Trente-cinq ans après l’apparition du hip-hop en terres bruxelloises, Bozar se lance tout l’été dans une rétrospective du mouvement avec l’exposition Yo. Brussels Hip Hop Generations : entre Dj’s, breakers, Bboys, graffeurs et beatboxers, retour sur une contre-culture urbaine qui n’a pas fini de faire parler d’elle.

La première salle de Yo! Brussels Hip Hop Generations est l’occasion d’une remise à niveau sur les principes fondateurs du mouvement. Elle situe rapidement (un peu trop ?) les origines du mouvement – né à New York dans les seventies – et les précurseurs au niveau bruxellois. L’apparition du Gangsta Rap vers la fin des années 1980 va profondément influer sur l’image négative associée au hip-hop. Cette période, plus contestable d’un point de vue moral, est marquée par le passage dans deux salles sombres. Un peu trop sombres, même… On ne comprend pas vraiment si les lampes clignotantes sont une volonté scénographique ou un simple problème technique, mais examiner les objets exposés s’avère compliqué, voire frustrant. Paradoxalement, derrière cet image gangsta, la période marque une certaine professionnalisation du mouvement au niveau bruxellois, désormais détenteur de ses propres outils de production et de diffusion.

A noter aussi, une salle consacrée à l’histoire du graff : magazines vieillis, photos argentiques et articles de journaux illustrent l’évolution du phénomène et la place particulière des graffeurs, entre illégalité et institutionnalisation.

Les dernières salles sont quant à elles consacrées aux deux dernières décennies hip-hop. La popularisation des réseaux sociaux a encore renforcé le caractère diffus et insaisissable du mouvement, qui s’extirpe désormais des limites physiques pour s’étendre sur la Toile. L’installation vidéo dans la dernière pièce illustre bien cette extrême diversité : humour, clips minimalistes ou productions léchées, textes revendicatifs ou nombrilistes, premier ou second degré… Difficile d’y voir clair dans cet océan de lyrics. C’était mieux avant ? Difficile à dire, répondons plutôt par un diplomatique autres temps, autres mœurs. Quoi qu’il en soit, le hip-hop sert de terrain d’expérimentation à des artistes qui crèvent ensuite l’écran dans la culture populaire : preuve, s’il en fallait encore, de la crédibilité artistique du mouvement.

Que dire de cette rétrospective estivale ? Tout d’abord qu’il est difficile de proposer une exposition consacrée à un mouvement protéiforme par nature. La cristallisation dans un espace d’art est un exercice ardu, et les puristes sortiront sûrement avec un goût de trop peu de Yo. Brussels Hip Hop Generations.

Mais concevoir une expo, c’est aussi faire des choix… On pourra émettre les critiques que l’on souhaite, mais il était temps que la vivacité du hip-hop bruxellois soit consacrée par une rétrospective d’envergure. L’exposition est un peu trop proprette pour véritablement contenter les initiés, mais elle servira de base pédagogique crédible aux néophytes.

Dernier conseil : même si le son fait partie intégrante de l’expo avec de nombreuses vidéos et pas mal d’interactivité, il vaudra mieux coupler sa visite à l’une des nombreuses activités live proposées cet été, certainement plus représentatives de la vivacité du hip-hop.

Yo. Brussels Hip Hop Generations
Bozar
23 rue Ravenstein 
1000 Bruxelles
Jusqu’au 17 septembre
www.bozar.be

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Akro, Yo. Brussels Hip-Hop Generations, Bozar, 2017, photo Vivian Hertz

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Séquenceur Akai MPC2000, années 90, Yo. Brussels Hip-Hop Generations, Bozar, 2017, photo Yannick Sas

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Rage, esquisse pour la fresque Paranoïa, années 80, Yo. Brussels Hip-Hop Generations, 2017, Bozar, , photo Yannick Sas

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Magazine Kwality Street n°2, automne 2001, Yo. Brussels Hip-Hop Generations, Bozar, photo Yannick Sas

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Logo crew Bigshot, années 90, Yo. Brussels Hip-Hop Generations, photo Yannick Sas

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Ghetto-Blaster JVC VC RC-M70jw de Rival, années 80, Yo. Brussels Hip-Hop Generation, photo Yannick Sas

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Affiche de l’exposition Yo. Brussels Hip-Hop Generations, Bozar, 2017, (c) Boldatwork

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Rage, Grafitti, Yo. Brussels Hip-Hop Generations, photo Yannick Sas

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BXL Bboys, Yo. Brussels Hip-Hop Generations, Bozar, photo Maïté Renson

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