La Tate Britain est l’un de ces rares grands musées où l’on ne montre que la production locale, c’est-à-dire la peinture anglaise. La Tate Modern s’occupe du reste. Il est donc normal que l’on y prête attention à la présence d’artistes homosexuels, dans la vie culturelle du pays. D’autant plus qu’il n’en manque pas. C’est le propos de Queer, l’exposition qui déploie des œuvres des années 1861 à 1967.

N’oublions pas qu’en Angleterre, jusqu’en 1967,  l’homosexualité était un crime. Cette législation n’était appliquée qu’aux hommes. L’idée de l’homosexualité féminine était impensable à l’époque victorienne. La présence, dans l’exposition, de la porte de prison dans laquelle séjourna Oscar Wilde n’est donc pas un clin d’œil au pop art, mais plutôt un sinistre souvenir de son séjour derrière les barreaux. C’est bien plus explicite – si l’on pense au vécu de l’homosexualité – que les tableaux qui l’entourent.

La curatrice, Clare Barlow, n’a pas choisi des images qui pourraient choquer (encore une tradition anglaise !). Elle a préféré la suggestion. Cela explique l’abondance d’oeuvres où figurent des nus ou des conversations un peu suggestives. Le public continental appréciera ces tableaux plutôt dans le cadre du symbolisme ou du réalisme mondain que comme témoins d’une transgression des limites morales de l’époque. Le choix de Barlow révèle quand même, pour nos yeux d’Européens, beaucoup d’artistes peu connus, notamment ceux du groupe de Bloomsbury.

Dans l’exposition, le nu occupe évidemment une grande place. Cécile Walton peint en 1920 Romance, une femme seins nus dans une chambre, avec un petit bébé posé sur le ventre, en compagnie d’un enfant un peu plus âgé et de sa servante. Quel rapport avec le thème de l’exposition ?

D’autres nus dans les photographies de Wilhelm von Gloeden, allemand, spécialiste du thème de jeunes garçons siciliens.

Parmi les inconnus, en dehors de l’Angleterre, citons Dame Ethel Walker. La Tate a acheté en 1924 une grande fresque représentant une trentaine de nus féminins, L’Excursion de Nausicaa – un sujet de l’Odyssée. L’artiste reçut par la suite une distinction importante de l’Empire britannique. Les homosexuels hommes ne furent pas traités de la même manière. Bien au contraire. Il y avait bien sûr la photographie sportive de mâles bien musclés. Quelques illustrations dans des revues plus ou moins obscures. Deux des plus grands artistes britanniques de la fin du XXe siècle, David Hockney et Francis Bacon (pourtant intrigant portraitiste du pape), ne se sont pourtant jamais cachés. Et furent suivis par le marché de l’art et les institutions anglaises.

Notons qu’aucune œuvre un peu suggestive d’Hockney n’est présente ni ici ni dans sa toute récente rétrospective, qui a pulvérisé des records de visite à Londres. Ce ne sont pas les œuvres dans la dernière salle qui colleront plus au thème de l’exposition. La vérité du sujet est révélée, à la sortie, par une série de vidéos d’interviews de jeunes personnes concernées par cette problématique et la recherche d’une identité. Mais est-on encore dans le domaine artistique ou sommes-nous dans le reportage social ?

Queer British Art
Tate Britain
Londres
Jusqu’au 1er octobre
http://www.tate.org.uk/

queer

Simeon Solomon, Sappho etand Erinna in a Garden at Mytilene, 1864, Tate

queer

Laura Knight, Self-Portrait, 1913, National Portrait Gallery (London, UK)

queer

Keith Vaughan, Drawing of two men kissing, 1958–73, Tate Archive, (c) DACS, The Estate of Keith Vaughan

queer

John Craxton, Head of a Greek Sailor, 1940, London Borough of Camden, (c) Estate of John Craxton, DACS 2016, photo London Borough of Camden

queer

Duncan Grant, Bathing, 1911, (c) Tate

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publié.