Georges Braque, L’Oiseau et son ombre, 1959. huile sur papier marouflé sur panneau parqueté. Signé, 57 x 80 cm, estimation  200 000 à 300 000 €, vente Artcurial à Paris, le 10 octobre 2017, www.artcurial.com

Paul Lombard, à un mois près, aurait eu 90 ans le 17 février de cette année. Mais ses yeux se sont fermés à jamais le 15 janvier, laissant derrière eux une myriade d’oeuvres d’art conservées dans son appartement parisien. Plus de 200 de ces travaux collectionnés pendant 60 ans se retrouveront en vente le 10 octobre chez Artcurial, à Paris.

Marseillais, Lombard naquit quand la Cannebière rivalisait d’importance avec Paris pour ses salles de spectacles, ses chanteurs et bientôt alors, son cinéma. Il fut avant tout un avocat défendant des choses et des gens très divers, impliqué qu’il fut dans l’affaire de Bruay-en-Artois, puis dans celle du petit Grégory toujours en cours, puis dans celle du Pullover rouge dite aussi L’affaire Ranucci, jusqu’au drame du Heysel, de sinistre mémoire et récemment encore dans l’affaire Fourniret.

Lombard avait l’esprit habile, canonnier du verbe, il aimait par ailleurs les lettres jusqu’à publier une anthologie de la poésie française du XIXe siècle. Il a écrit un certain nombre de romans ou d’essais, Quand Justice se trompe, Mon intime conviction, Divorcer, Par le sang d’un prince, le duc d’Enghien. Ce seigneur des mots était un proche de nombreux artistes dont il participa seul ou avec des collègues au règlement de la succession. Ce fut le cas de PicassoChagall, BonnardBalthus et d’autres encore. Dans l’affaire Canson, il fut poursuivi puis bénéficia d’un non-lieu dans la transaction perçue comme frauduleuse, avec Le Louvre, d’un tableau de Murillo. Ce gros problème judiciaire datant de 1988 lui coûta beaucoup, dont un siège quasi assuré à l’Académie française et le probable poste de garde des Sceaux.

N’empêche, le gaillard était d’une trempe extraordinaire et il vécut plusieurs vies, laissant dans le catalogue de sa vente posthume des pages entières de ses passions et une vue précise de la diversité de ses sensibilités.

La première, c’est l’intimisme qui fait placer en bonne vue son goût pour les Nabis. Mais s’il fallait retenir une œuvre, ce serait le vol de cet Oiseau et son ombre, de Georges Braque (1882-1963), une huile sur papier marouflé de 57 x 80 cm, achetée chez les Maeght à une date indéterminée. Cette image de la liberté absolue d’un oiseau en vol est aussi emblématique d’un combat permanent mené par un homme de loi qui défend des inculpés pour essayer de leur rendre une liberté perdue. Et il ne faudra pas oublier ce projet magnifique de Fernand Léger, peint et dessiné sur quelques feuilles de Paul Eluard et de son célèbre poème Liberté j’écris ton nom, de 1953. L’œuvre de Braque est annoncée entre 200 000 et 300 000 €. Celle de Léger devrait se vendre entre 80 000 et 120 000 €.

paul lombard

Georges Braque, L’Oiseau et son ombre, 1959, Artcurial Paris

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publié.