C’est l’exposition dont tout le monde parle. La rétrospective Robert Doisneau au Musée d’Ixelles est en effet un incontournable en plus d’être un bain de fraîcheur et de douceur dans le monde poétique de ce grand photographe.

L’accrochage se déploie en trois chapitres : Le Merveilleux quotidien des années 1930 à 1970, Palm Springs 1960 avec 30 photographies couleurs issues d’une commande pour le magazine américain Fortune et, pour finir, les Ateliers d’artistes.

Au rez du musée, la série vintage reprend ces clichés qu’on connaît tous et qui font aujourd’hui partie de notre imaginaire collectif. Le baiser de l’Hôtel de Ville, La dernière valse du 14 juillet mais aussi Les frères, ces deux jeunes garçons faisant le poirier dans la rue, ou L’information scolaire, ce petit élève devant son ardoise, réfléchissant le nez en l’air. Ou d’autres qui sont des découvertes, comme Café noir et blanc, Le clairon du dimanche, Les hélicoptères… Et tous sont en effet le visage du Merveilleux quotidien et de l’œil d’une infinie tendresse pour ses contemporains de Doisneau. « Le monde que j’essayais de montrer était un monde où je me serais senti bien, où les gens seraient aimables, où je trouverais la tendresse que je souhaite recevoir. Mes photos étaient une preuve que ce monde peut exister« , écrivait-il.

Belle découverte aussi que cette série pour Fortune. Une commande de reportage sur la construction de golfs dans le désert du Colorado. Trente photographies en couleurs réalisées pour le numéro de février 1961 du magazine et prises à Palm Springs. On y voit de riches retraités, dans un décor fait de couleurs acidulées : bleu des piscines, vert vif des pelouses… Plus qu’un reportage, une analyse ethnographique pleine de légèreté et toujours avec ce regard acéré et tendre.

A l’étage, les photographies dans les ateliers d’artistes sont parfaitement formidables. Picasso, Braque, Utrillo, Giacometti, Brancusi, César, Derain, Léger…  y sont capturés dans leur laboratoire, lieu de toutes les naissances créatives. Doisneau, formé à la lithographie, est un habitué des ateliers et il s’y meut sans timidité. Chaque photo est un régal de justesse et révèle une parcelle de l’univers des artistes qu’il visite. Ah, ce cliché de Picasso assis à table devant deux petits pains en forme de mains, qui semblent remplacer les siennes !

Les deux filles de Robert Doisneau, Francine Deroudille et Annette Doisneau, étaient présentes à l’ouverture. Toutes deux travaillent dans l’ancien appartement et studio de leur père à Montrouge. L’Atelier Robert Doisneau est une association de fait créée pour assurer la conservation et la représentation de son oeuvre. 450 000 négatifs y sont archivés, numérotés et classés. « Quand nous partions en vacancesmon père nous demandait systématiquement si son appareil photo était bien à nos pieds dans la voiture !, se souvient Annette. J’ai été 15 ans son assistante. Ce n’est qu’à partir des années 1980 qu’il a eu un grand succès. Il disait oui à tout le monde et il fallait ensuite gérer son agenda ! »

« Il faut savoir qu’il n’aimait pas trop voyager. « Je suis mono-langue », disait-il. C’est en retrouvant les négatifs de cette commande à Palm Springs dans nos archives que nous avons sélectionné cette série de photographies. Ce fut une découverte pour nous aussi, car, à l’époque, il ne nous a rien raconté sur cette commande. Il aimait parler aux gens avant de les photographier. Il se plaçait à un endroit et attendait parfois longtemps avant de prendre une photo, que tous les éléments soient en place. »

La scénographie fait la part belle à des montages 3D, certains réalisés par Doisneau en 1970, patchworks de plusieurs clichés pris au même endroit, d’autres composés de photographies collées sur des supports hauts, que l’on peut découvrir en montant à l’étage.

Au fond du musée, l’exposition bis est à ne pas manquer non plus. HOP ! est spécialement conçue pour les enfants. C’est l’asbl Patrimoine à Roulettes, spécialisée dans les projets artistiques participatifs, qui a sélectionné 22 œuvres dans les collections du musée. Présentées à hauteur d’enfant, elles sont exposées en duo, l’une ancienne, l’autre contemporaine – et associées à un mot – plutôt complexe pour un jeune enfant, tournoyant, ondulant, arrêté… Un grand banc central permet aux enfants de s’asseoir et offre d’autres activités : accès à plusieurs extraits musicaux, à des odeurs, des schémas et des textures à associer avec l’une ou l’autre œuvre. Pointons encore un laboratoire multimédia offrant un espace d’expérimentation tout à fait formidable ! Petits et grands y sont invités, via trois écrans, à expérimenter le mouvement. Une installation du collectif Pimpanet, rare à Bruxelles tant par sa forme que sa qualité. A visiter avec des enfants, donc, tout comme Doisneau, d’ailleurs !

Mais encore, l’artiste Elodie Antoine est en Focus avec quatre petites œuvres dans deux vitrines des salles des collections permanentes. Elle y semble parfaitement à l’aise avec ses objets délirants, un vrai bonheur.

Robert Doisneau
Musée d’Ixelles
71 rue Van Volsem
1050 Bruxelles
Jusqu’au 4 février 2018
Du mardi au dimanche de 9h30 à 17h
www.museedixelles.be

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Robert Doisneau, Le baiser de l’Hôtel de ville, Paris, 1950, (c) Robert Doisneau

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Robert Doisneau, La dernière valse du 14 juillet, Paris, 1949, (c) Robert Doisneau

 

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Robert Doisneau, Fourrure party, 1960, (c) Robert Doisneau

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Robert Doisneau, Les cygnes gonflables, 1960, (c) Robert Doisneau

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Robert Doisneau, Hans Arp le 25 septembre 1958, (c) Robert Doisneau

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Robert Doisneau, Les pains de Picasso, Vallauris, 1952, (c) Robert Doisneau

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HOP ! Expo d’art pour enfants, Instalaltion vidéo interactive, collectif Pimpampet, Musée d’Ixelles, photo be culture

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HOP ! Expo d’art pour enfants, Musée d’Ixelles, photo be culture

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