Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, onze feuilles formant un tout de 255 x 138 cm, papier gouaché marouflé sur toile, 1793, auteur anonyme, estimation de 100 000 à
150 000 €, Sotheby’s, Paris, vente du 30 octobre, www.sothebys.com 

Les souvenirs historiques sont des éléments du marché de l’art qui fonctionnent souvent très bien car ils touchent à une fibre sensible des spécialistes et des amateurs. Ceci tient de la vénération pour des personnages célèbres, des hauts faits qui marquèrent leur temps voire d’une sorte de nostalgie qui leur ferait regretter de n’être pas nés en 1515 quand François 1er et les Vénitiens gagnèrent à Marignan contre les mercenaires suisses défendant le duché de Milan ou en 1615 quand Louis XIII épousa Anne d’Autriche à Bordeaux.

Or, c’est dans une vacation de livres anciens et de manuscrits que l’on va trouver chez Sotheby’s une véritable rareté, jusque-là inconnue et considérée dès lors comme un unicat. Une estimation a été donnée à ce lot parce qu’il le fallait bien. Mais que représentent ces 100 000 à 150 000 € devant cette découverte incroyable d’un document historique fait main dont aucun historien n’a, semble-t-il, jamais parlé ?

Ici, on se retrouve dans les années proches de la Révolution de 1789, de ses rêves, de ses idéaux et de ses suites devenues terrifiantes. Elles firent basculer la grandeur d’un pays dans l’ornière de l’horreur à partir de 1793. La fuite de Varennes, la condamnation et les exécutions du roi Louis XVI et de Marie-Antoinette, la crainte de voir la France envahie par les forces alliées précipitèrent les Parisiens surtout dans une spirale infernale. Le sang allait couler et la France de 2017 n’en est toujours pas remise.

Le lot présenté à la vente a été façonné en la Maison Arthur et Robert, à Paris. Le sieur Arthur était un ami intime de Maximilien de Robespierre. La pièce est présentée dans un large coffret en bois de chêne massif clair, relativement moderne.

On sait que la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, énoncée à Versailles, date de 1789. Ici par contre, malgré le titre qui couronne la grande page de 255 cm de haut, c’est en réalité une Déclaration de la terreur qui se met en place. Ce document, d’après le communiqué, annulerait la Déclaration originelle des droits de l’homme. Il y est fait mention à l’article 35 du droit absolu du peuple à l’insurrection, devenu droit sacré, indispensable devoir, dès lors que le gouvernement viole les droits du peuple. On imagine les conséquences aux trois siècles suivants, sur les plans social et politique. Ce fut le terreau du marxisme, qui revient en force en France et chez nous, ce qui permet à Adrien Rivière, consultant chez Brightness, d’écrire en titre dans Les Echos (www.lesechos.fr) de mi-octobre : « Il y a bien du Robespierre chez Mélenchon. »

Sur le plan artistique, notons que la pièce se présente comme une pièce antique, projet sans doute d’un large placard à afficher sur les façades des lieux publics. Cette sorte d’allégorie impériale à la sauce romaine possède une frise de putti autour d’un arbre de la liberté dont le style est proche de Pia Sauvage. Notons encore la présence de cette jeune femme placée au centre de la composition. Elle représente la République et tient une sorte de faisceau de licteur, bien trop grand pour elle. Le faisceau représentait le pouvoir de contraindre et, si besoin, de punir. Mais réinterprété par les révolutionnaires, cet objet devint un symbole d’union nationale et de la force du peuple pour défendre la liberté. Nul doute que cet objet aura sa place aux Archives nationales, au Musée du Louvre ou au Musée Carnavalet.

Déclaration des Droits de l'Homme

Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, datée de 1793, en vente chez Sotheby’s à Paris ce 30 octobre 2017

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