L’abbaye de Maubuisson, à Saint-Ouen-l’Aumône près de Paris, accueille actuellement Hicham Berrada pour son exposition 74 803 jours. L’artiste franco-marocain s’applique à gommer la frontière entre expérimentations scientifiques et réalisations artistiques pour montrer une nature invisible à nos yeux et pourtant bien réelle, tout en s’intéressant plus particulièrement à la notion d’entropie.

Ancienne abbaye royale de femmes, l’abbaye de Maubuisson fut fondée par Blanche de Castille en 1236. Agrandie au début du XVIe siècle, elle subit plusieurs pillages de la part des troupes protestantes durant les guerres de religion. Mais en 1786, sous l’impulsion de Louis XVI, le lieu perd sa fonction religieuse et, suite à la Révolution, est revendu en 1798 à des carriers qui feront du site une réserve de pierres taillées ; les trois quarts de l’édifice sont à l’époque déconstruits. Une partie du domaine sera rachetée en 1977 par le Département du Val d’Oise et, après de longues années de fouilles archéologiques et de travaux de restauration, le lieu ouvre ses portes au public en 1987. Quinze ans plus tard, l’abbaye de Maubuisson devient un centre d’art contemporain, dont la programmation s’appuie sur l’invitation faite à des artistes de venir présenter un travail « interrogeant le lien entre création contemporaine et conservation du patrimoine », selon les mots d’Isabelle Gabach, sa directrice. C’est dans ces murs chargés d’histoire qu’Hicham Berrada nous convie à réfléchir sur la nature qui nous entoure et les effets auxquels elle est soumise.

Inspiré par les jardins de la Villa Médicis, à Rome, dont il a été pensionnaire de 2013 à 2014, et les statues qui s’y trouvent, Hicham Berrada questionne l’action du temps, dont la pierre porte les stigmates, et le rapport des jardins à la nature. Il développe également une réflexion sur l’entropie, qu’il définit par le fait que « tout dans l’univers tend vers le chaos ». Une notion centrale dans Le jardin inaltérable, première œuvre présentée à Maubuisson, à travers laquelle l’artiste s’interroge notamment sur les possibilités d’y échapper. Dans la salle du parloir, se dresse un espace délimité par des bâches en plastique aux reflets dorés. Derrière les parois transparentes, un olivier en pot, haut de plus d’un mètre, est surmonté d’un lampe horticole à sodium qui permet la photosynthèse de l’arbre en intérieur. Son tronc est recouvert de feuilles d’or – « Un matériau qui ne subit pas l’entropie », explique l’artiste –, préservant ainsi l’arbre de l’action du temps. A ses côtés, des briques reconstituent un coin de mur, lui aussi entièrement recouvert de feuilles d’or. Une disposition évoquant l’image du paradis tel que promis aux pieux dans le Coran et, plus précisément, celle d’un jardin éternel. Hicham Berrada tente ici de mettre en place un espace aseptisé, s’aidant par ailleurs de lampes à ultraviolets bactéricides ; les visiteurs souhaitant y pénétrer doivent enfiler des surchaussures, des masques et des lunettes de protection afin de limiter au maximum le développement de bactéries au sein de l’installation. Autre élément de cette pièce, un écran, sur lequel est affiché un programme informatique qui génère aléatoirement des points dont l’agrégation rappelle les vagues d’un milieu aquatique, présente ainsi un autre dispositif de résistance à l’entropie : le codage.

Dans le cadre d’un partenariat avec Arts Hebdo Medias, un site français d’information dédié à l’art contemporain, nous vous proposons de lire la suite de cet article sur www.artshebdomedias.com

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Hicham Berrada, Masse et Martyr, Courtesy galeries kamel mennour, Wentrup et CulturesInterface, photo Catherine Brossais-CDVO / ADAGP

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Hicham Berrada, Masse et Martyr (détail), Courtesy galeries Kamel Mennour, Wentrup et CulturesInterface, photo G. Caron / ADAGP

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Hicham Berrada, Méditation x 240, Courtesy galeries Kamel Mennour, Wentrup et CulturesInterface, photo Catherine Brossais-CDVO / ADAGP

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Hicham Berrada, Présage (détail), Courtesy galeries Kamel Mennour, Wentrup et CulturesInterface

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