une découverte.  Richter a l’art de fasciner et de nous en mettre plein les yeux. Richesse et intensité des couleurs, travail de la pâte griffée, couches superposées qui transforment la peinture en matière vivante. Mais il y a plus. Chronologique, l’exposition révèle les aspects fondamentaux et les mutations techniques d’une peinture à plusieurs visages, des années précoces à sa création actuelle.

Le S.M.A.K. rapproche des pièces exécutées à des décennies de distance. Pour commencer, la première oeuvre en verre (1967) de Richter.  Une architecture de panneaux de verre montées sur de fines structures métalliques, un subtil piège optique qui fait léviter certaines toiles. Une allusion au Grand Verre de Duchamp ? Quel bonheur que cette mise en bouche ! Sur les toiles qui l’accompagnent, jeux de fines transparences, d’ombres et de lumières. Le gris est omniprésent : gris dense, gris transparent, gris béton ou bien ciel de plomb. Une couleur centrale chez le maître allemand tout autant que ses véhémences chromatiques. Né à Dresde en 1932, Richter a suivi des études très classiques imposées par les normes du réalisme socialiste. Il a grandi dans la grisaille de l’architecture stalinienne et l’interdit de penser de l’ex-RDA avant de passer à l’Ouest, motivé par son intérêt pour la peinture abstraite. « Je pense que le gris est une couleur importante, la couleur idéale pour l’indifférence, pour éviter de s’engager, pour garder le silence, et le sens du futile. »

Dès les années 1970, Richter bascule vers l’abstraction, notamment à partir d’images transformées par des modifications d’échelle. L’exposition suit le cheminement d’un peintre qui, selon moments et inspirations, s’exprime avec autant de maîtrise dans l’abstraction que dans la figuration. Du haut de ses 85 ans, il impose, sans effort, le triomphe de la peinture dans toute la diversité des expressions. Il incarne la peinture de son Allemagne natale en particulier et la peinture en général. Les oeuvres figuratives, photos-peintures émouvantes à l’infinie douceur, nées dans la proximité de la photo,  sont saisissantes de réalisme et de finesse. Les paysages de son pays natal et les portraits jouent un rôle majeur. Ces images étrangement floutées renvoient à l’incertitude, à l’éphémère, à l’indécision que le peintre souhaite traduire. « Comme je ne peux rien dire de plus précis sur la réalité, révèle-t-il, je préfère parler de mon rapport avec elle. Ce flou apparent est en rapport avec une certaine incapacité. » Voilà qui nous place au coeur du sujet, dans un récit sur l’essence de l’art.

Richter crée dans plusieurs directions à la fois. Les toiles abstraites, colorées, contrastées, nées de l’épaisseur de la peinture sont retravaillées jusqu’à satisfaction. L’homme est féru de perfection.
A la fin du parcours, House of Cards (2013) orchestre une salle qui titille notre imagination et notre perception. Equilibre fragile de plaques verres qui s’appuient les unes sur les autres tandis qu’elles se reflètent et reflètent le spectateur, les toiles et l’espace environnant, dont huit oeuvres récentes jamais exposées auparavant. Nous voilà impliqués malgré nous dans ce jeu de mouvement et de contre-mouvement, de fiction et de réalité. La salle devient une œuvre en elle-même.

On se félicite sans réserve de la tenue de cette exposition, la première en Belgique depuis 1976. Si vous ne l’avez pas encore vue, nous vous conseillons cette virée gantoise.

Gerhard Richter. About Painting
S.M.A.K.
1 Jan Hoetplein
Gand
Jusqu’au 18 février
Du mardi au vendredi de 09h30 à 17h30, samedi et dimanche de 10h à 18h
http://smak.be/fr/expositions

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Gerhard Richter, Küchenstuhl, 1965 (c) Gerhard Richter

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Gerhard Richter, Hek, 2008 (c) Gerhard Richter

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Gerhard Richter, Abstract Schilderij, 2016

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Gerhard Richter, Fenstergitter Vensterrooster, 1968 (c) photo Jozsef Rosta

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Gerard Richter, 4 Panes of Glass, 1967, (c) photo Dirk Pauwels

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Gerhard Richter, House of Cards, 2013, SMAK installation, (c) photo E. Martin

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