Le MusVerre, musée du verre de Sars-Poteries, a ouvert ses portes en octobre 2016 dans ce bassin industriel verrier qu’est la région de Maubeuge. Il fait sens puisqu’il pérennise et rend visible un patrimoine artisanal et artistique typique. On s’y rend en 1h30 de Bruxelles.

Au XIXe et au début du XXe siècle, la région de Maubeuge, dans le nord de la France, est connue pour ses fabriques de verrerie. En 1860, à Sart-Poteries, deux fabriques réunies emploient jusqu’à 900 ouvriers sur une commune de 2600 habitants. En 1937, tout s’arrête. Les fabriques spécialisées en flaconnage et gobeleterie sont peu mécanisées et la crise économique de l’entre-deux-guerres les voit disparaître. C’est un immense cataclysme économique qui s’abat sur la région.

A la fin des années cinquante, un nouveau curé arrive dans la paroisse de Sart-Poteries. Louis Mériaux se passionne pour les savoir-faire de ses paroissiens et commence à collecter les bousillés qu’il trouve chez les anciens maîtres verriers. De toutes formes et de toutes couleurs, les bousillés sont des objets décoratifs que les verriers créent durant leur temps de pause à la fabrique. Colorés, étonnants de dextérité, parfois kitsch, ils servent à illustrer le savoir-faire de leur créateur. En forme de drageoir, coupe, verre ou élément décoratif pour une sépulture, objet de dévotion, boule de rampe d’escalier, faux encriers…  ils sont présents dans toutes les maisons. Les verriers créent aussi pour leurs enfants des glettes ou palets de marelle, des animaux décoratifs.

Une première exposition

En 1967, Louis Mériaux organise la première exposition de bousillés. Elle remporte un grand succès. Un musée voit le jour en 1969 dans une ancienne bâtisse. C’est un musée reflet de la culture d’un territoire, un « écomusée », comme l’a théorisé le muséologue Georges Henri Rivière. On y ouvre en 1976 des ateliers dans lesquels les maîtres verriers peuvent faire des démonstrations de leurs savoir-faire. En 1982, le curé entre-temps défroqué organise le premier Symposium international du Verre contemporain. 140 artistes/artisans y seront présents. Des Tchèques, des Allemands, des Australiens, des Danois, des Américains… L’événement démontre le dynamisme de la création contemporaine en verre, libérée du carcan des arts décoratifs et de l’industrie. Les pièces exposées sont des œuvres d’art. Un Colloque internationale Verre et Architecture est organisé en 1984 et, en 1985, une première Université d’été européenne pour le verre. Les artistes participant déposent au musée les pièces réalisées durant les événements et offrent l’une ou l’autre de leurs œuvres. La collection du musée croît. Cette extraordinaire histoire d’un territoire et de ses savoir-faire ne pouvait qu’être le début d’un musée plus conséquent. En 1994, le département du Nord offre au musée de nouveaux moyens pour enrichir sa collection, accueillir chaque année des artistes en résidence, organiser régulièrement des expositions et devenir un véritable lieu d’échanges et de rencontres. En 2001, un nouvel atelier est inauguré. Grâce à son équipement, l’un des plus performants en Europe, il peut répondre au mieux aux besoins des artistes accueillis en résidence, organiser de nombreux stages et concrétiser la dimension internationale du musée. En 2009, le Conseil Général du Nord décide la construction d’un nouveau bâtiment pour présenter au mieux la collection et regrouper l’ensemble des fonctions d’un musée moderne.

Un nouveau bâtiment

C’est fin 2016 que le MusVerre a été inauguré. Réalisé par l’agence d’architecture et d’urbanisme Raphaël Voinchet et W-Architectures, il se déploie sur plus de 3400 m² dont 1000 de surface d’exposition (contre 120 précédemment), et près de 1000 dédiés à l’accueil des visiteurs et aux activités culturelles (ateliers d’expression plastique, salle multifonctionnelle, espace de documentation…). Il est voisin de l’Atelier du verre, où sont organisées stages et résidences d’artiste. Le bâtiment, en plein champ, épouse les dénivelés du paysage. Largement ouvert sur l’extérieur, il permet de mettre en valeur les œuvres exposées en pleine lumière.

