Tout d’abord photographe et publicitaire, David LaChapelle donne un tournant à sa carrière après une visite privée de la chapelle Sixtine à Rome. Ça ne s’invente pas ! Aujourd’hui au BAM à Mons, vaste et importante première rétrospective de l’artiste américain, qui fait la part belle à ses créations personnelles.

David LaChapelle a longuement mis en scène les plus grandes stars de sa génération. Quand il s’installe à New York à 20 ans, il rencontre Andy Warhol qui lui propose de travailler pour son magazine Interview. Très vite, ses créations visuelles teintées de pop culture font le tour du monde, publiées dans Vanity Fair, Vogue Italie, Rolling Stone. Il photographie Uma Thurman, Jennifer Lopez, Leonardo DiCaprio… et réalise des campagnes publicitaires pour L’Oréal, Diesel Jeans. Il tourne des clips pour Madonna, Elton John, Moby, Florence & The Machine. Dans ces travaux de commande ou commerciaux, la patte de l’artiste est déjà présente : scénarios invraisemblables, décor théâtral, couleurs saturées, détails foisonnants.

Lors d’un séjour en Italie en 2006, il découvre les fesques de la chapelle Sixtine et sa sensibilité artistique en est profondément chamboulée. Il renonce au monde des stars, à l’Amérique bling-bling et se retire sur une île déserte au milieu de l’océan Pacifique. Il veut créer une œuvre qui peut être exposée dans une galerie d’art ou un musée.

The Deluge est une extraordinaire photographie de 7 mètres de long, qui parle de naufrage et de salut. Dans l’exposition, un documentaire retrace le making-off de cette photo prise en une seule fois. La mise en scène avec deux dizaines de figurants et d’assistants, accessoires, eau, vent… est ahurissante. Le déluge a des airs de fin du monde contemporain, puisqu’on voit un logo Gucci et un logo Burger King tombé ou décroché. Les personnages sont nus et prennent un aspect classique et intemporel, pourtant tatouages et accessoires nous font revenir dans le monde d’aujourd’hui. Pas d’arche en vue à l’horizon, le déluge de LaChapelle semble sans issue.

Une autre scène de déluge déroule aux cimaises du BAM des cimaises d’un musée classique. After the Deluge : Museum, ce sont quatre toiles de maître classiques qui se reflètent dans l’eau qui a inondé le sol du musée. Quelques prospectus ou plans du musée flottent dans l’eau. Ici, c’est l’art qui prend l’eau, qui va bientôt se noyer et disparaître. LaChapelle nous rappelle que la nature est puissante et qu’elle pourrait sans trop de difficultés reprendre ses droits sur les beaux-arts. En parlant d’art, une autre scène d’après le désastre, Seismic Shift, se passe dans un musée d’art contemporain. La salle est inondée, et flottant, à moitié détruit, voici le requin de Damien Hirst, dont l’aquarium remplit de formol est détruit, voici Koons, Murakami et d’autres. David LaChapelle fait un sort avec beaucoup d’humour à ses pairs bright and furious de l’art actuel.

Dans une autre salle, ce sont plutôt des images de paradis perdus ou à retrouver. On y voit des silhouettes humaines ou presque dans un foisonnement de végétaux qui font penser à Rousseau et ses arrière-fonds de jungles luxuriantes. Ainsi, The First Supper, A New World ou Behold proposent une iconographie new age, une palette de couleurs presque fluo. Le religieux continue de passionner l’artiste  avec sa série My Personal Jesus : Last Supper, Anointing ou Loaves and Fishes présentent, avec des personnages d’aujourd’hui pris en rue, des scènes de la Bible. Les apôtres sont des bad boys piercés et tatoués portant casquette ou bonnet, Marie-Madeleine est une jeune femme très peu habillée et la multiplication des pains se fait devant la devanture d’un poissonnier chinois !

Nous avions découvert sa série Land Scape chez Maruani en 2014. L’artiste réalise des maquettes de sites industriels, qu’il transporte dans la nature pour les photographier, ovnis de petite taille posés sur le sable par la grâce d’un désir artistique. Ces constructions sont le résultat d’un incroyable travail d’une équipe de maquettistes de cinéma qui n’utilisent que des matériaux de récupération comme des verres en plastique, des bigoudis, des étuis à œufs, des chargeurs de batteries, des pailles, des canettes et récipients divers. Mais encore, ne manquez pas les remarquables Still Lifes, reprenant les assemblages luxuriants de fleurs et fruits qu’on peut voir dans les natures mortes des peintres classiques. LaChapelle y ajoute un téléphone portable, une boîte de saucisses, une canette ou d’autres éléments décalés. Dans ces compositions, un foisonnement qui frôle le pourrissement, le moment baroque de trop, le point culminant quand tout va basculer.

Dans le documentaire, on voit l’artiste préparer ses photographies en dessinant ses projets dans des carnets de croquis. C’est là qu’on comprend enfin pourquoi ses photographies et compositions ont tant de force. Elles sont toutes préparées avec soin et l’artiste passe par la main et le crayon. Sans doute ce passage est-il bien plus nourrissant qu’on ne veut bien le croire.

David LaChapelle
After The Deluge
BAM
8 rue Neuve
7000 Mons
Jusqu’au 25 février
Du mardi au dimanche de 10h à 18h
www.bam.mons.be

David LaChapelle

David LaChapelle, Seismic Shift, 2012, (c) David LaChapelle Studio Inc

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David LaChapelle, Adam and Eve, 2017, (c) David LaChapelle Studio Inc

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David LaChapelle, Once in the Garden, 2014, (c) David LaChapelle Studio Inc

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David LaChapelle, Secret Passage, 2014, (c) David LaChapelle Studio Inc

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David LaChapelle, My own Liz, 2002, (c) David LaChapelle Studio Inc

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Last Supper, 2003 Chromogenic Print © David LaChapelle Studio Inc

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Vue de l’exposition David LaChapelle au BAM, Mons, photo Picturimage Rinoviello

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David LaChapelle, After the Deluge, Museum, 2007, (c) David LaChapelle Studio Inc

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