Aux anciens Abattoirs de Bomel, devenus Centre culturel de Namur, seconde mise en dialogue de deux artistes plasticiens, Bernard Gilbert et Benoît Félix. Ce moment de rencontre a été nourri d’une résidence sur place durant tout l’été. Une réussite, une discussion aussi passionnante que celle qu’avaient entamée Marcel Berlanger et Evariste Richer en mars de cette année.

C’est la directrice du Centre culturel namurois, Marylène Toussaint, qui a une nouvelle fois sélectionné deux artistes aux univers particuliers – l’un plutôt peintre, l’autre plutôt conceptuel – pour les faire se rencontrer. « Il m’a semblé qu’ils abordaient tous les deux l’art sous la forme du jeu« , explique-t-elle.

Dès l’entrée, une vidéo est projetée sur une des tables de la cafétéria. Vous pouvez vous y asseoir et écouter la longue conversation entre les deux artistes, qui a prévalu à l’exposition. Le café est servi et les quatre mains des artistes bougent et se déplacent, appuyant leurs propos. Fascinante installation comme une nature morte mouvante. « La peinture donne le « là ». Elle nous donne à voir ce qui est là, en effet », dit l’un d’eux. Tout semble se résumer ici des jeux formels et de langage auxquels ces deux-là se sont adonnés.

En ouverture, voici Le Cadre vide, de Bernard Gilbert, quatre morceaux de plexi installés ensemble, sur lesquels joue la lumière. Apparaît sur le mur un joyeux kaléidoscope de couleurs. La peinture est là, sans matière pourtant. Au sol, une série de six écrans. On y voit Benoît Félix (1969) , allongé et rampant, qui tente puis arrive à attraper une télécommande. Il pousse sur un bouton, tout s’éteint.

Dans les deux grandes salles, les immenses toiles de Bernard Gilbert (1970) nous offrent des paysages rêvés, invitations à explorer des perspectives réinventées. Voyez, par exemple, ce tableau qui pivote et peut se regarder à la verticale, proposant un paysage encastré entre deux collines ou à l’horizontale, devant soudain une vue intersidérale avec, à droite une boule de feu ou un satellite blanc fonçant dans l’infini de la stratosphère.

Plus loin, les deux artistes font la nique à la double porte jaune vif voulue par les architectes et qu’ils trouvent affreuse. Une vidéo de Félix y est projetée. On y voit celui-ci aidé d’un acolyte, démontant les deux battants. Pourtant, la porte est toujours là et il faut l’ouvrir pour découvrir, derrière, une petite toile de Gilbert qui brille d’un halo fluo sous une lumière bleutée. Quand celle-ci s’éteint et que revient la lumière blanche, couleurs et texture de la toile se modifient, faisant voir une toute nouvelle œuvre.

Sous l’égide du jeu et de l’humour, voici encore une toute petite vidéo de Benoît Félix, placée sous une cloison. L’artiste ne fait que quelques centimètres et semble soutenir la cloison, comme une caryatide. Comme en 2016 au Botanique, il ne craint pas de s’emparer d’éléments d’architecture pour leur faire jouer un rôle auquel ils sont peu habituées : écran vidéo, objets démontables, devenus légers…

Encore plus que le goût du jeu et l’humour, ce qui semble le travail des deux artistes, c’est leur appréhension de l’espace. Sur la toile, Bernard Gilbert creuse sans complexe la perspective, créant plusieurs strates, comme dans un décor de théâtre, dans lesquelles se perd l’œil du spectateur. Troisième et quatrième dimensions font leur apparition. Benoît Félix aussi tourne en bourrique les lois classiques de la perspective, pour notre plus grand plaisir. D’autres surprises à découvrir encore dans d’autres espaces du bâtiment.

Terminons avec l’installation dans le bassin d’eau à ciel ouvert, au milieu du bâtiment. Félix y a posé une longue œuvre, traits ondulants figurant les vagues que fait l’eau. Eau, mouvements que fait celle-ci, représentation de cette eau et de ses mouvements, reflets du soleil sur sa surface… Cet ensemble presque oriental joue avec l’espace, la lumière, l’architecture, la représentation. Un pur bonheur.

One + One
Bernard Gilbert et Benoît Félix
Abattoirs de Bomel
18 traverse des Muses
5000 Namur
Jusqu’au 22 octobre
Du mardi au dimanche de 14h à 18h
http://centrecultureldenamur.be/

Bernard Gilbert et Benoît Félix

Bernard Gilbert et Benoît Félix, Table d’hôtes, Abattoirs de Bomal, Namur, photo Jean-François Flamey

Bernard Gilbert et Benoît Félix

Bernard Gilbert, Number 261, 2017

Bernard Gilbert et Benoît Félix

Bernard Gilbert, Number 218, 2014

Bernard Gilbert et Benoît Félix

Benoît Félix, Les Restes du peintre, Abattoirs de Bomel, Namur

Bernard Gilbert et Benoît Félix

Benoît Félix, Rouge, Abattoirs de Bomel, Namur, photo Jean-François Flamey

Bernard Gilbert et Benoît Félix

Benoît Félix, Sans tite, Arrêter les images, Abattoirs de Bomel, Namur, photo Jean-François Flamey

 

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