Aux MRAH au Cinquantenaire, Horta et Wolfers sont à l’honneur. Les vitrines des magasins Wolfers, dessinées par l’architecte belge, ont été restaurées et présentent une somptueuse sélection des objets, sculptures et bijoux Art nouveau de la Maison Wolfers. L’ouverture et la restauration du magasin Wolfers constituent la première phase d’un projet à grande échelle qui se propose de regrouper les arts décoratifs européens dans le bâtiment des MRAH prévu à cet effet au début du
XXe siècle.

La firme bruxelloise Wolfers Frères était, aux alentours de 1900, l’un des plus importants producteurs d’argenterie et de bijoux. Sous l’impulsion de Philippe Wolfers (1858-1929), ses objets prirent un caractère artistique plus prononcé. En 1912, la joaillerie inaugure ses nouveaux magasins rue d’Arenberg. 105 ans après, le magasin peut à nouveau être admiré dans son aménagement d’origine, sous l’égide du conservateur et commissaire Werner Adriaenssens. Une salle du musée disposant d’environ la même superficie et la même forme que celles prévues par Victor Horta a été dégagée. Sur base d’une étude historique approfondie, les vitrines et les comptoirs ont été replacés comme Horta l’avait conçu en son temps. Pour ce faire, on ne disposait que d’une photo de 1912 et d’un reportage de 1979, ainsi que d’un compte-rendu d’un cambriolage en 1969 ! Des extraits de presse de l’époque ont permis de connaître la couleur du velours – vert profond – qui garnit les vitrines. Il a fallu démonter la présentation provisoire d’une partie du mobilier au sein du musée, puis extraire des réserves les éléments qui y étaient stockés. Les portes d’accès initiales ont également été réintégrées à l’ensemble. On y a ajouté des lustres d’époque en cuivre et globes de verre taillé. 80 % de ce qui est à voir aujourd’hui  n’a jamais été montré au public. C’est dire si les réserves des MRAH sont riches de surprises ! Nous en parlions déjà ici.

Une prestigieuse joaillerie bruxelloise

Louis Wolfers, originaire d’Allemagne, s’est installé à Bruxelles en 1847 et a fondé en 1850 un petit atelier d’argenterie à son nom. L’atelier grandit de manière constante et ses fils Philippe, Max et Robert furent impliqués dans l’affaire dès leur jeune âge. Les dots contractées lors des mariages successifs des fils de Louis permirent à ces derniers d’acheter leur part de la société. Philippe devient associé, en 1885. Le nom change alors pour Louis Wolfers Père et Fils. En 1890, c’est au tour de Max, puis de Robert et de leur cousin Albert en 1897. L’entreprise s’appelle désormais Wolfers Frères. Suivant le modèle américain, chacun des partenaires se voit attribuer une fonction spécifique dans la société : Philippe devient directeur artistique, Max se concentre sur les contacts commerciaux, Robert développe la machinerie et Albert veille aux finances.

À l’époque de Louis Wolfers, la production était destinée au commerce en gros. Ce n’est qu’en 1886, alors que Philippe vient de devenir associé, qu’un magasin est ouvert à Bruxelles, dans la galerie de la Reine. Très jeune déjà, Philippe Wolfers est actif dans l’atelier de son père. De 1873 à 1877, il suit des cours à l’Académie de Bruxelles. C’est Isidore de Rudder, le camarade d’étude de Wolfers, qui lui apprend à sculpter et l’introduit dans le circuit des expositions. À partir de 1889, le nom de Philippe Wolfers émerge régulièrement en tant que créateur de pièces d’argenterie de prestige réalisées à l’atelier Louis Wolfers Père et Fils. Philippe fait ses débuts artistiques lors de l’Exposition universelle d’Anvers en 1894. En 1897, sa participation à l’Exposition de Bruxelles et de Tervueren est encensée à l’unanimité et lui procure une renommée internationale. Désormais, et jusqu’à sa mort, il sera un invité incontournable des manifestations artistiques nationales et internationales.

