Avec Riding Modern Art au BPS22, l’artiste français Raphaël Zarka réunit ses deux passions – le skateboard et la sculpture – avec une exposition de photos et une série de sculptures accessibles aux skateurs.

A quoi peuvent servir les sculptures modernes dans l’espace public ? Les skateurs ont un avis sur la question. A des melon grap, des nollie heelflip, backside disaster et bien d’autres figures de style. La pratique, qui peut tenir de défi acrobatique pour les uns, de sacrilège et de vandalisme pour les autres, a peut-être aussi le mérite de faire exister une œuvre en volume dans un espace. C’est sur une planche de skate, à 7 ans, que le sculpteur Raphaël Zarka a découvert les volumes et les espaces de sa ville natale de Montpellier. Plus tard, quand il a entamé des études artistiques aux Beaux-Arts de Paris, il s’est rendu compte de l’influence de sa pratique urbaine sur sa perception des formes et des matériaux.

Artiste singulier, Zarka nourrit sa pratique sculpturale de formes existantes qu’il s’approprie et redéfinit en deux ou trois dimensions. Dans une de ses premières pièces, il avait photographié des éléments de construction abandonnés au coin de la route pour en révéler des qualités formelles insoupçonnées. Le bruit qui accueille les visiteurs de son exposition Riding Modern Art au BPS22 indique que les nouvelles pièces qu’il propose se roulent autant qu’elles se regardent. La série Paving Space, qui occupe toute la grande halle, est composée de 7 modules en acier Corten qui pourraient s’apparenter à ceux qui composent le paysage d’un skatepark. Si ce n’est que les volumes biseautés sont inspirés de ceux recensés par le mathématicien et cristallographe allemand Arthur Moritz Schoenflies. En assemblant ses différents modules comme un alphabet de formes, Zarka crée un langage de plateaux et de pentes légères qui accroche le regard autant qu’il appelle à la virtuosité des skateurs. Dans la salle attenante, il propose les photos qu’il rassemble depuis plus d’une dizaine d’années où le skate rencontre la sculpture moderne. Essentiellement publiées dans des revues de skateboard, ces photos captent le moment de bravoure où le skateur domine la forme, s’approprie la ville. Présentées pour la première fois à la Biennale de Lyon en 2007, la collection a pris du volume pour atteindre une cinquantaine de clichés noir et blanc au format similaire. Ils nous font voyager aux quatre coins du monde, Paris, Utrecht, Shenzhen, Bangkok ou Chicago, peu importe. Là où se dressent des sculptures qui combinent courbes et déclivités, les skateurs sont au rendez-vous. La star locale, à savoir le Carolo David Martelleur, a d’ailleurs droit à sa photo, exécutant un pivot to fake sur une sculpture d’André Volten à Utrecht.

Pour l’artiste, la question du respect et de la dégradation de l’œuvre d’art est un faux débat. Toute sculpture érigée dans l’espace public ne peut s’exclure du contact avec le public auquel elle est offerte. Et celui des skateurs n’est pas nécessairement plus destructeur qu’un autre. Les figures documentées sur les photos de l’exposition ne sont de toute façon pas à la portée de la première planche vue. La question fondamentale est celle de l’appropriation des sculptures par le public, les skateurs le font par leurs roues, reste aux autres à utiliser leur droit de regard.

Raphaël Zarka
Riding Modern Art
BPS22
22 Boulevard Solvay
6000 Charleroi
Jusqu’au 7 janvier 2018
Du mardi au dimanche de 11 à 19h
www.bps22.be

Riding Modern Art

Raphaël Zarka, Paving Space, 2017, BPS22, photo Leslie Artamonow

Riding Modern Art

Raphaël Zarka, Paving Space, 2017, BPS22, photo Leslie Artamonow

Riding Modern Art

Raphaël Zarka, Riding Modern Art, 2017, BPS22, photo Leslie Artamonow

Riding Modern Art

Raphaël Zarka, Paving Space, 2017, BPS22, photo Leslie Artamonow

Riding Modern Art

Raphaël Zarka, Paving Space, 2017, BPS22, photo Leslie Artamonow

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