Aux cimaises de la Keitelman Gallery, des dizaines et des dizaines de portraits d’une même femme, la comtesse de Castiglione, qui a fait de sa vie, sans le savoir, une œuvre à la fois éblouissante, magistrale et sordide de narcissisme maladif. Passionnante rencontre !

La comtesse de Castiglione, née Virginie Oldoini en 1837, mène, malgré son mariage avec le comte en 1854, une vie dissipée. Elle collectionne les amants et joue de ses charmes. Elle sera envoyée à Paris par Cavour, ministre des Affaires étrangères de Victor-Emmanuel II de Savoie pour séduire Napoléon II, à une époque où le statut de nation de l’Italie s’avère encore en suspens. Considérée comme l’une des plus belles femmes de l’époque, cette femme extravagante avait un péché mignon : le portrait en studio.

Dans les années 1850, elle démarre, avec le photographe français Pierre-Louis Pierson, une série de portraits mis en scène pour lesquels elle choisit ses tenues, accessoires, attitudes… des autoportraits, en fait, puisque le brave Pierson n’est là que pour déclencher l’appareil. Elle poursuivra cette activité durant toute sa vie, plus de quarante ans, finissant ruinée par cette activité qui coûtait alors très cher.

Voici les portraits de l’aristocrate, dans des tenues dont nous avons perdu les codes, jouant des rôles multiples : la Chinoise, la reine d’Etrurie, la Marquise… Le visage légèrement penché, la comtesse prend la pose. Jamais elle ne sourit. Perruque, bijoux, éventail… viennent compléter le tableau. Quarante années d’autoportraits, c’est vertigineux !

A l’ère du selfie réalisé en un clic, se rend-on encore compte du puits de narcissisme dans lequel se plongea la comtesse ? Qu’on peut aisément présenter comme l’initiatrice de l’autoportrait en photo. Plus tard, des artistes comme Claude Cahun, Cindy Sherman, Sophie Calle ou Gilbert & Georges ont développé le portrait photographique mis en scène, dans lequel apparaissent toutes les facettes d’une personnalité, des plus sombres aux plus lumineuses.

A la fin de sa vie, la comtesse de Castiglione, le corps défait, ayant perdu dents et cheveux, continue de poser dans l’atelier Pierson. Acharnement éblouissant, narcissisme maladif devenu œuvre d’une vie. Quatre cent trente-quatre photographies de la Castiglione seront achetées après sa mort (1899) à l’hôtel Drouot par l’un de ses fans, Robert de Montesquiou. C’est lui qui titrera la plupart d’entre elles. Cet achat assurera la sauvegarde de ses clichés et la pérennité de l’œuvre de la comtesse !

Me & myself and I
La comtesse de Castiglione
Keitelman Gallery
44 rue van Eyck
1000 Bruxelles
Jusqu’au 30 novembre
www.keitelmangallery.com

 Comtesse de Castiglione

Pierre-Louis Pierson, Instantané, portrait de la Comtesse de Castiglione, courtesy Keitelman Gallery

 Comtesse de Castiglione

Pierre-Louis Pierson, L’Assassinat, portrait de la Comtesse de Castiglione, courtesy Keitelman Gallery

 Comtesse de Castiglione

Pierre-Louis Pierson, portrait de la Comtesse de Castiglione, courtesy Keitelman Gallery

 Comtesse de Castiglione

Pierre-Louis Pierson, La Robe écossaise, portrait de la Comtesse de Castiglione, courtesy Keitelman Gallery

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