Philippe Wolfers conçoit également avec succès des intérieurs dans leur intégralité. Pour l’Exposition universelle de Liège en 1905, il crée une salle à manger complète, écrin d’une nouvelle ligne d’argenterie Art nouveau. Il réitère ce principe d’art total avec la salle à manger Gioconda, créée pour l’Exposition internationale des Arts décoratifs de Paris en 1925. L’esthétique de l’argenterie y détermine celle de la salle à manger dans son entièreté, et avec succès : l’intérieur est couronné par le jury international par le prestigieux Grand Prix et l’argenterie de l’ensemble est considérée comme l’icône par excellence de l’argenterie Art déco belge. Cette salle à manger – témoignage d’une époque – est reconstituée dans l’exposition.

Les collections Art nouveau

Le Musée du Cinquantenaire est l’un des premiers musées en Europe et le premier en Belgique à montrer dès 1888 les arts décoratifs modernes. Le Musée du Cinquantenaire possède la plus importante collection d’œuvres Wolfers. Le premier objet, l’extraordinaire coffret à bijoux La parure fut acquis en 1905, puis la collection grandit régulièrement au cours des ans, en partie grâce aux liens étroits qui lient le musée à la famille Wolfers depuis les dernières décennies. Il y a moins d’un mois, la Fondation Roi Baudouin a acquis un fonds d’archives et des pièces importantes dans la succession Wolfers, telle le somptueux pendentif libellule exposé aujourd’hui. Certains dessins et croquis préparatoires sont aussi à voir. Ce fonds d’archives est essentiel pour pérenniser l’histoire de la Maison Wolfers. C’est une excellente chose qu’il soit aujourd’hui installé au Cinquantenaire.

Au fil de l’exposition, bijoux, sculpture en ivoire et argent, vases, faïences, textiles Art nouveau signés Wolfers ou simplement de la même époque sont visibles aujourd’hui pour un mois. Une balade émouvante dans une époque et un style. Voyez les extraordinaires broches en argent, écaille et pierres précieuses. Voyez les délicates sculptures, les vases en pâte de verre ou faïence. Amoureux des arts décoratifs, précipitez-vous ! Les vitrines d’Horta serviront pour d’autres expositions d’arts décoratifs Art nouveau. On peut dire que les Musées royaux d’Art et d’Histoire poursuivent une bien belle renaissance.

Horta & Wolfers
Musées royaux d’Art et d’Histoire
Parc du Cinquantenaire
1000 Bruxelles
Jusqu’au 31 décembre
Du mardi au vendredi de 9h30 à 17h, samedi et dimanche de 9h30 à 18h
www.kmkg-mrah.be

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Philippe Wolfers, Boucle de ceinture « Plume de Paon », 1898, Salon Pour l’Art, Bruxelles 1899, Salon de la Sécession munichoise, Munich 1899, Exposition d’Oeuvres de Philippe Wolfers, Anca 1903, ancienne collection Marcel Wolfers, Coll. Fondation Roi Baudouin, Fonds Braet-Buys-Bartholemus

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Philippe Wolfers, boîte à bijoux « La Parure » ou « Le Paon », 1899-1905, Salon de Pour l’Art, Bruxelles 1905, acquis auprès de Philippe Wolfers en 1905

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Philippe Wolfers , Le Premier bijou ou la Femme à la perle, 1907, Salon Pour l’Art, Bruxelles 1907, acquis par l’État indépendant du Congo, 1907; échange avec le Musée royal de l’Afrique centrale, 1967

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Charles Van der Stappen , Sphinx mystérieux, 1897, Exposition coloniale, Tervueren 1897, acquis par l’État indépendant du Congo, 1897; Échange avec le Musée royal de l’Afrique centrale, 1967

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Henry van de Velde , chandeliers, 1898-1899, Salon de la Sécession munichoise, Munich 1899, Salon La Libre Esthétique, Bruxelles 1900, acquis en 1900 auprès d’Henry van de Velde

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Vicke Lindstrand, vase « Les Quatre Vents », ca 1925, Suède, Exposition universelle, Bruxelles 1935, offert à l’Exposition universelle de Bruxelles en 1935 en souvenir de la Reine Astrid par le Comité Général du Gouvernement Suédois

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Emile Gallé , vase « Voici les froids, Chérie. Et les derniers beaux jours », 1893, France, Salon La Libre Esthétique, Bruxelles 1894, acquis en 1894 auprès d’Emile Gallé

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Maison Wolfers, vue intérieure des magasins, 1912

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Horta & Wolfers, MRAH, vue de l’exposition

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