Trois jeunes photographes aux cimaises de Contretype durant tout l’été, trois visions profondes et poétiques, au cœur de Bruxelles. L’image prend ici des formes très actuelles, et interpellantes.

Dans le bâtiment en demi-lune de la Cité Fontainas, à Saint-Gilles, Contretype continue de proposer de très belles expositions de photographies, toujours pointues et de qualité. Dans les deux salles du rez-de-chaussée, voici Fabien Mathieu (1987). Ce jeune artiste photographie les gens de son entourage et, pour sa série Je ne t’aime plus, accole à leur portrait des textes courts, morceaux d’une biographie inventée, épisodes imaginaires qui rebondissent avec leurs mots sur l’image. Un aller et retour plein de saveur et empreint d’un humour qu’on a envie de qualifier de bruxellois. Le surréalisme n’est pas loin. L’absurde et la surprise au rendez-vous. « Je ne dirais pas que je ne suis qu’un photographe, ni qu’un réalisateur ; à travers mon travail, j’essaie simplement d’explorer toutes les possibilités de raconter des histoires à partir de vies quotidiennes« , écrit l’artiste. On voit ici une jeune femme les yeux rêveurs, sur fond de buisson fleuri, là un homme dans une piscine, le visage brûlé par le soleil, l’air méchant, une épuisette bleue dans la main droite. Accompagnés chacun de leur texte, ces instantanés vous offrent une sorte de rêverie dirigée par Fabien Mathieu lui-même. Il vous fait prendre ainsi des chemins inattendus et délicieux.

Descendez au sous-sol pour entrer dans une première salle qui présente une installation signée Luma (1990), Maalesh, avec à la fois des photographies puissantes en noir et blanc, autoportraits, portraits, nus, etc. tous d’une inconfortable beauté ; et de vieux clichés récupérés, sur lesquels l’artiste écrit des suites de mots en grattant dans la matière du papier des phrases comme : « La vérité, ce lieu nu qu’il faut savoir ne jamais occuper. » A la frontière entre violence et sérénité, entre beauté et destruction, les photos de Luma pointent là où ça fait un peu mal, dans ces blessures, les siennes et les nôtres, mal recousues et qui suintent un peu.

Dans le dernier espace, Pierre Toussaint (1982) visite la ville. Pour lui, chaque vue, chaque building, chaque morceau de ciel est l’occasion d’une composition presque abstraite, offrant à notre regard des toits, des angles, des bouts de nuages, des détails pris en gros plan. On y voit une géométrie mystérieuse : cercles, triangles, carrés, … découpés sur le sol ou sur fond d’azur, le tout en noir et blanc. Les fenêtres n’y sont plus des ouvertures mais de simples rectangles sur lesquels se reflète le gris du ciel. Un seau plein d’eau est devenu un cercle vibrant, emplissant l’espace de la photo, comme une pleine lune posée sur le sol.

L’ensemble est magnifique et à ne pas manquer. Attention, Contretype est fermé du 19 juillet au 15 août.

Fabien Mathieu, Je ne t’aime plus
Pierre Toussaint, City Of
Luma, Maalesh
Contretype
4A Cité Fontainas

1060 Bruxelles
Jusqu’au 3 septembre (fermé du 19 juillet au 15 août inclus)
Du mercredi au vendredi de 12h à 18h, samedi et dimanche de 13h à 18h
http://www.contretype.org/

fabien Mathieu

Fabien Mathieu, Série « Je ne t’aime plus », Contretype

fabien Mathieu

Fabien Mathieu, Série « Je ne t’aime plus », Contretype

fabien Mathieu

Luma, Série Maalesh, Contretype

fabien Mathieu

Luma, Série Maalesh, Contretype

fabien Mathieu

Pierre Toussaint, Série City Of, Contretype

fabien Mathieu

Pierre Toussaint, Série City Of, Contretype

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