C’est une exposition événement. Une expo CQFD – on n’a pas besoin de Pompidou – à Bruxelles. Celle qui prouve que notre belle capitale baigne dans l’art contemporain et que les collectionneurs sont prêts à prêter les Oeuvres et ravis de les présenter au public. A la Centrale for contemporary art, voici Private Choices, 11 collections bruxelloises qui se donnent à voir avec générosité, virtuosité et un ton plus que belge. Une sorte de musée d’art contemporain comme on en rêve pour Bruxelles. Donc, oui, c’est possible. L’art est là !

Pour Private Choices, Carine Fol, directrice artistique de la Centrale et commissaire de l’exposition, a sélectionné 11 collectionneurs bruxellois, autant pour leur collection et les œuvres qu’ils possèdent que pour leur personnalité et la manière dont ils collectionnent. On sait que le Belge est collectionneur. La vaste exposition Passions secrètes au Tripostal à Lille en 2014 présentait des collectionneurs de la région de Courtrai, avec des œuvres remarquables – pour la plupart de très grande taille – qui pourraient avoir leur place dans un musée.

Ici, au fil de 11 espaces, ce qui est passionnant, c’est de découvrir la large variété de styles de collection. Du petit collectionneur avec peu de moyens au couple de collectionneurs patrimoniaux, en passant par la galeriste qui a rassemblé au fil du temps chez elle les œuvres des artistes qu’elle représentait, ils ont tous le même trait en commun : la passion. Cette passion dévorante fait de ces collectionneurs des acteurs indispensables dans le monde de l’art. Ils soutiennent les artistes en achetant leurs œuvres, font vivre les galeries, assurent la pérennité des pièces qu’ils acquièrent. Ils sont parfois à la tête de collections qui font pâlir d’envie de nombreux directeurs d’institutions muséales aux budgets insuffisants. Certains vivent avec leur collection sur les murs, d’autres ont ou vont ouvrir un centre d’art pour la valoriser, d’autres encore la stockent dans quelque dépôt, heureux de posséder celle-ci avant tout dans leur esprit et leur cœur. C’est un parcours d’amour qui nous est donné à voir avec Private Choices. Des choix moins privés aujourd’hui puisqu’ils sont offerts quelques mois aux yeux du public. Précipitez-vous !

230 artistes

L’objectif de cette exposition est de tenter de cerner la personnalité de chaque collectionneur, raconte Carine Fol. Certains m’ont laissé choisir les œuvres, d’autres avaient une idée bien précise de ce qu’ils voulaient montrer. Plusieurs ont demandé à rester anonymes. Nous présentons plus de 240 œuvres de 230 artistes. C’est dire que cela brasse large en terme de générations et démarches d’artistes parfois mondialement connus ou peu connus. Cette accumulation d’œuvres a permis de montrer la diversité des approches. Et c’est passionnant.”

Dans le premier espace, qui fait comme un sas d’entrée, un couple de collectionneurs qui a désiré rester anonyme, un cabinet de curiosités nommé Collection R. Patt pour ces passionnés par le surréalisme. Une profusion d’œuvres de Marcel Duchamp, Marcel Mariën…  des choix éclectiques loin des objectifs des adeptes du marché de l’art, fait avec peu de moyens et beaucoup de passion. Deux petites surprises dans leur accrochage puisque des œuvres de leur fille y trouvent leur place.

Plus loin, Christophe Veys, à la fois collectionneur, commissaire d’exposition et professeur d’histoire de l’art contemporain, dont nous vous parlions ici, a choisi de partir de la nouvelle de Stefan Zweig, La collection invisible, dans laquelle un collectionneur aveugle présente à un acheteur de simples papiers plutôt que les œuvres qu’il possédait, celles-ci lui ayant été dérobées. Veys ne vit pas avec sa collection mais il la connaît par cœur. « Pour moi, collectionner l’art contemporain n’a rien d’audacieux, c’est naturel, dit-il. C’est faire partie du monde, être en compagnie des artistes, leur préciser mon attachement et être utile« , dit-il.

Walter Vanhaerentsdont le centre d’art au centre-ville est déjà bien connu, a choisi le thème du cinéma. Une somptueuse œuvre en néons suspendue au plafond de Jason Rhoades introduit son espace. Frédéric de Goldschmidt celui du blanc, obligeant à porter plus d’attention à la texture, la lumière et les subtiles variations de l’œuvre tout en soulignant une esthétique de l’économie, emblématique de sa collection. Alain Servais présente une immense installation de Carlos Aires, entre autres grands formats.

Yolande De Bontridder est galeriste et conseillère en entrepreneuriat culturel. Elle a acheté au fil du temps les travaux des artistes qu’elle désirait soutenir. On découvre ici Edith Dekyndt, Solange Knopf, Tinka Pittoors de nombreux peintres abstraits. “Les collectionneurs ont une responsabilité vis-à-vis des artistes, il ne faut pas laisser les œuvres d’art dans des stocks ou des greniers. C’est important de les montrer pour les partager avec d’autres personnes et continuer à soutenir les artistes,” explique-t-elle. Au fond de la Centrale, plusieurs pièces spectaculaires d’un couple de collectionneurs qui désire rester anonyme, avec une sculpture de David Altmejd, une autre en textile de Lili Dujourie, etc.

Dans un petit espace en retrait, une collectionneuse qui désire rester anonyme elle aussi mais que tout le monde reconnaîtra. Sa collection, construite de manière intuitive, comprend plusieurs thèmes dont la chaise, le livre, l’oeil. Elle présente aussi sur un mannequin une robe Issey Miyake. Chaque collectionneur a choisi un livre et une musique pour accompagner son accrochage. On peut aussi écouter son interview-portrait.

« Ce fut une aventure passionnante que de partir à la découverte de toutes ces œuvres, de toutes ces collections et surtout, à travers elles, de toutes ces personnalités et individualités. (…) Consciemment ou inconsciemment, chaque collectionneur donne un sens à l’œuvre au sein de l’univers qu’il s’est composé. Qu’elles soient méthodiques, intuitives, gardées au secret ou partagées, toutes ces collections racontent des histoires personnelles, » ajoute Carine Fol.

On note une proportion importante d’artistes belges, chose rare. Ainsi que, tout au long de l’accrochage, quelque chose de très bruxellois, une ambiance, une générosité !

Private Choices
Centrale for contemporary art
44 place Sainte-Catherine
1000 Bruxelles
Jusqu’au 27 mai 2018
Du mercredi au dimanche de 10h30 à 18h
www.centrale.brussels

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Piero Manzoni, Achrome, 1962, photo Todd White

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Hiroko Tsuchida, Kejime (Woman’s routine), 2016, photo Philippe de Gobert Brussels

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Johan Creten, les Amorts, 1991, photo Philippe de Gobert Brussels

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Jeanine Cohen, Vertical red VI et Vertical red V, 2014, photo Philippe de Gobert Brussels

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Dialogist-Kantor, Kaiser, photo Philippe de Gobert Brussels

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Carlos Aires, photo Philippe de Gobert Brussels

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Sebastien Delvaux, sans titre, 2015, photo Philippe de Gobert Brussels

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Mario Garcia Torres, The betrayal of transparency (on shelf), photo Philippe de Gobert Brussels

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Kader Attia, Ghost, 2017, photo Philippe de Gobert Brussels

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