Une exposition sur les jeunes années du peintre vénitien au Wallraff museum de Cologne nous montre les voies picturales empruntées par Le Tintoret, ce fils d’un teinturier,  pour être reconnu comme l’un des artistes majeurs de la Renaissance.

En avance sur les célébrations vénitiennes qui devraient marquer le 500e anniversaire de la naissance du Tintoret en 2018, le musée Wallraf de Cologne s’intéresse aux premières années du peintre, celles avant la consécration. C’est donc une période de recherche et d’expériences couverte par une approche thématique. Au XVIe siècle la République de Venise attirait de nombreux peintres et la concurrence était rude. Le Tintoret, comme son nom l’indique, est issu d’un milieu modeste. Avec un père teinturier, il devait plus qu’un autre se faire remarquer pour attirer les commandes. Ces deux éléments peuvent expliquer l’attrait de l’artiste pour des compositions plus audacieuses, au regard de ce qui se faisait à l’époque. Ainsi dans la grande toile foisonnante Le Christ parmi les docteurs, Le Tintoret remplit son cadre de personnages curieusement proportionnés et place au centre un Jésus tendant les bras vers Marie. Parmi les toiles les plus curieuses de l’exposition, celles que l’artiste a réalisées pour décorer des caissons de plafond. En s’inspirant du travail déjà remarqué de Giulio Romano dans un palais de Mantoue, il peint d’étonnantes perspectives en contre-plongée. Son Jupiter et Sémélé inscrit dans un format octogonal nous place sous les jupes de Jupiter dans un mélange des corps qui fait d’avantage penser aux comics qu’à la peinture de la Renaissance.

Un modèle fascinant

Dans ce siècle d’or, Venise comptait au moins une cinquantaine de troupes de théâtre qui installaient leurs tréteaux et décors un peu partout dans la ville. Un modèle fascinant pour Le Tintoret, toujours en quête de nouvelles approches pour transposer l’espace et la perspective sur sa toile. Il a ainsi réalisé de nombreuses études de décors dont il pouvait s’inspirer, par la suite, pour exécuter ses commandes. Quelques années plus tard, confronté à un manque de liquidités, il va demander à ses assistants d’ajouter des personnages dans les compositions pour pouvoir les vendre. La disparité entre le rendu des personnages et celui des décors est particulièrement visible dans une toile comme Salomon et la Reine de Saba. La même démarche est appliquée dans le fascinant Labyrinthe de l’amour, où les personnages ont sans doute été rajoutés pour faire de la toile un cadeau de mariage.

Le Tintoret est un des premiers artistes à produire des séries dans son atelier, il n’était donc pas rare que les toiles passent par plusieurs mains, ce qui a aussi amené certaines confusions dans l’attribution d’œuvres au Tintoret ou à l’un de ses assistants, Giovanni Galizzi, chez qui l’on peut chercher ressemblances et dissimilitudes.

Le parcours se termine par une très belle galerie de portraits, à commencer par son remarquable autoportrait magnétique, ou encore cet homme à la barbe blanche où seuls le visage et la main se détachent de l’obscurité. La touche du beau portrait de Nicola Doria est un peu plus léchée, car elle a été réalisée pour répondre à une commande adressée au Titien dont elle devait respecter le style. On dit même que la toile fut à l’origine de la brouille entre les deux artistes, l’élève ayant surpassé le maître. Et ce n’était que le début de son histoire.

Tintoretto, A Star Was Born
Wallraf-Richartz Museum
Cologne
Jusqu’au 28 janvier 2018
www.wallraf.museum

Le Tintoret

Jacopo Tintoretto, autoportrait, vers 1547, Philadelphia Museum of Art, photo (c) Philadelphia Museum of Art

Le Tintoret

Jacopo Tintoretto, Labyrinthe de l’amour, vers 1538 et vers 1552, Royal Collection Trust/Her Majesty Queen Elizabeth, photo (c) Her Majesty Queen Elizabeth II

Le Tintoret

Jacopo Tintoretto, Deucalion et Pyrrhée prient devant la statue de la déesse Themis, 1541/42, Gallerie Estensi, Modena, photo Paolo Terzi

Le Tintoret

Jacopo Tintoretto, Le Christ parmi les Docteurs, vers 1539, Veneranda Fabbrica del Duomo di Milano, Museo del Duomo, Milan, photo Veneranda Fabbrica del Duomo di Milano

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publié.