Après cinq ans, la Documenta nous est revenue enthousiasmante avec sa proposition grecque et décevante avec ce qui aurait dû être le socle de cette quatorzième édition de la manifestation phare de l’art contemporain : la programmation de Cassel. Si la grande dame allemande s’est diluée dans le souci de vouloir trop en faire, peut-être, il n’en reste pas moins que ses fidèles auront de toutes les façons envie d’en juger par eux-mêmes. Voici donc de quoi les y encourager.

Le ciel de Cassel est blafard. Tout comme l’humeur de ceux qui sont venus en avant-première découvrir le volet allemand de Documenta14. Après la chaleur d’Athènes et l’allant de ses propositions, les voilà errants sous la pluie un plan incompréhensible en main. De toute évidence, l’épure graphique ayant ici atteint ses limites – précisons, pour être honnête, qu’au bout de trois jours et pour les plus tenaces, le mystère de ce système minimal de guidage a fini par livrer ses secrets ! Pourtant rien ne laissait présager un quelconque flop : 35 lieux à travers la ville devaient montrer ce que l’époque distille de plus intéressant et de moins marchand sur la planète art. C’est donc, impatience et intérêt en bandoulière, que les aficionados de la manifestation avaient entamé leur périple. Non sans avoir, pour les plus impétueux, quitté la conférence de presse inaugurale avant la fin. Interminable et pompeuse cérémonie d’intronisation des commissaires et des mécènes. Si un discret signal d’alarme s’était alors allumé dans la tête de chacun, rien ne pouvait encore entamer l’enthousiasme de tous.

A la Neue Neue Galerie, la confusion règne. La plupart des cartels manquent, les œuvres livrées à elles-mêmes ne sont pas faciles à identifier. Certaines seront forcément ignorées à défaut d’être partagées. La consternation est de mise dans les rangs des journalistes venus de toute l’Europe, mais aussi de par-delà les continents. Tous font pourtant contre mauvaise fortune bon cœur, et gagent qu’un tel problème ne saurait persister longtemps au pays de l’organisation et de la rigueur. Un de ces artistes sans nom a disséminé une série de photographies de petit format dans le bâtiment de la poste. En solo ou en duo, les clichés ressemblant à des images d’archives agissent comme les pièces d’un puzzle à la fois énigmatique et historique. Par le recoupement de divers indices, l’identité du photographe sort du chapeau ! Algirdas Šeškus. Dans le catalogue, deux pages sont consacrées au Lituanien, connu pour avoir su saisir le quotidien de son pays avec ténacité et poésie. Mais aucune information n’est donnée sur le travail présenté. Ouf ! Pour un peu, nous aurions pu nous en faire l’écho. Au sol, des sacs à gravats, en rang par quatre, laissent apparaître leur contenu : des lingots de métal (Kassel Ingot Project, 2017). Dan Peterman, dont le nom est inscrit au crayon à papier sur une feuille A4 maintenue sur un pilier en béton par un morceau d’adhésif, s’intéresse depuis les années 1980 aux déchets, à leur recyclage, à l’économie alternative. Le passé industriel de la région, du pays, est peut-être ici questionné. Une proposition qui ne se décline pas qu’à un seul endroit de Documenta. Mais ça, nous ne l’apprendrons que plus tard.

Direction le cœur de la ville et de la manifestation. Sur la Friedrichsplatz, se dresse El Partenon de libros. Aussi intéressante et spectaculaire soit cette apparition monumentale, l’œuvre, signée Marta Minujín, date de 1983. Et la plongée dans l’histoire continue. A l’intérieur du Fridericianum, nous attend la collection du Musée national grec d’Art contemporain. Le sentiment est double. Paradoxal. Il y a d’abord la joie de (re)découvrir certaines œuvres, comme l’inquiétante et répressive Acropolis Redux (2004) de Kendell Geers, les peintures engagées de Chronis Botsoglou (Frieze, 1972), la série photographique Bratdam 59, Gent, Downstairs-Upstairs(1975) de Danny Matthys ou l’installation électrique de Mona HatoumFix It (2004), puis l’incompréhension face à un tel choix. Si l’on peut comprendre le versant pratique de la décision, il est plus difficile d’en saisir l’intérêt pour le visiteur de Documenta. Suffirait-il de déplacer tout ou partie de la collection du Centre Pompidou à Venise pour rendre la Biennale d’art de la Sérénissime intéressante ? Ce qui est certain, c’est que nous attendions autre chose d’une telle transposition. S’il fallait faire venir ces œuvres, peut-être auraient-elles au moins pu être réparties dans les différentes institutions de la ville pour y établir des dialogues inédits. Mais inutile d’aller plus loin dans les doléances. Sortons ! (…)

Dans le cadre d’un partenariat avec Arts Hebdo Medias, un site français d’information dédié à l’art contemporain, nous vous proposons de lire la suite de cet article sur www.artshebdomedias.com

cassel

Dan Peterman, Kassel Ingot Project, 2017, Documenta14, Cassel

cassel

Britta Marakatt-Labba,
Historja, 2003-2007

cassel

Bili Bidjocka, The Chess Society, 2017

cassel

Pélagie Gbaguidi, The Missing Link. Discolonisation Education by Mrs Smiling Stone (détail), 2017

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publié.