L’exposition d’été au Musée d’Ixelles nous emmène en Extrême-Orient, vers les pionniers de l’abstraction en Chine et à Taïwan avec From China to Taïwan. Dans les salles du fond, l’on découvre ou redécouvre les belles propositions abstraites du peintre belge Elie Borgrave et l’on revoit avec plaisir les pièces d’Olivia Hernaïz, lauréate ArtContest 2016.

L’exposition principale retrace les origines et l’évolution de la peinture chinoise abstraite. En 1949, de nombreux Chinois quittent le continent pour s’installer à Taïwan. Dans ce nouveau monde, ils sont libres de s’inspirer de l’art occidental. Au croisement de l’Orient et de l’Occident, ils créent une nouvelle forme d’abstraction sans équivalence.

Dans les années 1930, à l’Ecole des Beaux-Arts de Hangzou, l’enseignement de la peinture est donné par des professeurs qui ont étudié en Europe. Zao Wou-ki, Chu Teh-Chun y étudient puis y enseignent, Lee Chun-Shan y est professeur. Lors de la prise du pouvoir par Mao Tsé-toung en 1949, plus d’un million de Chinois quittent le continent pour aller à Taïwan où le gouvernement de Tchang Kaï-chek s’est replié. En 1950, redoutant un conflit avec la Chine occidentale, les Etats-Unis font de l’île un protectorat américain. Les artistes découvrent dans les ouvrages de la bibliothèque américaine l’art moderne occidental. Le régime politique de Tchang Kaï-chek tente de faire perdurer la tradition chinoise, mais les jeunes artistes prennent le contre-pied du conservatisme et se lancent dans l’abstraction.

Taoïsme et abstraction

Dans le taoïsme, l’homme fait partie intégrante de la nature, il sert de lien entre la terre et le ciel. Ainsi, en tant qu’artistes profondément ancrés dans leur culture, les peintres extrême-orientaux ne peuvent s’empêcher d’inscrire dans leur toile cette nature bouillonnante, ainsi que l’élément-lien qu’est l’homme. « Il y a une troisième voie, entre l’abstraction occidentale et notre art traditionnel, c’est celle que j’ai empruntée » explique Zao Wou-ki dans une vidéo.

Dans leurs toiles, on retrouve aussi le geste vif du pinceau du calligraphe. L’huile est diluée au maximum pour obtenir les effets d’un travail à l’encre. La vision grandiose de la nature – le ciel, l’horizon, la terre, l’eau et parfois la suggestion furtive d’une silhouette – s’y retrouve. Ces éléments récurrents font que les toiles vibrent d’une vie particulière, y bat le cœur d’une culture profondément vivante dans l’âme et la main de ces artistes. Toutes les œuvres mènent au rêve et à la méditation, comme tout objet taoïste qui se respecte. Derrière l’abstraction, le souffle du Chi, cette énergie qui circule partout dans l’univers et rassemble paysages, humains, plantes et animaux dans un même mouvement. Ainsi, par leur pratique, ces artistes ne copient pas l’art occidental et régénèrent l’art chinois.

« Sans forme, ce qu’il reste c’est l’essence de l’art. Il n’y a pas de début et pas de fin, ni de mort. Il y a un tout continu dans l’espace et le temps« , expliquait un des artistes présents à l’ouverture.

Elie Borgrave

Etonnamment, les œuvres abstraites d’Elie Borgrave (1905-1992), artiste belge qui devint peintre passé 30 ans, après la découverte à Paris des œuvres de Georges Braque, Juan Gris, Paul Klee et des Cubistes, répondent avec élégance à l’abstraction chinoise ! « Ordre, équilibre, harmonie, symboles de paix. Voilà ce que j’ai voulu exprimer dans un langage plastique dépouillé qui s’apparente peut-être à une certaine forme de bouddhisme« , écrit-il.

Olivia Hernaïz

La jeune artiste lauréate d’ArtContest 2016 présente Make Yourself Confortable, un canapé en cercle, garni de coussins qui reprennent en imprimés les logos des formations politiques et financières ainsi que leurs symboles récurrents – soleil, rose… Leur symbolique vidée de leur sens, ces motifs perdent de leur force. Cet espace entre salle de réunion et salon familial nous raconte aussi comment le public et le privé se mêlent aujourd’hui.

From China to Taïwan
Elie Borgrave – L’équilibre des contraires
Olivia Hernaïz – ArtContest 2016
Musée d’Ixelles
71 rue Jean Van Volsem
1050 Ixelles
Jusqu’au 24 septembre
Du mardi au dimanche de 9h30 à 17h
www.museedixelles.be

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Chu Wei-Bor, Newly Born, 1985, Collection particulière, (c) Chu Wei-Bor

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Chu Teh-Chun, sans titre, 1965, (c) SABAM 2017

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Hisao Chin, Red cloud, 1985, Collection particulière, (c) Hsiao Chin International Art Foundation

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Fong Chung-Ray, Sans Titre, 1964, Collection particulière, (c) Fong Chung-Ray

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Elie Borgrave, Sans titre, 1981, Collection privée, (c) argus-photo.be

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Elie Borgrave, Sans titre, 1962, Collection Musée d’Ixelles, photo Vincent Everarts

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