Au Musée Horta, belle petite exposition de dessins et pastels d’Henry van de Velde, plus connu comme architecte que comme artiste. Pourtant, il débuta sa carrière en tant que peintre et dessinateur. Une occasion rare de voir ses œuvres sur papier issues de collections privées et de la Réserve Précieuse de la Bibliothèque royale de Belgique, entre-autres.

Au début des années 1880, Henry van de Velde (1863-1957) s’inscrit à l’Académie des Beaux-Arts d’Anvers et entame une œuvre alors influencée par l’impressionnisme belge. Mais en 1887, il découvre Un dimanche après-midi à la Grande Jatte, de Georges Seurat, présentée lors de l’exposition bruxelloise des XX. Suite à cette révélation, les petits points  des néo-impressionnistes s’invitent dans des compositions audacieuses qu’il réalise – pauvre et volontairement isolé – dans un petit village de la Campine où ses seuls compagnons sont les paysans et quelques livres de Nietzsche et de Kropotkine. Il est frappé d’un nouvel éblouissement en 1890 lorsqu’il découvre les toiles de Vincent van Gogh, alors parfaitement incompris de ses contemporains. Van de Velde parviendra à conjuguer
ce double héritage – l’art scientifique des néo-impressionnistes et la touche expressionniste de
van Gogh.  Enfin, en 1893, le peintre se convertit aux métiers d’art : il n’est plus question de tableaux mais bien de papiers peints ou d’ornements typographiques.

Les dessins et pastels à voir ici dévoilent à la fois les influences artistiques de la jeunesse de van de Velde – de celles que l’on n’oublie jamais – et beaucoup de son intimité : paysages, paysans dans les champs, profil de son épouse Marie Sèthe sont autant des expérimentations sur la ligne et le trait que des instantanés de sa vie quotidienne. Il s’en dégage d’ailleurs beaucoup de tendresse. Un pastel étonnant représentant un paysan glanant rappelle sans hésiter la manière de van Gogh, tant par les couleurs que par les traits ondoyants.

Très beaux dessins de fleurs et plantes, prêtés par le Museum für Gestaltung de Zurich et rarement visibles en Belgique. A ce jour, il est encore difficile de savoir si ces derniers sont l’œuvre de Marie Sèthe ou d’Henry van de Velde. Ils témoignent de son intérêt pour les plantes et les fleurs à la fin de sa carrière de peintre et au début de sa conversion à l’artisanat. Le trait se stylise, on voit apparaître son goût pour les motifs ornementaux qu’il utilisera dans ses projets typographiques et décoratifs. Lignes fluides, végétales, courbes dansantes sont belles et bien présentes dans ces marines (Blankenberge – Knokke) ou dans Femme cousant au jardin. Aucune ligne droite, mais ces arrondis qui semblent naître de la totale liberté que l’artiste donne à sa main. Les vibrations qui se dégagent de chacun de ses dessins donnent à voir un artiste d’une grande sensibilité. Devenu architecte et décorateur d’intérieur, il réservera ses crayons et pastels aux vacances.

Henry van de Velde
Dessins et pastels
Musée Horta
27 rue Américaine
1060 Bruxelles
Jusqu’au 7 janvier 2018
Du mardi au dimanche 
de 14h à 17h30 
www.hortamuseum.be

van de velde

Henri van de Velde, Femme de profil, 1893, Bibliothèque royale de Belgique

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Henri van de Velde, Deux paysans, 1891, Maison des lettres, Anvers

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Henri van de Velde, Femme cousant au jardin, 1891, Bibliothèque royale de Belgique

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