La découverte de l’œuvre de Geta Brătescu dans le pavillon roumain à la Biennale de Venise de cette année fut un moment rare pour la plupart des visiteurs. Et un coup de cœur pour nous. Le MSK de Gand offre une deuxième occasion de pérégriner dans la création polymorphe et foisonnante de cette artiste née en 1926 à Bucarest.

Geta Brătescu est reconnue internationalement depuis quelques années seulement, grâce à sa participation à la Biennale d’Istanbul (2010), La Triennale de Paris (2012) et la Biennale de Venise (2013 et 2017), entre autres. Son art a récemment fait son entrée dans plusieurs collections internationales de renom. L’exposition qui a lieu à Gand cet automne n’est que la quatrième grande exposition qui lui est consacrée en dehors de la Roumanie, et la première en Belgique.

Depuis les années 1960, Geta Brătescu produit une œuvre centrée sur l’atelier, son lieu de création mais aussi celui où elle est confinée tant par la situation politique de son pays jusque dans les années 1990 que par le sort réservé aux artistes femmes, alors peu exposées et peu valorisées. Arpentant cet espace clos mais vivant et pulsant comme un utérus, elle crée des dessins, collages de tissus, mais aussi gravures, performances, vidéos et installations. Tout ce qui lui tombe sous la main peut devenir un matériau, y compris son propre corps, matière première et facilement accessible s’il en est. Ainsi, en 1975, pour Towards White, elle se met en scène dans l’atelier, dans un cadre fait de papier blanc, construit comme un décor de théâtre. En plusieurs étapes et plusieurs photos, elle tend à disparaître ou à se fondre dans le décor, les deux derniers clichés la présentant peignant son visage en blanc. Ou comment être avalée par l’atelier !

Le corps, encore, comme unité de mesure servant à appréhender l’espace de l’atelier. Comme dans cette vidéo où, presque allongée, elle circule quasiment à quatre pattes dans son atelier.

Au MSK, on retrouve le même foisonnement de techniques et de matériaux qu’à Venise. Des collages mixant textile et papier, puzzles délicats qui disent son audace de créateur et la liberté à s’emparer des objets du quotidien. Dessins réalisés les yeux fermés, comme la belle série avec l’oiseau vue à la Biennale. Des pliages faits à partir de papier journal et photo. Une belle série de photos, Altérité, où on la retrouve en buste, ses mains gantées de blanc masquant un côté ou l’autre de son visage, ou l’ensemble. Elle s’y voit multiple, toutes les femmes, pas juste elle-même. Dessins, gouaches, textiles cousus sont toujours à relier au corps, le sien qui crée, sa matérialité, son universalité. C’est sans doute pour cela que son œuvre touche tant. Quelques vidéos, aussi.

Pointons un long textile fait de lamelles de tissu teint, chacune d’un ton plus ou moins sombre, créant une longue bande allant du blanc au noir le plus foncé. Cet étendard fragile gît au milieu de l’espace, posé là sans aucune forme de prétention, loin des créations viriles qui hurlent et imposent leur message. Juste un trait de textile, poétique et généreusement offert à notre regard. L’exposition n’est pas très grande mais elle permet d’appréhender toute la richesse de 50 années de création. A ne pas manquer !

Geta Brătescu
Un atelier à soi
MSK

1 Fernand Scribedreef
9000 Gand
Jusqu’au 14 janvier 2018
Du mardi au vendredi de 9h30 à 17h30
Samedi et dimanche de 10h à 18h
https://www.mskgent.be

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Geta Brătescu,Towards White, 1975, collection du Musée National d’Art contemporain de Bucarest

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Geta Brătescu, Le Théâtre des Formes, 2011, courtesy l’artiste, Galerie Barbara Weiss, Berlin, Ivan Gallery, Bucarest, , photo Stefan Sava

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Geta Brătescu, The Rule of the Circle, the Rule of the Game, 1985, courtesy l’artiste, Galerie Barbara Weiss, Berlin, Ivan Gallery, Bucarest

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Geta Brătescu,The Adventure, 1991, collection du Musée National d’Art contemporain de Bucarest, photo Stefan Sava

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Geta Brătescu dans son atelier, photo Stefan Sava

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Geta Brătescu, Medea’s 10 hypostases, 1980, Collection Adam et Mariana Clayton, Londres, photo Stefan Sava

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Geta Brătescu, Lady Oliver in her travel costume, 1980-2012, courtesy l’artiste, Galerie Barbara Weiss, Berlin, Ivan Gallery, Bucarest

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Geta Brătescu, Himere, Drawings with closed eyes, 2006, courtesy l’artiste, Galerie Barbara Weiss, Berlin, Ivan Gallery, Bucarest, photo Stefan Sava

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Geta Brătescu, Alterity, 2002-2011, courtesy l’artiste, Galerie Barbara Weiss, Berlin, Ivan Gallery, Bucarest

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