Inauguré en 2001, le musée La Piscine de Roubaix prend ses aises dans les exceptionnels bâtiments Art déco de bains publics construits dans les années 1930 et dont on a conservé une lame d’eau qui traverse la salle centrale du musée, sous la verrière d’époque, pour rappeler l’usage premier du bâtiment. Autour de ce bassin, ornées de sculptures des XIXe et XXe siècles, les anciennes cabines de douche carrelées ont été conservées et servent de vitrines et espaces d’exposition. Aujourd’hui, une exposition de Robert Pougheon s’y propose à voir.

Inaugurée en 1932, à l’initiative du maire Jean-Baptiste Lebas selon les plans de l’architecte lillois Albert Baert (1863-1951), la piscine de Roubaix va améliorer les statistiques de santé de la population de l’époque.
 Le choix de l’architecte n’est pas anodin. Albert Baert est un homme progressiste, de gauche et franc-maçon. En octobre 1932, à l’ouverture, la piscine apparaît alors comme un programme politique et social. En effet, par la beauté et l’efficacité du lieu, il y a naissance d’un rationalisme théâtral. Elle est conçue comme un sanctuaire de l’hygiénisme en réponse à la misère des populations ouvrières. Elle offre un équipement sportif de grande qualité et met en avant les capacités d’une équipe municipale issue du monde ouvrier.

Les collections permanentes sont issues de l’ancien Musée des Beaux-Arts de Roubaix, fermé en 1940 à cause de la guerre, pillé au fil des années et qui a perdu sa classification de musée national en 1959. Au début des années 1980, un dépôt sans inventaire et très détérioré subsiste dans les bâtiments de l’école. Ce n’est qu’en 1992 qu’une convention est signée entre l’Etat et la Ville de Roubaix faisant de la collection une propriété municipale. Aujourd’hui, les collections sont riches de très nombreuses sculptures, dont la frémissante Petite châtelaine en marbre, de Camille Claudel, pour ne citer qu’elle, un ensemble de grande qualité de sculptures animalières rassemblées dans une salle, mais aussi de très nombreuses peintures et une collection de textiles et vêtements illustrant le passé industriel textile de Roubaix.

Robert Pougheon

Autour d’une seule peinture, Le Serpent, au fil de dizaines de dessins, croquis et esquisses, belle découverte que celle de l’œuvre de Robert Pougheon (1886-1955), artiste éclectique et dessinateur prolifique qui pratiqua aussi bien le paysage, le portrait et la nature morte que le grand décor. Prix de Rome en peinture en 1914, il séjourne à la Villa Médicis de 1919 à 1923. Professeur à l’école des beaux-arts et à l’Académie Julian, il dirige brièvement l’Académie de France à Rome installée à Nice sous l’Occupation et devient conservateur du Musée Jacquemart-André à la Libération. En arrière-fond de ces postes officiels et de ces honneurs, il a développé une œuvre personnelle loin des artistes avant-gardistes ou maudits, chouchous des historiens de l’art. Il est aujourd’hui redécouvert, à travers cette exposition construite à partir des collections permanentes du musée, via les recherches de l’historien de l’art Louis Deltour et de la conservatrice adjointe à La Piscine, Alice Massé.

Le Serpent

Pour l’édition de 1930 du Salon des artistes français, Pougheon présente une huile sur toile intitulée Fantaisie, Le Serpent. Le tableau aussitôt acheté par l’Etat est fièrement exposé à la 18e Exposition internationale des Beaux-Arts de Venise, en 1932. Autour de trois femmes – au centre, la mère, à droite, la femme-homme, portant un costume d’homme, et à gauche, l’entrejambe largement ouvert, la femme-femme -, d’autres femmes sont porteuses d’autres symboliques tournant toutes autour de l’idée de la nouvelle femme, libre, concept qui émerge dans les années 1930. Les selles de cheval, les fleurs vénéneuses, les deux chevaux blancs, les bâtiments de style Renaissance italienne sont eux aussi riches d’idées et d’influences que l’artiste désire mettre en avant. Le visage central, par exemple, semble s’approprier les traits des visages de madone de Raphaël. Les bâtiments à l’arrière-plan ressemblent aux maisons peintes par Cézanne. L’œuvre recevra de nombreuses critiques, certaines l’accusant d’être trop moderne voire révolutionnaire, d’autres d’être trop traditionnelle, ou pire, traditionaliste. Cette composition à la fois géométrique et classique, Pougheon l’a préparée avec minutie. On peut d’ailleurs voir dans la même salle de nombreux croquis préparatoires.

Dessins et croquis

Plus loin, de nombreuses esquisses et dessins, dont certains sur calque, qui permettaient à l’artiste de chercher et travailler ses compositions en déplaçant les claques. Des visages stylisés, découpés selon leurs lignes de force – nez, centre du front et de la bouche. Des corps dans des postures classiques de sculptures grecques, mais aussi des cartons de vitraux et tapisserie, des projets de billets de banque, de fresques pour chapelles complètent l’exposition. Même s’il peut être rangé dans les artistes classiques, Robert Pougheon est influencé par David, Ingres ou les recherches cubistes. Il est identifié comme le représentant d’une veine maniériste de l’Art déco et rattaché au groupe de Rome réuni autour de la figure du peintre Jean Dupas.

Se pencher sur les dessins au crayon graphite, à l’encre, à la gouache est un réel bonheur. Le cadre exceptionnel n’y est pas pour rien. Une excursion s’impose !

Robert Pougheon
Un classicisme de fantaisie
La Piscine 
Roubaix
Jusqu’au 7 janvier 2018
http://www.roubaix-lapiscine.com/

pougheon

Robert Eugène Pougheon, Étude de détail pour En robes de soie dans la forêt : tête de femme pour la figure de droite, vers 1927, Roubaix, La Piscine – musée d’art et d’industrie André Diligent, photo Alain Leprince

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Robert Eugène Pougheon, Étude de détail pour les Amazones [au ruban bleu ]: tête de femme pour la figure de droite, vers 1926, Roubaix, La Piscine – musée d’art et d’industrie André Diligent, photo Alain Leprince

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Robert Eugène Pougheon, Étude de détail pour les Amazones au ruban bleu: tête de femme de profil pour la figure centrale, vers 1926, Roubaix, La Piscine – musée d’art et d’industrie André Diligent, photo Alain Leprince

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Robert Eugène Pougheon, Étude de détail pour Les Dioscures : nu masculin pour la figue de droite, vers 1939, Roubaix, La Piscine – musée d’art et d’industrie André Diligent, photo Alain Leprince

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Robert Eugène Pougheon, Étude de composition pour Le Serpent, vers 1930, Roubaix, La Piscine – musée d’art et d’industrie André Diligent, photo Alain Leprince

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Robert Eugène Pougheon, Étude de composition pour Le Serpent, vers 1930, Roubaix, La Piscine – musée d’art et d’industrie André Diligent, photo Alain Leprince

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Robert Eugène Pougheon, Le Serpent, 1930, Dépôt du MNAM au musée de Roubaix en 1990, photo Alain Leprince

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