Genieve Figgis aime raconter des histoires. Dans celles-ci, les personnages sont un peu fondus, leur gueule un peu de travers et le décor semble prêt à s’effondrer. C’est sa première exposition à la Galerie Almine Rech à Bruxelles.

Genieve Figgis a achevé une formation classique au tournant de la trentaine. Ses peintures sont alors découvertes par hasard sur Twitter par un célèbre artiste américain. Elle qui peignait dans un anonymat relatif à Dublin est passée en moins de trois ans à des expositions à New York, Chicago, Toronto ou Londres. L’artiste irlandaise, installée aujourd’hui dans la campagne du comté de Wicklow, continue à peindre des scènes véritablement tordantes, toutes inspirées de l’époque édouardienne et de son aristocratie anglo-irlandaise. Là, dans cette époque révolue, elle dresse des silhouettes de femmes et d’hommes en habits de dentelle. Puissamment narratives, ces images réinventent un passé que tout le monde reconnait via l’histoire de l’art. Mais Figgis aime à rendre les scènes troubles, un peu dégonflées, presque fondues, comme un immense gâteau à la crème qui aurait attendu trop longtemps au soleil. On y voit un humour féroce, mais aussi l’évocation d’une violence, d’une subversion. Les visages ne sont-ils pas presque tous en train de devenir des crânes, dans la ligne sardonique d’un James Ensor ? Les fantômes tourmentés de ce passé chargé sont des sujets naturels pour Genieve Figgis, qui s’est vu imposer depuis l’enfance l’héritage pénible de la question irlandaise – euphémisme par lequel la classe dirigeante britannique décrit le nationalisme irlandais.

Dans les contes tragicomiques que l’artiste nous déroule, les comtes et comtesses pensent avoir encore gardé leur place, mais le spectateur voit bien que rien ne tient et que tout s’effondre. Voyez ce visage aux larges yeux trop grands, surmonté d’une perruque comme de la crème chantilly. Et là, sous les ors des plafonds et devant de hautes fenêtres garnies de rideaux rose bonbon, cette femme allongée, avec ce sourire crispé plein de dents. Il faut aller voir ces toiles, pour l’éclat de rire qu’elles vous procurent. Et aussi pour le manque absolu d’effets de manches de l’artiste, qui peint avec jubilation et sûrement pas pour vous en mettre plein le vue. Ce qui semble une réponse très personnelle à la question irlandaise ! Mu aime !

Genieve Figgis
What we do in the shadows
Galerie Almine Rech
20 rue de l’Abbaye
1050 Bruxelles
Jusqu’au 29 juillet
Du mardi au samedi de 11h à 19h
www.alminerech.com

 

Genieve Figgis

Genieve Figgis, Pink Stage, 2017, courtesy l’artiste et Galerie Almine Rech

Genieve Figgis

Genieve Figgis,What we do in the shadows, 2017, courtesy l’artiste et Galerie Almine Rech

Genieve Figgis

Genieve Figgis, Castle by Day, 2017, courtesy l’artiste et Galerie Almine Rech

Genieve Figgis

Genieve Figgis, Castle Bed, 2017, courtesy l’artiste et Galerie Almine Rech

Genevieve Figgis

Genieve Figgis, Royal Friend Portrait, 2017, courtesy l’artiste et Galerie Almine Rech

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