Le MAC’s Grand Hornu accueille une exposition monographique de l’artiste française Anne-Marie Schneider. Trente années de création via le médium presque unique du dessin, un voyage immense dans l’imagination et les pensées de l’artiste.

L’aile droite du musée est réservée aux grandes expositions. Un espace vaste et lumineux qu’ont, entre autres, occupé Jacques Charlier, Bolstanski ou Tony Oursler. Aujourd’hui envahi par une myriade de dessins. Pas de grandes toiles, pas d’immenses installations. Des petits dessins sur feuille, directement fixés au mur, sans cadre ni vitre. Des petites choses, brûlantes. Dès l’entrée dans la première salle, le groupe de journalistes invité à la présentation presse se tait. Grand silence. On entre ici dans le monde de l’intime, de l’indicible, du regard en creux, en profondeur. Ça vous prend au ventre.

Les dessins d’Anne-Marie Schneider sont de l’ordre de la fulgurance. Tout y est dit de ses pensées du jour, de ce qui l’occupe. L’artiste dessine chaque jour. Ses dessins ou  » formes pensantes  » sont autant de réactions affectives aux difficultés d’exister. L’artiste y met le corps, le couple, l’enfant, mais aussi ce qui la révolte dans les nouvelles du monde.  » Mes dessins sont des lettres flottantes sur la plage, page blanche, pattes blanches, mais parfois incisives, le crayon comme scalpel, écrit-elle. Mes dessins parlent du manque  » : manque d’un amoureux, manque d’enfant. Le dessin est l’étendard de son fantasme d’avoir une vie rangée ou supposée telle, où tous les éléments et personnages d’un projet idéal et idéalisé seraient en place.

De nombreux dessins sont accrochés à hauteur d’enfant. Un guide jeune public est disponible sous forme d’une invitation au dessin, ainsi que plusieurs animations.

Sur l’espace strictement limité d’une feuille blanche A4, un corps sans tête se promène, à moitié penché. Là, un chien qui pleure ; plus loin, deux mains et une tasse de café ; un demi-visage, deux mains orange le soutiennent, un écheveau de lignes dans le crâne. Encore le corps, à l’encre rouge, sur ces longs papiers. Morcellement, avec cette paire de seins, rose et rouge comme une pièce de boucherie. Déformation, avec deux bras qui se plient dans un sens absurde. Une série à l’encre bleue avec un personnage qui tente d’occuper l’espace laissé blanc entre de larges aplats bleus.

C’est un journal intime qui se déploie le long des murs, un truc à vif qu’on prend en pleine figure. Sexualité, maternité, couple, enfance, conflits et guérillas du monde extérieur, tout se mêle en une vaste fresque profondément touchante et émouvante. Son trait est fragile, tremblant, incertain, comme en recherche, au moment où il marque le papier, d’une vérité, celle qu’on ne peut traduire que par une image.

Il est difficile de ne pas citer Louise Bourgeois et ses dessins à l’encre rouge, autant que l’expressionnisme à vif de l’art outsider. Anne-Marie Schneider est au bord de deux mondes, entre réalité qui semble la blesser et épopée au cœur brûlant de l’inconscient. Une balade indispensable.

Anne-Marie Schneider
Ritournelle
MAC’s
Site du Grand-Hornu
82 rue Sainte-Louise
7301 Hornu
Jusqu’au 14 janvier 2018
Du mardi au dimanche de 10h à 18h
www.mac-s.be

Le dimanche  12  novembre, le MAC’s vous propose une conférence de Jean-François Chevrier afin de découvrir plus en détail le travail d’Anne-Marie Schneider. Historien de l’art, commissaire d’expositions, Jean-François Chevrier enseigne à l’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris depuis 1988. Auteur de nombreux essais sur les rencontres entre art et littérature, l’art moderne (photographie comprise), l’espace public et l’architecture, il a également accompagné le travail d’artistes très divers.

Gratuit moyennant le droit d’entrée au site. Réservation souhaitée : reservations@grand-hornu.be

Anne-Marie Schneider

Anne-Marie Schneider, Sans titre, 1990, (c) Collection Frac Picardie Des Mondes dessinés

Anne-Marie Schneider

Anne-Marie Schneider, Sans titre, 2004, courtesy l’artiste et Galerie Michel Rein

Anne-Marie Schneider

Anne-Marie Schneider, Sans titre, Autoportrait avec canne, 2014, courtesy l’artiste et Galerie Michel Rein

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Anne-Marie Schneider, Sans titre, 2015, courtesy l’artiste et Galerie Michel Rein

Anne-Marie Schneider

Anne-Marie Schneider, Sans titre, Autoportrait avec canne, 2007, courtesy l’artiste et Galerie Michel Rein

Anne-Marie Schneider

Anne-Marie Schneider, Sans titre, Fer et ballon, 2007, courtesy l’artiste et Galerie Peter Freeman Paris New York

Anne-Marie Schneider

Vue de l’exposition Ritournelle Anne-Marie Schneider au MAC’s, photo Philippe De Gobert

Anne-Marie Schneider

Anne-Marie Schneider, Sans titre, Tête et fils électrique, 2006, courtesy l’artiste et Galerie Peter Freeman Paris New York

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