Pour son exposition d’été, le MAC’s (Grand-Hornu) confronte le regard de deux artistes qui se complètent parfaitement. L’œuvre poétique de Philippe De Gobert est aussi une déclaration d’amour à l’art et ses mystères comme aux architectes et à leur don pour ensorceler l’espace. Plus critiques, les deux installations de Wesley Meuris interrogent comment l’aménagement des espaces culturels peut conditionner notre regard.

L’atelier d’artiste est un lieu de mystère. Le chaudron où se crée la matière d’une œuvre, là où l’artiste peut stimuler son inspiration avec tous les ingrédients nécessaires à portée de main. Alors qu’il est photographe de studio, Philippe De Gobert réalise ses premières maquettes en recréant les ateliers des artistes qu’il admire. Partant d’une photo, d’une anecdote ou d’une fréquentation assidue de l’œuvre, il recrée un monde miniature où tous les détails sont signifiants. La maquette est une réécriture du réel. Les ateliers d’artistes sont des portraits tridimensionnels et, en même temps, des haïkus qui racontent une histoire sans mots. Fidèlement descriptifs parfois, il y a la synthèse du cartooniste qui, à d’autres moments, vire à l’épure comme dans l’atelier d’Yves Klein qu’il résume aux débordements d’un monochrome sur le sol blanc et à un pot du célèbre bleu. L’atelier apparaît aussi comme une rêverie, à partir d’un tableau chez Magritte ou Van Eyck. Les ateliers d’artiste constituent la matrice d’une œuvre que l’exposition rétrospective restitue dans son évolution sur plus de quarante années.

Vestiges d’occupation

A force de représenter des ateliers d’artiste comme des scènes de théâtre, De Gobert a fini par réaliser des maquettes de théâtres où ce qui l’intéresse, ce sont les coulisses, là où se fabrique la pièce. La maquette est un jeu de perspective et d’échelle. A partir de maquettes aux éléments amovibles, il réalise des photos comme dans un studio de cinéma en soignant les angles de prise de vue et la lumière. En travaillant à dimension réduite, il est obligé de synthétiser et de gommer les détails. Une fois agrandies sur grand format, les photos dégagent le mystère et la poésie de l’imperfection.

Avec sa série des ateliers new-yorkais, il élimine tout particularisme. Il crée des ateliers comme il les a rêvés sans jamais avoir mis les pieds à Manhattan. Toute l’œuvre de De Gobert s’articule aussi autour de sa passion pour l’architecture et plus particulièrement celle des années 20 et 30 dont il reconstitue quelques lieux plus atypiques qu’emblématiques comme la Maison-Atelier de Melnikov à Moscou, la maison qu’Edwin Luytens a bâtie en Normandie ou celle que le philosophe Ludwig Wittgenstein a fait construire pour sa sœur à Vienne. Vides de toute présence humaine, les intérieurs prennent vie par des détails, de la poussière et des vestiges d’occupation. Les éclairages dessinent l’espace avec des références très nettes à la peinture de Hopper et au cinéma hollywoodien. On n’est pas sûr de vouloir habiter ces enfilades de portes et ces jeux de reflets sur les carrelages, mais ils racontent des histoires et font rêver.

Capter le regard

L’artiste anversois Wesley Meuris réalise ses maquettes grandeur nature. Des cages de zoo d’une propreté immaculée aux murs pastel. Il n’y a pas d’animaux. Dans la vitre, le visiteur verra seulement son reflet. L’autre installation, créée elle aussi pour le Mac’s, est un dispositif muséal avec des banquettes circulaires d’un blanc virginal. Ce qui intéresse Meuris, c’est comment l’aménagement de lieux tels que les zoos et les musées conditionne le regard et la circulation des visiteurs et ainsi organise la culture. Nous sommes ce que nous voyons.

Philippe De Gobert, De toutes pièces
Wesley Meuris Modèles d’exposition
MAC’s (Grand-Hornu)
82 rue Sainte-Louise
7301 Hornu
Jusqu’au 03 septembre
Du mardi au dimanche de 10h à 18h
www.grand-hornu.be

Philippe De Gobert

Philippe De Gobert, De toutes pièces, Mac’s, vue d’exposition 3, photo Isabelle Arthuis

Philippe De Gobert

Philippe De Gobert, De toutes pièces, Mac’s, vue d’exposition 2, photo Isabelle Arthuis

Philippe De Gobert

Philippe De Gobert, Le Campanile écarlate (2008), De toutes pieces, Mac’s, (c) Ph. De Gobert

Philippe De Gobert

Philippe De Gobert, Dégagement vers le côté jardin (2016), De toutes pièces, Mac’s

Philippe De Gobert

Philippe De Gobert, NY 11 (2016), De toutes pièces, MAC’s, (c) Ph De Gobert

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