Ce lundi 18 décembre, la Région Bruxelles-Capitale, la Fondation Kanal et le Centre Pompidou ont signé la convention de partenariat culturel posant les bases de la création
d’un nouveau pôle culturel et pluridisciplinaire dans l’ancien garage Citroën de la place de l’Yser à Bruxelles. C’est une nouvelle étape après la signature d’un premier protocole d’accord
le 29 septembre 2016 et d’une convention de préfiguration, le 19 juillet 2017.

Beaucoup de monde, personnalités et journalistes, ont émis ces derniers mois leurs doutes quant à ce projet qui semble un peu fou, voire gigantesque pour Bruxelles. Nous avions ici même émis des craintes quant à la capacité pour la Région Bruxelles-Capitale de financer ce projet et au risque pour les porteurs du projet de se faire manger par le Centre Pompidou. Et pourtant, ce lundi, dans un froid glacial, enveloppés dans des couvertures en polar mises à disposition sur les chaises, ce fut plutôt enthousiasmant d’écouter la succession d’intervenants.

Passons sur l’abominable nom trouvé à la fondation, un truc censé épargner toutes les susceptibilités linguistiques, ce Kanal si peu élégant et qui ne dit rien ni du lieu ni du projet. Yves Goldstein, le pilote du projet de nouveau pôle muséal annonce 8 000 m2 d’exposition réservés aux collections permanentes, avec des œuvres prêtées par le Centre Pompidou qui proposera trois parcours différents durant les cinq premières années ; 4 000 m2 réservés aux expositions temporaires (deux par an) et le CIVA, centre pour l’architecture, qui occupera tout un pan du bâtiment. Le rez sera occupé par des espaces ouverts où déambuler, se restaurer…

Le coût total du chantier atteindra certes 150 millions d’euros, mais c’est bien moins que les 240 millions annoncés erronément dans la presse. La contribution forfaitaire annuelle due au Centre Pompidou sera de 2 millions et démarrera à l’ouverture pour durer 5 ans. Ces deux sommes seront prises en charge en principe par la Région Bruxelles-Capitale. Rudi Vervoort précise que le plan financier sera finalisé fin 2018 et que d’autres acteurs entreront sans doute dans ce financement, sans compter les revenus propres et les sponsors. Et quant au prêt éventuel d’œuvres des collections fédérales pour le Citroën, le ministre-président du gouvernement de la Région Bruxelles-Capitale ajoute : « Aujourd’hui, nous pouvons faire taire les craintes et je reste optimiste. La secrétaire d’Etat Zuhal Demir n’a pas le même positionnement que madame Sleurs. J’ai même entendu que le directeur des MRBAB, Michel Draguet, pensait revoir sa position. »

De nombreuses personnalités font partie aujourd’hui du comité de réflexion : Laurent Busine, ancien directeur du MAC’s, Paul Dujardin et Sophie Lauwers de Bozar, Carine Fol de la CentraleGilles Ledune de Flagey… Une enveloppe de 250 000 euros est réservée pour des commandes à des artistes bruxellois (belges ou étrangers travaillant à Bruxelles), sélectionnés par un comité indépendant. Ces œuvres constitueront l’embryon des collections du musée.

Le Pompidou comme partenaire

Serge Lasvignes, président du Centre Pompidou, insiste ce lundi : « Pour le Centre Pompidou, il s’agit bien d’une coconstruction avec des partenaires. Pourquoi sommes-nous intéressés par ce projet ? Parce que c’est l’évolution normale de l’art contemporain de s’internationaliser et que nous faisons le choix et le pari d’une action internationale. Il n’y a pas de modèle Pompidou, mais des projets avec des partenaires. La deuxième raison est que Bruxelles a une scène culturelle extrêmement riche. Mais encore, à Bruxelles siège l’Europe, et nous avons aussi envie de faire revivre l’Europe. L’objectif, c’est l’autonomie du partenaire. »

