Quelle folie, la semaine passée, à Bruxelles ! Gilbert & George sont en ville ! Ils donnent force interviews à la Galerie Albert Baronian, qui ouvre une nouvelle exposition de ce couple d’artistes anglais, ils chantent en duo à la radio dans l’émission Entrez sans frapper, ils signent des dizaines de posters – en respectant une méthode mise au point il y a longtemps : George signe d’abord « & George« , ensuite Gilbert ajoute sa signature -, sont présents au vernissage et saluent avec un flegme 100 % british les nombreux fans qui passent ce soir-là. 

Et quelle gentillesse, surtout ! Comme ils répondent avec patience et empathie aux mêmes questions de tous les journalistes qui défilent ce jour-là ! Costume sur mesure, cravates assorties, Gilbert & George reviennent à Bruxelles avec une thématique nouvelle, la barbe. « C’est parti de l’image des barbelés qu’on voit tout le temps dans les médias, expliquent-ils à deux voix. Les barbelés tiennent les gens à l’écart. Par extension, on a décidé d’utiliser la barbe comme motif récurrent. Il y a des barbes partout, celles des réfugiés, celles de hipsters, celles des musulmans, des clochards. Même Jésus-Christ était barbu, n’est-ce pas ? »

Où les voyez-vous, ces barbes ? Devant notre porte, dans la rue, ils sont là ! La barbe devient dans nos œuvres un pont, un lien, une porte. Nous voulons que les gens soient touchés par nos œuvres qu’ils sortent de l’exposition en voulant changer le monde. Nous essayons de synthétiser les pensées, les sentiments, les peurs et les joies de notre histoire commune qu’on appellerait une histoire gréco-judéo-christo-sécuritaire. 

Comment peut-on faire cela ? La question à se poser est : y a-t-il de la place dans nos vies pour une amélioration ? Comment pouvons-nous, en tant qu’humains, nous développer ? Nous prônons la décriminalisation du sexe et la disparition des religions. Il faut trouver un système dans lequel les humains peuvent être gentils les uns avec les autres. 

Vous créez ensemble depuis 50 ans aujourd’hui en tant que sculptures vivantes. Oui, l’art nous donne une formidable liberté de parole. C’est un privilège. Nous combattons le conformisme. Mais nous observons l’humanisme des jeunes et nous sommes confiants. Les choses vont aller mieux.

Aux cimaises, immenses formats reprenant les silhouettes des deux artistes, affublés de barbes, qui tracent des signes, deviennent des ponts ou des végétaux. Leur visage comme ceux de diables tout juste sortis d’une boîte. Couleurs vives, aplats nets, motif de barbelés… Gilbert & George manipulent les images depuis 50 ans. Ils associent des motifs comme des puzzles, y instillant symboliques et messages cachés. Les voici de dos, une crotte fluo sous les fesses. Ah non, ce sont leur cravate ! Ou là, affublés d’une cravate couverte de fourmis. Ils n’ont aucun frein, aucune pudeur. Dans les années 1970, ils portaient déjà le costume, pour se différencier des autres artistes de l’époque. Aujourd’hui, leur look nous semble moins surprenant. Ils sont pourtant restés les punks qu’ils furent dans leur jeunesse. Punk un jour, punk toujours !

Gilbert & George
The Beard Pictures
Galerie Albert Baronian
2 rue Isidore Verheyden
Jusqu’au 23 décembre
Du mardi au samedi de 12h à 18h
www.albertbaronian.com

Gilbert & George

Gilbert & George, Beard Guard, 2016, courtesy les artistes et Galerie Baronian

Gilbert & George

Gilbert & George, Beard Week, 2016, courtesy les artistes et Galerie Baronian

Gilbert & George

Gilbert & George, Beardaitch, 2016, courtesy les artistes et Galerie Baronian

Gilbert & George

Gilbert & George, Vee Beard, 2016, courtesy les artistes et Galerie Baronian

Gilbert & George

Gilbert & George, Beard Sent, 2016, courtesy les artistes et Galerie Baronian

Gilbert & George

Gilbert & George, Beard Watch, 2016, courtesy les artistes et Galerie Baronian

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