A voir aujourd’hui chez Sorry We’re Are Closed deux artistes américains, Jess Fuller et Bruce M. Sherman, qui tous les deux ont traversé l’océan portés par le coup d’œil et le désir du galeriste bruxellois. Décidément, Sébastien Janssen aime les œuvres qui se situent à la fine frontière entre beaux-arts et arts décoratifs. Bien qu’aujourd’hui, cette frontière se fasse de plus en plus perméable. Ne présente-t-il pas régulièrement des bijoux d’artistes comme César ou Ugo Rondinone ? Ne représente-t-il pas Eric Croes, dont les sculptures se font régulièrement vases ou bancs ?

Jess Fuller (1972, Portland, USA) est peintre. Mais c’est d’abord la toile qui l’occupe. Ainsi, elle va couper et coudre des formes à la fois abstraites et organiques dans du coton brut écru. Celles-ci vont être appliquées sur la toile tendue sur le châssis, comme on ferait un collage. Ces ajouts de tissu ont une épaisseur, un rendu, parfois quelques plis qui sont autant de manière d’enrichir la composition. Une palette de couleurs directes, franches, ces formes répétées – longs haricots, serpents sinueux, demi-lunes, toutes très organiques, rappelant parfois une jambe ou un bras – font de chaque œuvre un monde d’évocations joyeuses. Ici, un chapeau de toile, dont le haut sort de la surface plane du châssis, ajoute une touche irrévérencieuse. Jess Fuller n’a pas de frein dans sa manière d’appréhender la peinture. Tout est permis, tout est motif, chaque objet rapporté peut s’additionner et raconter un chapitre de plus d’une histoire vive et graphique.

Bruce M. Sherman (New York) a d’abord été dentiste. Mais il a été rattrapé par une passion pour la céramique ! Ce matériau à la fois si historique et si contemporain, qui permet tant de manipulations par sa souplesse, tant d’expérimentations dans les couleurs de son émail. L’artiste new-yorkais présente autant des petites sculptures que de grandes vasques qu’on oserait utiliser comme récipient. Des mains, des yeux, des bouches, des cercles, des serpents. Le vocabulaire graphique de Sherman est précis. Comme les surréalistes, il utilise chaque motif en oubliant leur sens premier, en les mixant de manière ludique. Ici, plusieurs mains entourent un cercle de terre cuite. Comme si ce petit totem vous disait six fois Hello ! Là, mains et visage dans un même rose clair font une danse cubiste. On note ce grand vase avec ce motif d’œil répété. Ou ce plat dans lequel courent plusieurs serpents que ne renierait pas Niki de Saint Phalle.

L’ensemble, présenté dans l’immense cube blanc et lumineux de la galerie, respire la joie de vivre, une plasticité vive et sans complexe et peut-être même quelque chose de très à l’américaine. A ne pas manquer.

Jess Fuller
Bruce M. Sherman
Sorry We’re Closed
67 rue de la Régence
1000 Bruxelles
Jusqu’au 23 décembre
Du mercredi au samedi de 14h à 18h
http://www.sorrywereclosed.com/

Bruce M. Sherman

Jess Fuller, Untitled, 2017, Courtesy l’artiste et Sorry We’re Closed

Jess Fuller, The blue jean gospel, 2017, Courtesy l'artiste et Sorry We're Closed

Jess Fuller, The blue jean gospel, 2017, Courtesy l’artiste et Sorry We’re Closed

Bruce M. Sherman

Bruce M. Sherman, Welcoming Guard #2, 2017

Bruce M. Sherman, Head on a rock, 2015, courtesy l'artiste et Sorry We're Closed

Bruce M. Sherman, Head on a rock, 2015, courtesy l’artiste et Sorry We’re Closed

Bruce M. Sherman, Searching for true central self #2, 2017, courtesy l'artiste et Sorry We're Closed

Bruce M. Sherman, Searching for true central self #2, 2017, courtesy l’artiste et Sorry We’re Closed

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