C’est une promenade à travers les identités religieuses et culturelles que nous propose l’artiste franco-marocain Mehdi-Georges Lahlou au Botanique. Une balade impertinente entre les faux semblants et la réappropriation poétique des aprioris déguisés en tabous.

Dans la culture musulmane, le mot Jannah renvoie au jardin autant qu’à l’idée de paradis. C’est aussi un prénom et le titre de l’œuvre qui accueille le visiteur de l’exposition de Mehdi-Georges Lahlou au Botanique. Le buste totémique avec son imposante coiffe en corde et en végétal renvoie à l’Afrique fabriquée de l’imagerie coloniale. Mais il y a un twist, la sculpture est façonnée à partir de pois-chiches, aliment typique des populations d’Afrique du Nord. Un fantasme en rencontre un autre. L’artiste cultive et se nourrit de ces dérapages de sens. Avec une évidente gourmandise, il s’empare des signes et repères culturels et religieux pour les hybrider et changer notre regard.

Faux-semblants

Né d’une mère espagnole catholique et d’un père marocain musulman, il a grandi avec une double identité qui est aussi celle de nos sociétés contemporaines en Europe. Procédant comme les surréalistes, l’écriture automatique en moins, il juxtapose des éléments à priori éloignés ou opposés, pour voir ce qui se passe. Le Notre Père brodé en calligraphie arabe sur un tapis de prière musulman, la figure de la madone noircie qu’on distingue à peine derrière les ouvertures d’un moucharabieh. Il travaille de la même manière avec les matériaux, le buste en pois chiches ou encore le très beau et fascinant Hourglasses, un sablier empli de semoule destiné à mesurer le temps qui sépare les prières. Le recours à la semoule va bien au delà de ses ironiques vertus décoratives, car en raison de ses propriétés physique, le volume de la céréale, et donc sa vitesse d’écoulement change avec l’humidité ambiante, rendant chaque passage différent et le temps aléatoire. Séducteur, Mehdi-Georges Lahlou a conçu une exposition qui est le royaume des faux-semblants.

Il représente le réel pour mieux le détourner. Ce qui ressemble à des vestiges de terre cuite patiemment assemblés sur un panneau sont sculptés dans la semoule. La musique chantée que l’on entend en fond sonore pourrait passer pour un air d’un disciple de Monteverdi alors qu’il s’agit en fait de sourates chantées phonétiquement sur un mode baroque.

Raffinement de l’esthétique

Au delà de l’humour et de l’ironie, Mehdi-Georges Lahlou attache une grande importance à la beauté de ses sculptures et installations. Au choc des idées, il ajoute le raffinement de l’esthétique. C’est le cas avec Les Talons d’Abraham, pièce monumentale qui s’inspire d’une relique qui existe à La Mecque, à proximité de la Kaaba, et sensée témoigner par une trace de pas, le passage d’Abraham sur les lieux en des temps très anciens. Par l’emploi du marbre et d’une ferronnerie raffinée, l’artiste souligne le caractère sacré de la pièce sauf qu’il remplace la pierre par un tapis de cannelle et les traces de savates du patriarche par celles de chaussures à talons.

Mehdi-Georges Lahlou est venu à l’art par la performance. En 2009, il parcourait les 30 kilomètres qui séparent sa galerie malinoise d’un lieu culturel anversois, chaussé de hauts talons. Il en a gardé une approche physique de ses œuvres et un recours à l’auto-portrait qu’il ne faut pas lire comme un épanchement narcissique mais comme une matière première et une signature. Jardin ou paradis, c’est à chacun à le découvrir, en se promenant autour des œuvres dans l’espace et en pensée. Une chose est acquise, le jardin est plus grand qu’il n’y parait.

Medhi Georges Lahlou
Behind the Garden
Le Botanique
236 rue Royale
1210 Bruxelles
Jusqu’au 5 novembre
Du mercredi au dimanche de 12 à 20h
www.botanique.be

Lahlou

Mehdi-Georges Lahlou, Jannah, Behind the Garden, Botanique, courtesy Galerie Transit et l’artiste

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Mehdi-Georges Lahlou, Equilibre à l’encensoir, Behind the Garden, Botanique, , courtesy Galerie Rabouan Moussion et l’artiste

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Mehdi-Georges Lahlou, 72 Vierges, Behind the Garden, Botanique, courtesy Galerie Transit et l’artiste

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Mehdi-Georges Lahlou, Of the conference of the Birds, Behind the Garden, Botanique, courtesy Galerie Rabouan Moussion et l’artiste

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Mehdi-Georges Lahlou, Les talons d’Abraham, Behind the Garden, Botanique, photo Blaise Adilon collection Ronan Grossiat

 

 

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