Jacques Lennep aime le noir. Cela m’importe beaucoup, comme il le dit. Il le prouve encore une fois en exposant à l’Espace B à Glabais le résultat d’une animation faite avec de jeunes enfants sur cette non-couleur qui porte la plupart du temps une symbolique négative.

Lors de séances à l’école Ste-Lutgarde  à Lasne, en face de l’atelier de l’artiste, des élèves ont été sensibilisés au noir par divers exercices. Après une entrée théâtrale portant un loup noir et une bougie faisant des étincelles, Lennep a invité les enfants à choisir soit un bonbon coloré soit un bonbon noir. Suivent histoires, exercices et débat sur le noir. L’atelier se termine par une séance de dessins uniquement au pastel noir. Ce sont ces œuvres enfantines qui nous accueillent dans l’entrée de la galerie. Dont une audacieuse composition abstraite qu’on s’abstiendra d’analyser comme un exercice d’art-thérapie tant sa vivacité prédomine.

Plus loin, les toiles de Jacques Lennep. Qui manie le noir depuis des décennies. « L’œuvre au noir, raconte-t-il, est la première phase du processus alchimique. » Cette expression, qui aujourd’hui sonne surtout comme le titre d’une œuvre de Marguerite Yourcenar, est donc liée à la transformation du plomb en or. Chez Lennep, le noir envahit depuis longtemps la toile. L’artiste évoque la disparition de la peinture prônée par ses pairs dans les années 1960 et 70 et à laquelle il a résisté à sa manière, puisqu’au gré des surfaces noires se baladent toujours quelques motifs hyperréalistes.  « Je peux tout dessiner« , ajoute l’artiste. L’alchimie se cache alors sans doute dans la force de vie, l’envie de créer au-delà de la non-peinture. Ici, un beau portrait de deux de ses petits-enfants, là quelques quartiers de mandarine, une cocote en papier, une paire de sandalettes taille enfant… Le noir est là mais il ne fait rien disparaître. Il n’y a pas de néant sombre qui avale tout. Le noir accompagne, adosse à sa profondeur quelques éléments pleins de vie. Et toujours cet humour acéré, marque de fabrique de l’artiste.

Lennep est accompagné aux cimaises par trois autres artistes, Jean-Michel François, Guy Jaspar et Daniel Dutrieux. Pointons les formidables météorites digitales en terre cuite noire de Dutrieux, objets non identifiés, riches des multiples palpages digitaux qu’ils ont subis.

Jacques Lennep est né en 1941 à Uccle. Historien de l’art et artiste pluridisciplinaire , il est le fondateur en 1972 du groupe CAP au sein duquel il formula les principes de l’esthétique relationnelle. Il fut longtemps professeur à l’Académie des Beaux-Arts de Bruxelles et travailla comme historien de l’art aux Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique (MRBAB) à Bruxelles.

Espace B
33 A rue Haute
1473 Glabais
Samedi et dimanche de 14h à 18h
Jusqu’au 26 novembre
www.espaceb.be

lennep

Jacques Lennep, Sandales, courtesy l’artiste et Espace B

lennep

Jacques Lennep, Cocotte en papier, courtesy l’artiste et Espace B

lennep

Guy Jaspar, sans titre, courtesy l’artiste et Espace B

lennep

Jean-Michel François, sans titre, courtesy l’artiste et Espace B

lennep

Daniel Dutrieux, Météorite digitale, courtesy l’artiste et Espace B

lennep

Daniel Dutrieux, Météorite digitale, courtesy l’artiste et Espace B

lennep

Rosalie, dessin dans l’atelier avec Jacques Lennep

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publié.