Une préfiguration

Le musée, ou plutôt le centre culturel pluridisciplinaire, verra le jour début 2023. Durant les cinq premières années, le projet sera en construction, tant au niveau du concept que dans la phase travaux. Le 5 mai 2018, une ouverture de préfiguration aura lieu dans le bâtiment en l’état. On y exposera des œuvres des collections du Centre Pompidou qui peuvent supporter ces conditions d’exposition. L’ouverture le 5 mai se fera en même temps que l’ouverture du Kunstenfestivaldesarts. Tous les acteurs culturels bruxellois sont appelés à collaborer, tels que le Kaai Theater, l’Ancienne Belgique, de Beurs, les Halles de Schaerbeek…

Bernard Blistène fut, de 2009 à 201,3 directeur du département du développement culturel et directeur artistique du Nouveau Festival – manifestation pluridisciplinaire annuelle convoquant arts plastiques, théâtre, musique, danse, vidéo et sciences humaines, conçue pour renouer avec la spécificité historique du Centre Pompidou, initialement pensé comme un lieu de rencontre
et d’activation de toutes les formes d’art. Depuis 2013, il est directeur du Musée d’art moderne de Paris. Il collabore au projet Citroën dans cette phase de réflexion et sur le commissariat de cette année de préfiguration. « Cette programmation de préfiguration permettra, explique-t-il, de s’infiltrer dans le site, de mettre au point une programmation avec les acteurs artistiques bruxellois, de développer des propositions pluridisciplinaires en écho à la saison culturelle à Bruxelles et d’imaginer la coconstruction de ce futur pôle culturel. Ce bâtiment a une histoire et
une mémoire fortes. Ce fut un lieu de travail et d’industrie. Quels objets pouvons-nous y apporter pour faire écho à ce passé ? »
Il ajoute : « Rendez-vous compte du bonheur de pouvoir constituer une collection ! de mettre en œuvre une collection et un patrimoine ! »

Ainsi, dès l’entrée, une grande sculpture de Tinguely, Enfer, un petit début – titre qui n’évoque en rien le futur pôle, tient-il à préciser, marquera cet espace industriel. L’usine de films amateurs de Michel Gondry, un décor dans lequel les visiteurs peuvent venir créer, tourner et monter un film, sera disponible au public. Dans la chaufferie, on invitera des artistes qui travaillent sur le son. Dans les bureaux fantômes qui resteront en l’état, avec piles de vieux dossiers sur le sol… on découvrira des œuvres de Broodthaers, Bernard Lavier, Simon StarlingLars Tunbjörk… A partir de septembre, ces salles accueilleront des pièces de design de Prouvé, Perriand

L’aire de livraison est aujourd’hui décorée de larges bandes rouges et blanches. Ces deux couleurs servent de départ pour sélectionner des œuvres de R. Haines, Gabriel Orozco, des pièces de design en rouge et blanc de Ron Arad. Sur le thème – incontournable ici – de la tôle, on verra l’Arlequin de Juan Gris, Sottsass, César – bien sûr ! –, Chamberlain, Rauchenberg… Au premier étage, la Maison tropicale de Jean Prouvé sera installée. Elle permettra de travailler sur le thème de l’histoire coloniale. Trois grands chefs-d’œuvre seront aussi présentés : le Rideau de scène de Parade (1917), de Picasso ; le Décor pour le ballet Salade (1927) de Braque ; le Salon de musique (1922) de Kandinsky.

Yves Goldstein ajoute : « Cette préfiguration d’une durée de 13 mois sera comme un laboratoire qui nous permettra de tester, réfléchir, chercher. Rien n’est fait, c’est une année zéro. »
Sven Gatz, ministre flamand de la Culture : « Quoi de mieux que de se tenir sur les épaules d’un géant pour ce projet. Bruxelles n’est pas grande mais est un carrefour pour l’art contemporain. » Rachid Madrane, ministre de la Promotion de Bruxelles, s’enthousiasme : « Quoi de mieux qu’un musée pour valoriser Bruxelles au niveau national et international.
Prouvons que Bruxelles est capable de mener un projet d’ampleur ! »

Oui, ce fut assez enthousiasmant d’écouter tout ceci. Une cohérence semble se mettre en place. Pas de moment réservé aux questions, ce qui est un peu dommage. Mais le 5 mai 2018, nous pourrons vérifier de visu si le pôle culturel Citroën prend forme. On y sera !

 

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