Un parcours artistique investit les murs et trottoirs, les vitrines et une chapelle de la ville de Charleroi. Quinze regards d’artistes, quinze manières de percevoir la ville autrement, à son rythme.

Charleroi bouge, Charleroi se transforme. Portée par un dynamisme économique, culturel et sportif, la ville laisse derrière elle les carapaces charbonneuses et péjoratives de son ancienne identité. L’art urbain, qui a pour mission d’embellir, de jouer avec les perceptions et les certitudes, participe bien évidemment à cette métamorphose. Trois ans après la première édition de la Biennale Asphalte, les lettres colorées du Bisous m’chou étalées par l’artiste américain Steve Powers sur les murs de Charleroi Expo ont été adoptées par tous les Carolos. Pour sa troisième édition, la triennale Art Public, une initiative de la Commission des Arts de Wallonie, s’inscrit dans cette dynamique pour intégrer les œuvres de 15 artistes au tissu urbain de la ville basse de Charleroi.

Une relecture de la ville

Concentrées dans un périmètre assez restreint, les 15 stations de cette promenade artistique peuvent être bouclées en une heure de visite. On peut aussi les attraper au passage, alors qu’on ne s’y attendait pas, et c’est ce qui fait le charme de l’art en ville.

Sans thématique particulière, les œuvres varient du conceptuel au ludique, du sonore à l’éphémère, du dessin au fusain à l’installation, des images au mots. Toutes parviennent à leur manière à proposer une relecture de la ville en constante mutation. En quelques bandes noires sur un mur de blocs de parpaing et un carré de peinture rouge, Jean Glibert redonne une présence au conduit d’un métro aérien autrefois envisagé et rebouché.

Jouant avec la grammaire graphique du street art et tirant une ligne entre les décorations Art déco et les émoticônes, Mon Colonel & Spit ont créé une frise en céramique qui raconte la ville.

Surgi des profondeurs des non-dits de la colonisation, l’agrandissement d’un dessin au fusain de Michael Matthys est tendu sur la façade de l’ancien cinéma Marignan. Des fantômes nous regardent.

Rendre les oeuvres accessibles

Le collectif Void nous suggère de regarder un peu plus où l’on marche. Sur les pavés de la place Saint-Fiacre défilent des mots qui s’enchaînent de synonyme en synonyme, prenant le sens du contre-sens. Pour entrer dans hum!, l’œuvre sonore géolocalisée de François Martig, il faut ouvrir les oreilles et lever les yeux. Télécharger sur son smartphone l’appli du même nom et repérer les drapeaux hum ! qui flottent çà et là dans la ville. Ils offrent une clé d’accès à des compositions sonores réalisées à partir d’interviews et de prises de sons dans la ville. En constante évolution, elle sera alimentée de nouveaux sons jusqu’à fin 2018 et consultable pendant plusieurs années.

Aurélie William Leveaux ne vit pas à Charleroi, elle écrit et dessine ses commentaires poétiques et acides sur les grosses et petites failles du quotidien. Plusieurs fois par semaine, elle enverra ses tweets à une assistante carolo qui les reproduira sur de grands panneaux installés dans la galerie du Vecteur. On lui avait demandé une œuvre pas pérenne, elle fera un bloc-notes éphémère.

Les organisateurs qui veulent rendre ces œuvres accessibles au plus grand nombre ont bien fait les choses. Cartels explicatifs, in situ et guide, sont à la disposition du visiteur. Ils seront bientôt complétés par un catalogue gratuit qui décortique les intentions des artistes.

Art Public Charleroi
Parcours en Ville Basse
6000 Charleroi
Jusqu’au 5 novembre
Catalogue gratuit sur demande au 081 32 15 01 à partir du 15 octobre

Art Public

Devil/Paradis, Art Public, Charleroi, photo Thierry Tillier

Art Public

Montage Michael Matthys, Souvenir, Art Public, Charleroi, photo Guy Focant spw

Art Public

Montage Jean Glibert, Art Public Charleroi, photo Guy Focant spw

Art Public

Montage Collectif Void, Synonym’s Synonyms, Art Public Charleroi, photo Guy Focant spw

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