Trois panneaux de faïence vernissée imitant la porcelaine chinoise, Manufacture de Choisy-le-Roi, vers 1880-1890, 260 x 293 cm, estimation de 8 000 à 12 000 €, vente chez Tajan, Paris,  le 10 octobre, www.tajan.com

Ce 10 octobre à partir de 16h30, en l’Espace Tajan, rue des Mathurins à Paris, on proposera une grande vacation d’objets d’art dont un important chapitre consacré à la céramique. Dans cet univers qui va du XVIe au XXe siècle, on trouve au lot 51 une magnifique composition Napoléon III (en fait, on est dans la IIIe République), de style néo-Renaissance, ornée en son centre de deux flamants roses.

Cette merveille décorative est sortie vers 1870-80 des ateliers de la Manufacture de Choisy-le-Roi, détenue alors par la famille Boulenger. Hippolyte était le directeur de l’entreprise et il n’a rien à voir avec le peintre de chez nous. Le lot est annoncé entre 8 000 et 12 000 €, ce qui est largement mérité. Mais est-ce que cela va plaire, et à qui ? On le saura dans deux semaines.

La composition globale est divisée en trois panneaux composés d’une foule de carreaux ; elle présente des dimensions imposantes, à savoir 260 cm de haut pour 293 cm de large. Sans doute ce lot s’est-il retrouvé exposé dans le siège social parisien de la Manufacture de Choisy, situé au 18 de la rue Paradis, dans le Xe arrondissement, non loin de la gare de l’Est.

Le bâtiment, construit à partir de 1899 par les architectes Jacottin et Brunarius, existe toujours et est devenu un lieu de réjouissances diverses, parmi lesquels des spectacles pour faire peur aux grands et aux petits. C’est Le Manoir de Paris, peuplé depuis 2011 de rats, souris, araignées et autres bestioles ou monstres qui plaisent tant aux gothiques, jeunes et moins jeunes, comme on les voit défiler au début de mai dans les rues de Leipzig. On y raconte les heures sombres des criminels de haut vol dans l’antre de Paris, histoires vraies ou inventées.

Mais revenons à la Manufacture, pour signaler qu’elle fut créée par les frères Paillart au tout début du XIXe siècle sur une partie du domaine royal de Choisy. L’entreprise resta dans leurs mains jusqu’en 1836, où elle passa, à travers leur associé M. Hautin, dans le clan des Boulenger où les usines ultérieures se trouvent encore. Les héritiers Boulenger fabriquent des revêtements de sol en céramique. Ce n’est plus de l’art et il en est ainsi depuis près de soixante ans. Mais déjà à l’époque, à la troisième génération des Boulenger, on avait compris que l’industrie et l’artisanat, soutenus par le train, allaient de pair. L’obtention du contrat de décoration des stations de métro de Paris, avec 40 000 pavés sortis de l’usine chaque jour, permettait de maintenir les ateliers de créations complexes et rares comme cet ensemble présenté chez Tajan. C’est aussi cela qui donna les moyens de racheter en 1920 les ateliers de Creil-Montereau.

La Manufacture de Choisy a continué d’exister jusque avant la Seconde Guerre mondiale (1934 ou 1936, selon les sources). Le tiers de Choisy appartenait à la famille Boulenger à la fin du XIXe siècle. A la manufacture, on employait des milliers d’ouvriers au début du XXe siècle. Les sept hectares de la propriété, château et usine compris, ont été dévolus dans les années soixante-dix à une dalle commerciale. Triste fin pour un haut lieu de l’artisanat français, l’égal des productions de Longwy, ou chez nous de Nimy et La Louvière chez Boch, pour n’en citer que trois.

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Grande décoration murale en faïence fine de Choisy, typique de la IIIe République, chez Tajan le 10 octobre

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