« Ce lieu est un moteur de développement social et tourisitique dans une région sinistrée; cet aspect est essentiel« , explique Aude Cordonnier, la directrice. En effet, le MusVerre est au centre d’un remaillage culturel dans la région, destination touristique qui permet aux environs de voir se développer des hôtels, restaurants et autres structures destinées aux visiteurs. « Je suis aussi très sensible à la qualité du projet architectural« , souligne-t-elle. Dans les villages alentour, des épis de faîtage en verre colorés sont replacés sur le toit des maisons. Ils sont offerts par le musée aux habitants et ne peuvent être placés que dans un périmètre géographique défini. Ils signent ainsi les habitations.

Anne Vanlatum, la directrice artistique, fait le tour des salles d’exposition. « Depuis les années 1980, le verre s’est détaché de l’industrie et de son caractère utilitaire. Les artistes s’en sont emparés. Dans l’Est européen, les artistes aiment exploiter les propriétés optiques du verre et les formes géométriques, tandis que le Studio Glass Movement, né aux Etats-Unis, développe une liberté de création. Aujourd’hui, de nombreux artistes contemporains utilisent le verre dans leur pratique. Ils ont d’ailleurs la possibilité de louer un atelier pour réaliser ou être accompagné pour réaliser leurs pièces. Lionel Estève a été l’un des invités dans l’Atelier« , raconte-t-elle. Dans la grande salle centrale, avec vue sur les pâturages et quelques vaches, les œuvres déploient leur transparence et prennent tout leur sens. Dans cinq petites alcôves sombres, comme des cabinets de curiosités, d’autres œuvres plus intimes.

Une passion partagée est l’exposition temporaire du moment. Elle présente le legs au musée de la collection d’un couple de passionnés, Gigi et Marcel Burg. De 1983 à 2008, ils ont collectionné pas moins de 86 œuvres en verre de 65 artistes de tous horizons. En mai 2016, Aude Cordonnier et Anne Vanlatum rencontrent Marcel Burg à Strasbourg. Celui-ci leur annonce qu’il donne la totalité de sa collection de Studio Glass au MusVerre bientôt ouvert, et cela sans condition. Le collectionneur décédera quelques semaines avant l’ouverture du musée. Au fil de la présentation des pièces, techniques, textures et rendus sont aussi divers qu’exceptionnels. Ainsi, cette coupe en fils de verre de Toots Zynsky, comme un coquillage. Les galets en feuilles de verre, massifs et transparents, de Brain et Jenny Blanthorn ; la belle tête de bouddha dorée et transparente d’Erwin Eisch ; la petite silhouette en verre moulé, Beetle girl, de Sibylle Peretti. Une Neoteric Wheel en verre moulé dans le sable, brutaliste, de Harry E. Stuart. Les coupes en verre et métal, délicates, de Sylvie Vandenhoucke ; le Livre d’Ana Thiel, qui mêle livre ancien et globe de verre…

Le musée mérite une excursion dans la campagne du Nord. On en profite pour visiter le Musée-atelier du verre de Trélon, à 15 km, ainsi que la bonne ville de Maubeuge, ou Le Quesnoy, et leurs fortifications du XVIe siècle.

MusVerre
Sars-Poteries
France
http://musverre.lenord.fr/

Exposition de la collection Gigi & Marcel Burg jusqu’au 4 mars 2018

musverre

Vue extérieure du MusVerre à Sars-Poteries, photo Ph. Houze

MusVerre

Vue intérieure du MusVerre à Sars-Poteries, photo Anne Vanlatum

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Jaroslav Matous, Kiwi, 2008

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Bruno Romanelli, Perception of Reality, 1996

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Toots Zynsky, coupe

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